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I. U Satire eu France au ivr» siècle. — Hachette

La SATIRE MÉNIPPÉE 2*9

solennel dont les tirades bariolées de latin rappellent les toq-à-Vân* du Malade imaginaire; M. de Lyon et le Recteur Rose, avec une emphase furibonde qui représente au vif les mystiques et cyniques prédications de la Ligue ; enfin, le député de la noblesse, le jeune de Rieux% gentilhomme d'aventure, coupe-jarret, matamore et bandit, bretteur et pourfendeur digne de finir par la corde.

Jusqu'ici » la Ménippée n'est qu'une fantaisie arîstopnanesque. Mais elle va devenir tout-à-coup éloquente et sérieuse , lorsque retentit la voix du Tiere-Êtat dans le discours de d'Aubray, VAriste de la pièce, le) chef des politiques, 00 vrai patriote qui, réfutant tous les sophismes, démasquant tous les mensonges, domine un odieux charivari par sa raison, sa droiture et l'autorité d'un Démosthène bourgeois, aussi honnête qu'habile. Jamais la probité d'un citoyen n'a parlé plus brave et plus loyal langage. Tout est sain, franc, naturel et pathétique dans ce discours qui semble un écho de l'antique forain, et réduit aux abois les passions d'une meute affolée. Une cohue de voix discordantes et d'amendements insensés clôt la séance; mais ce tapage n empêche pas le gros bon sens populaire d'avoir le dernier mot par la "bouche de Trepelu, le vigneron de Suresnes, soutenant avec la logique de Sganarelie que « le roi est le vrai soleil de France, et que le soleil est une belle invention, quoiqu'il gèle parfois sur les vignes. »

. Éditée pour la première fois en août 1594, trois mois après^ l'entrée d'Henri IV & Paris, la Ménippée avait circulé sous main"* . avant l'ouverture aes portes. Si elle ej£ pour auxiliaires les vic- ; toires d'Arqués et d'Ivry, l'acte d'abjuration et une misère affreuse, | elle acheva du moins la ruine de la Ligue, et lui donna le coup de I grâce, en délivrant les esprits de ce que Molière eût appelé leurs | humeurs peccantes. Tableau de mœurs où la caricature se mêle au . portrait, et l'inveotive'à la raison, elle reflète ce qu'il y eut d'horrible et de lisible dans cette explosion de folie qui précéda le règne d'Henri IV,

« Le seul roi dont le peuple ait fardé la mémoire. »

Dans certaines parties impérissables, o'est un modèle d'ironie, de dialectique véhémente et de virils accents mis au service d'une cause, alors nationale, dans une ville ruinée, affamée, fiévreuse et à demi repentante, qui attendait l'avènement de la poule au pot.

MMB CBAnLATAIf • »

Pendant qu'on faisoit les préparatifs et eschaffaut * an

!. C'est l'ouverture de la comédie, ouvrages sont perdus. La Ménippée fut appelée ainsi , parce S. Êchafqud — (de scadafaltum, qu'elle était mêlée de prose et de vers, composé de ex, et cadafaltum , échaeomme les satires de Ménippe , poète fandage, d'où catafalque). Falco vient os Gadusa, en Pliéoicie. et dont les de l'allemand pacho, pièce de bois»

io{) CLASSIQUES FRANÇAIS

Louvre *, ancien temple * et habitacle des roys de France, et qu'on attendoit les députés de toutes parts, qui de mois en mois se rendoyent à petit bruit, sans pompe ny parade 8 de suitte, comme on faisoit anciennement, quand l'orgueil et la corruption de nos pères avoyent introduit le luxe et la Buperfluité vicieuse, il y avoit en la cour du dit Louvre deux charlatans *, l'un Espagnol B et l'autre Lorrain*, qu'il faisoit merveilleusement bon veoir vanter leurs drogues, et jouer de passe-passe tout le long du jour devant tous ceux qui vouloient les aller veoir sans rien payer. Le charlatan espagnol estoit fort plaisant, et monté sur un petit eschaffaut, jouant des régales 7, et tenant banque8, comme on en voit assez à Venise en la place Saint-Marc. À son eschaffaut estoit attachée une grande peau de parchemin •, escrite en plusieurs langues, scellée de cinq ou six seaux d'or, de plomb et de cire, avec des tiltres en lettres d'or, portant ces mots :

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