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Les sots depuis Adam sont en majorité

inoffensive de Pathelin, il imposa silence aux téméraires qui pouvaient voir trop clair dans ses habiles intrigues. Il les intimida par la confiscation, les verges et le bannissement. Il ne voulut même pas qu'on demandât la permission de jouer des soties, sous peine d'être immédiatement chassé du palais.

Le bon roi Louis XII aimait la vérité, a Aussi voulut-il que sur les théâtres on jouât librement les abus qui se commettaient tant en sa cour qu'en tout son royaume, pensant par là apprendre. et savoir beaucoup de choses» lesquelles, autrement, il lui était impossible d'entondra, » U rétablit dono les privilèges des Baaoehiens, et octroya même a leur scène, jusqu'alors ambulante, le droit de s'installer sur ja grande table de marbre qui existait dans la salle des Pa*Perd«s.

Un jour que les courtisans se plaignaient d'un trait lancé contre ses réarme* économiques : « Laissons faire, dit-il, j'aime mieux voir les Parisiens rire de ma parcimonie que pleurer de mes profusions. J- Je leur donne toute liberté, pourvu qu'ils respectent l'honneur des dames) t Paternel «eus un monarque débonnaire , le Parlement suivit son exemple, et distribua même des gratifications è ses clercs, pou» subvenir aux frais de leurs « montres et jeux. »

Disons quelques mots de ces pièces qui Jouirent alors d'une vogue t exceptionnelle. Les JforaW** qui tenaient le premier rang après les Mystères, s'en rapprochaient parleurs intentions religieuses et la qualité de leurs personnages. On y voyait souvent intervenir Dieu, lee anges et les diables, mais escortés d'allégories étranges qu'Avait introduites une eoolastique barbare et subtile, mise à la mode par le Boman de ta Rets. C'étaient autant de monstres indéfinissables, enfantés par un mysticisme délirant, et qui transformaient les actions dramatiques en des espèces à' Apocalypses. Parmi ces personnage! abstraits, signalons non*sculement Bien adeieé et Mal advisé, Usant /In et Maie fin, Jeune, Oraison et Aumône, mais Espérance de longue vi\ Honte de dire eu péchés, Désespérance de pardon, sans compter d'au' très personnifications plus singulières encore s le Limon de la Terre, le Semg d'Abel, les Vigiles dee morts, Creufor omnium, Tir fortieHmu$1 Homo natue de muliere, Paueitas dierum, et les quatre Étais de eu oie, dont les noms réunis font un vers hexamètre t

Regnabo, Be$no, Regnavi, Sum-sine-regno,

Ces tours de force, ces arguties, et ces fantômes ne cessèrent pas d'ttre les bienvenus, jusqu'au commencement du seizième siècle. Ce spectacle s'accordait avec les habitudes données aux esprits par la discipline des théologiens et des légistes. Les principales classes des lettrés s'y reconnaissaient. Ges formes qui nous paraissent si creuse* étaient alors vivantes. En pleine renaissance, la spirituelle reine d- Navarre prend cneore pour sujet d'une comédie métaphysique I» querelle de Peu et de Moins contre Trop et Prou. Parfois aussi le bci sens des poètes se contentait de développer des paraboles simples, qui montraient en action un précepte moral; par exemple : l'histoire du Mauvais riche et du Ladre ou celle de V Enfant prodigue* Mille ou

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douze oeuU vers étaient la. limite extrême de ces compositions* • Quant fc la sotie, née de la farce et de la moralité elle tenait 1* milieu entre l'une et Vautre; Une des plue célébrée, fut celle du F*e# monde , dont voici une analyse sommaire ,

