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POÉSIE

Né à Cahofs, fils d'un poëte * attaché à la personne d'Anne do Bretagne, Clément Marot vit l'aurore de cette renaissance qui allait se lever sur les esprits, à l'avènement d'un roi chevaleresque, ami des plaisirs, sensible aux arts et soucieux d'être loué parles lettrés dont il s'entourait. Initié de bonne heure aux jeux de la gaie science9, page étourdi de Marguerite de Valois, puis de François I" qu'il suivit au camp du Drap-d'Or en 1520, il servit en Italie, et, blessé grièvement, fat pris sur le champ de bataille de Pavie. On ne pouvait prévoir alors les orages qui troublèrent la vie de ce gentil esprit, tût pour amuser les cours galantes par son gracieux babillage. La faute en fut au courant qui l'entraîna.

11 devint ou te crut protestant, presque à son insu, sans le vouloir, par bon ton, parce que, dans le principe, la réforme était, à la cour de France, le parti des raffinés et des frondeurs. Comme une abeille sans lest, il s'égara dans la tourmente; et le point d'honneur acheva ee qu'avaient commencé le bel air et la fantaisie. Des inimitiés à la fois

t. Jean Marot pressentait le brillant •venir de «m fils» si bous eo jugeons par le témoignage de ee dernier, rappelant les conseils que son père lai donnait avant de mourir.

Et ne souvient, anend «s In attendrit, Qu'il me dieoit,en ne tenant )• dutre:

Fih, puiequo Dieu i% fait in frite ersetre Yraj héritier de mon pan de «savoir, Quiere en le bien qu'on m'en sa fait avoir.

Voici quelques vers de es poète.

LAPOBSm Catt on «avoir tant pvr et ionoeeni*

tya'oa n'en sanrolt à créature nuire* Par- presenemens la peuple on penlt séduire, Par nurehaader tromper on le penlt bien, Par plaidoirie oa penlt manger ton bien, Par médecine on le penlt bien tuer; Nais ee bel art ne peo.lt tel coup ruer.

RONDEA.U.

Ne trop oe pen parler doit In prioeease ; Car trop parler sa gravité abaisse.

Et le trop peo monstre simplicité; Le noien donc est de néeeseité, (J«l da parlant démonatre la sageese.

aies au* parler doit penser qnoj ae qa'est-ee, Qoo dire vonlt, et lors, en tonte hnmblette,

Me trop se peo.

Si d*aventnre elle « deuil on destram, Sstre elle doit de sa langue maîtresse, Caerober raison, fuyr témérité; Bl joie elle s, ou tonte anotoriti Le doit porter, aans monstrer h I jetée Ko trop ne pen.

S. Marot ne dut rien aux gens d'école, s'il faut en croire ces vers *

An I oal, c'étaient de bien irud'Mtte Que les régenta do temps jadis; Jamais je n'entre en paradis, 811s oe m'oot perdu an jeunette.

Ils nourrissaient leurs grands troupeau de fsopges

l>*er?0, (futnm , de quart , de mensonge».

11 plaisantait gentiment sur son nom dans la fantaisie qoe voici :

Quant au surnom, aussi vrai qn'ÉvaoglIer 11 tire à cil du poëte Virgile, Jadis ebéri de Mécènes à Homme i llaro s'appelle, et Maro je ma nomme; Maro je suis, et Maro ne suis pas.

Il en fut oncq depuis le sien trespas; Mais puisqa'avoDS un vrai Meeenas ores, Quelque Maro nous pourrons veoir eneorea*

tj04 CLASSIQUES FRANÇAIS

littéraires et théologiques transformèrent bientôt en cas pendable des peccadilles qui le tirent jeter dans les prisons du Cbâtelet. — Son protecteur, François I", lui rendit la liberté quand lui-même eut recouvré la sienne, et Marot se promit d'être sage. Mais on sait ce que valent les serments de poëte ! — Condamné par la Sorbonne pour sa traduction des Psaumes, incarcéré, puis relâché, mais tonjours menacé, il jugea prudent de mettre les Alpes entre lui et ses persécuteurs. Une abjuration, qui ne coûta guère à sa conscience, ayant été le prix de son pardon, il put revoir la France, non tontefois sans péril ; car il lui fallut bientôt fuir encore, d'abord à Genève, où Calvin le fit condamner au bannissement, enfin à Tarin on il réussit à se sauver, et mourut en 1544, Tannée même de la bataille de Cérizolles.

Nous ne chercherons pas son talent dans les premières poésies que lui suggéra la mode de l'allégorie, et l'imitation des modèles scolastiques. Laissons aussi de côté ses paraphrases des Psaumes y œuvre de parti plus que de sentiment. Marot était bien la muse la moins biblique, là moins calviniste qui fût au monde. Il se trompa donc de vocation, lorsqu'il se fit le Tyrtée des protestants, vers 1540. Son originalité est tout entière dans l'épltre, le conte, la chanson et l'épigramme, c'est-à-dire les genres' familiers où il tient le premier rang, et brille par l'esprit, la grâce, la malice, l'art de bien dire, ce tour aimable d'un causeur obligé d'amuser et de plaire. Il eut tout ensemble l'aiguillon et les ailes. Abandon, finesse, sensibilité plus douce que profonde, imagination plus enjouée que forte, éclairs de mélancolie voluptueuse, mots vifs et moqueurs, génie des choses légères : voilà les mérites où il excelle. Point de pleurs dans sa tristesse, ni d'aigreur dans sa raillerie, ni d'ivresse en sa gaieté. Il a déjà la mesure et le goût. Aussi le dix-septième siècle Fa-t-il traité comme le classique d'un temps encore à demi-barbare. Cest plaisir de voir comme il tire parti des moindres bagatelles, et en fait des objets d'art. En le lisant, nous sentons que c'en est fini de la rudesse gauloise. Nous entrons enfin avec lui en province française. Il n'est plus, comme Gringoire, un rimeur bourgeois, mais un poëte élégant, poli, voisin de la cour et cultivé par le commerce de la bonne compagnie. On dirait Villon transporté au Louvre, à l'école de la galanterie et de ses délicatesses. Il parle encore la langue des fabliaux, mais épurée par le bel usage. Ce n'est pas qu'il soit novateur. Voué, lui aussi, à des genres connus, et à ce vers de dix syllabes, qui est si preste en son laisser-aller, il fut un précurseur lointain de la Fontaine par sa naïveté; de Voltaire, par la souplesse et l'ironie. La Bruyère a donc en raison de dire : « Entre Marot et nous, il n'y a que la différence de quelques mots. » Cet éloge suffit à la gloire de celui qui fut le dernier trouvère du moyen âge, et le premier représentant de ls Renaissance '.

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