‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 234 sur 559 · Assassiné qnatre jours aupara- 6' ******* dés · texte numérisé non relu

Assassiné qnatre jours aupara- 6' ******* dés

rant, la 14 mai 1610. 7. Bonheur. Heur Tient de auQurium.

LA SATIRE MENIPPEB

Guise était mort sous le poignard, Henri m sous le eouteau de Jacques Clément ; l'Espagne , Rome et la faction Lorraine se disputaient le droit d'imposer à la France un roi de leur choix. Le tocsin avait partout appelé le peuple aux armes. Dans Paris assiégé , des fanatiques , conduits par des ambitieux et des traitres , déchaînaient la fureur aveugle de la foule contre le souverain légitime , ce Béarnais, qui, entouré de ses fidèles, épuisait en des combats glorieux, mais stériles, sa valeur et sa prudence. — Ce fut l'heure de la Ménippé e. Son premier mérite a été l' à-propos. Car, publiée après les États de Blois, quand la Ligue était encore frémissante de fanatisme et de vengeance, elle n'aurait pas réussi à se faire entendre; mais en 1593 , le fouet de la Némésis populaire avait prise sur des chefs toujours battus, malgré leurs rodomontades.

Il y avait alors dans Paris quelques hommes de haute science et de saine gaieté qui détestaient les grimaces des Seize, et ne leur pardonnaient pas les maux dont souffrait le pays. C'étaient le chanoine Pierre Le Aoy, le facétieux rimeur GilleemDuranit le conseiller Jacques Gillotj Florent Chrestien , l'ancien précepteur d'Henri IV, Nicolas Rapin, prévôt de la connétablie, le jurisconsulte Pierre Pithou, émule de L'Hôpital , et Passerat , savant helléniste , poète ingénieux, buveur émérite, en un mot la fleur des érudits et des honnêtes gens. Toutes les semaines, ils se réunissaient à la table du plus riche d'entr'eux, Pierre Le Boy ; et là, dans des repas assez maigres, (car on jeûnait souvent sous la Ligue), on riait à plaisir et à la gauloise des Seize, des États, des cinq ou six rois de la coalition; on redisait les bons mots du Diable-à- Quatre , on échangeait des espérances, on agitait toutes les questions du jour; c'était un feu roulant d'épigrammes contre l'étranger, le reitre, l'Italien et l'Espagnol, détestés du même cœur dont Alain Chartier maudissait l'Anglais au lendemain de Poitiers et d'Azincourt. Là, du moins, on pouvait impunément prendre la revanche' du bon sens , et se soulager des pénibles contraintes.

Ce fut dans ce cénacle que naquit la Ménippée, sorte d'épopée co- 1 mique improvisée en commun par des causeurs courageux. Leur' hôte eut le premier l'idée de cette satire qui valut un coup d'État, et fraya les voies à Henri IV. Il organisa la conspiration littéraire, traça le plan de la grande parade, et, faisant promettre le secret que conseillait la prudence, distribua les rôles à chacun. La harangue du légat échut à Jacques Gillot, celle du cardinal de Pellevé à Florent Chrestien, celle de M. do Lyon et du Recteur Rose à Nicolas

Rapin, enfin celle de à'Aubray à Pierre Pitîiou. Les chansons, devises, quatrains et rimes revinrent à Passerat, la complainte de Y Ane à Gilles Durand. En se cotisant ainsi, ils élevèrent un monument unique, et qui sera aussi durable que notre langue.

Disons d'abord un mot de sa structure.

. « La Ménippée, dit M. Lenient *, a les proportions d'une farce de \ notre ancien théâtre, d'un de ces grands drames populaires au * cadre libre et flottant, composés de plusieurs morceaux , dont l'annonce, l'exposition et le jeu remplissaient deux ou trois journées. La tcène des deux charlatans, installés dans la cour du Louvre, forme le prologue. La procession de la Ligue répond à cette promenade préparatoire désignée sous le nom de montre, et qui précédait de quelques jours la représentation définitive. La description de la salle des Etats forme le décor parlant, et complète l'exposition. L'appel des principaux personnages par le héraut Courte-Joie ouvre l'action proprement dite, qui s'étend et se développe par un crescendo co- — mique jusqu'à la foudroyante harangue de d'Aubray. »

Sans faire le commentaire de cette longue allégorie, indiquons du moins l'idée mère qui en est le motif. —Le fond de la pièce est la ténue des États, dernier espoir du parti populaire, mais toujours promis et toujours inutilement par Mayenne.

Deux charlatans, l'un Espagnol, l'autre Lorrain, sont venus ouvrir boutique en face du palais de nos rois, pour y débiter leurs drogues aux Parisiens. Le premier, (M. de Plaisance), célèbre les vertus de son nouveau « catholicon élaboré, calciné, sublimé au collège de Tolède, électuaire souverain qui surpasse toute pierre philosophais » Le second, (M. de Pellevé), étale ses ingrédients éventés, « fin galimatias composé tout exprès pour guérir les écrouelles. »

A cette scène de tréteaux succède la promenade solennelle qui doit appeler sur l'assemblée les bénédictions d'en haut. Ce mariigrae révolutionnaire est une parodie de la oérémonie qui eut, en effet, lieu vers 1590. Elle se termine par un sermon burlesque, dont la conclusion est : Beati pauperee epiritu ! Heureux les pauvres d'esprit !

Puis on entre dans une - sorte de palais fantastique et digne des mille et une nuits. C'est la salle des États. Alors, les langues se délient, et les vérités s'échappent, à l'insu des orateurs qui, venant faire chacun leur confession, disent tout le contraire de ce qu'ils veulent dire, écrasent leurs amis, relèvent leurs ennemis, et se blessent de leurs propres armes.

Là défilent tour à tour les originaux malfaisants de la Ligue : Mayenne, le faux bonhomme, ce sournois qui s'est flatté de duper tout le monde, et laisse voir son égoïsme aussi plaisant que l'avarice d'Harpagon ou la vanité de M. Jourdain; Le Légat, qui prononce en italien un manifeste maoaronique; le cardinal de Pellevé, un sot

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