HENRI IV
HEHRI IV
Élevé par son grand-père, Henri d'Albret, au milieu des pâtres du Béarn, babillé, nourri comme eux, Henri de Bourbon avait eu pour précepteur le savant helléniste La Gaucherie et Florent Chrestien, l'un des auteurs de la Ménippée. Mis au collège de Navarre, il apprit le grec et devint bon latiniste. Casaubon parle d'une traduction des Commentaires de César qu'il avait écrite dans sa jeunesse. A l'étude des anciens s'ajouta pour lui la fréquentation \ïAmyot, dont le* Plutarque fut sa lecture favorite, et de Montaigne, son voisin , donts il pratiqua les Essais avec la sympathie native d'un compatriote.
Un contemporain l'appela « le prince le mieux disant de son siècle. » Ses Lettres missives ne démentent pas cet éloge. Pans sa correspondance à la fois militaire, politique, diplomatique et intime, nous voyons tour à tour le chef de parti, le roi reconnu par une moitié de la France, combattu par l'autre, le vainqueur, le souverain populaire, mais surtout l'homme lui-même nous offrant toujours le parfait modèle d'un caractère habile et chevaleresque, d'un naturel ouvert et généreux, d'une imagination preste et originale. Écrivain sans, le savoir, il a la source vive, l'esprit alerte, de la gaieté, de l'entrain * des saillies gauloises, un bon sens gascon, une familiarité souriante, un brave langage, de la rondeur et du piquant, des accents de cœur, et la concision expressive de cette parole agissante qui n'a pas de temps à perdre.
Courtes, substantielles et animées de mots saillants qui se retiennent, ses allocations de guerre ou ses harangues adressées aux notables, aux parlements et au clergé sont d'un orateur éloquent à l'improviste, et sachant mieux ce qu'il dit que ce qu'il va dire. A certaines vérités rudes, mais tempérées par la bonhomie et la belle humeur, on reconnaît le roi qui fait fi de la rhétorique, porte l'épée au coté, sait mener, son monde et le ranger à l'obéissance, est passé maître dans Tart de gagner les esprits et de séduire les plus récal* citrants, possède l'expérience des hommes, ne dédaigne pas la ruse quand la loyauté serait peine perdue, et mêle l'adresse aux bons propos, à l'indulgence , à une bonté vraie quoique toujours trèsclairvoyante. C'est bien là, suivant l'expression de d'Aubigné,. cette décision et promptitude merveilleuse du prince « le plus madré qui fût au monde. »
On ne saurait contester les services qu'il rendit aux lettres. Nonseulement il protégea de Thou, Pierre Mathieu, Casaubon, d'Ossat, Desportes, Bertaut, Coeffteau, Régnier et Malherbe, qui fit, comme
lui et grâce à lui, succéder la discipline a l'anarchie dans le do-' maine de la poésie ; mais il rendit publique la bibliothèque royale J il rétablit l'Université de Paris, il fonda le collège de France, il y institua un enseignement encyclopédique, il établit dans toute la France de nouvelles chaires. S'il n'eût pas le loisir de faire plus, la faute en est au coup de poignard qui frappa le cœur de la France avec le sien.
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J'arrivay arsoir* de Marans2, où j'estois allé pour pourvoir à la guarde d'icelui. Ha! que je vous * ysouhaitay ! c'est le lieu le plus selon vostre humeur que j'aye jamais veu. Pour ce seul respect*, suis-je après à l'eschanger*. C'est une isle renfermée de marais bocageux, où de cent pas en cent pas il y a des canaux pour aller chercher le bois par bateau. L'eau claire, peu courante ; les canaux de toutes largeurs; les bateaux de toutes grandeurs. Parmi ces déserts mille jardins ou Ton ne va que par bateau. L'isle a deux lieues de tour; ainsi environnée, passe unedvièrepar le pied du cbasteau, au milieu du bourg, qui est aussi logeable que Pau. Peu de maisons qui n'entre de sa e porte dans son petit bateau. Geste rivière s'estend en deux bras, qui portent non-seulement grands bateaux, mais les navires de cinquante tonneaux y viennent. Il n'y a que deux lieues jusqu'à la mer 7. Certes c'est un canal, non une rivière. Contre-mont * vont les grands bateaux jusqu'à Niort, ou il y a douze lieues; infinis moulins et métairies insulées 9; tant de sortes d'oiseaux qui chantent ; de toute sorte de ceux de mer. Je vous en envoyé des plumes10. De poissons, c'est une monstruosité que la quantité, la grandeur et le prix ; une grande carpe trois sols, et cinq un brochet &i.