ficus mowk est un vieillard décrépit qui ne cesse de se plaindre. Mus, l'engageant à prendre du repos, promet de gouverner les "hommes durant son sommeil. En effet, à peine a-t*il fermé les yeux, que son lieutenant appelle a lui tous ses amis; Sot dissolu habillé en moine, Sot glorieux en gendarme, Sot corrompu en procureur, Sot trompait en marchand, Sot ignorant en homme du peuple, Sotte ((Mie qui leur persuade à tous de bâtir un autre monde construit sur Confusion, et 4pjat la structure doit avoir -Abus pour architecte. Aussitôt chaque ouvrier met la main a l'œuvre. Sot dissolu rejetant Dévotion, Oraison et Humilité compose son pilier d'Hypocrisie, de Ribaudise, de Simonie et. $ Irrégularité; Sot glorieux substitue Lâcheté k Noblesse, Avarice n Itibérçùité; Sot corrompu remplaceriez par Corruption; Sot trompeur emploie Usure, larcin et Faune mesure; Sot ignorant M au lieu d'Jtwwcenm, fa Simplicité et ^Obéissance , s'accommode de Murmure, Furie et JMbfittm. Puis l'édifice ainsi construit, les Sots, se disputent la main de Sotte (vile, et, dans l'ardeur de la lutte, renversent de fond en comble le monde qu'il* viennent d'achever. Abu* en est réduit à les ebaâsfiT, et, dans la bagarre, Vieux monde est réveillé par leur va* eanaej il déplore l'imprudence des jeunes sots, et engage les assis* mit» à ne pas imiter leur orgueilleuse témérités.

Tel est le eana.v%s iur lequel se joue la raillerie, testât gressjftfrt, tantôt fine et mordante de l'esprit gaulois. La sotie est supérieure a 1% farce pur là portée de ses épigrajnmes et la verve militante de tes ajlnaiona. Des l'abord, elle fut inspirée par cette ironie incisive qui tara plus tard l'4me du pamphlet et du conte philosophique. On y rencontre et le badinage de Marot et l'audace d'Aristophane. Durant ses querelles aveo Jules II, Louis XII s'en servit volontiers comme d'une arme politique ; il se fit un auxiliaire puissant de ces parodies lancées contre les prétentions de la eour romaine. Il accrédita parmi le peuple les doctrines gallicanes, grâce au concours d'une verve plaisante qui se mit au service de sa politique. Le mardi gras do l'année 1511 fut mémorable entrç fc>us par la représentation du Prince des cote et de la Mire sotte, donnée sous la direction de Jean Marchand, charpentier, et de Pierre Gringoire, compositeur. Les éclats du rire populaire dissipèrent les scrupules de ceux que pouvait alarmer encore une guerre entreprise contre le chef de l'Église. Ce fut le prélude bouffon du concile de Pise et de la bataille de Kavennes. Nous eûmes là nos Atellanes gauloises ou plutôt notre Vauleville.

Mais, après la mort de Louis XII, les Basochlens et les Enfants uns souci retombèrent bien vite sous le régime d'une police défiante it-traçasslère. Aveo François Ier reviennent les scandales, et par suite les raisons décisives d'imposer silence à la farce ef. a Ja sotie. En dépit des suppliques adressées au roi par Clément Marçt 9 on

trouva, pour atteindre les auteurs dramatiques, autant ae prétextes qu'ils imaginèrent eux-mêmes de ruses pour échapper aux prohibitions légales. Alors on vit la même tactique et les mêmes subterfuges que dans la lutte de la censure Athénienne contre l'ancienne et la moyenne comédie. On défendit aux auteurs, tantôt (1516) de jouer des pièces « où il serait parlé de princes et de princesses, ■ tantôt (1536) « de faire monstration de spectacle, ni écritaux taxans ou notans quelque personne que ce soit, sous peine de prison et bannissement perpétuel. » — Las de renouveler des ordonnances toujours éludées, le Parlement finit (1538) par signifier aux comédiens «de remettre désormais à la Cour le manuscrit de leurs pièces, quinze jours avant la représentation, et de retrancher, en jouant, tous %es passages rayés, faute de quoi ils seraient passibles de punitions wiporelles. » En 1540, il y eut redoublement de rigueur, et la potence se dressa contre les délinquants. Parmi tant de persécutions et de gênes, les sociétés de la Basoche et des Enfants sans souci survécurent pourtant, mais d'une vie bien précaire, avec leurs cérémonies et statuts, jusqu'aux environs du dix-septième siècle, où elles finirent par se perdre et disparaître obscurément, dans les orgies du «arnaval.

r. esquisse que nous venons de tracer prouve qu'en France, l'Histoire de la comédie fut souvent un chapitre politique. Ls théâtre du moyen âge a donc un vif intérêt pour qui veut y chercher l'esprit du temps, y lire la gazette du jour, et comme la chronique de l'opinion. Banni de la scène, le démon de l'opposition (pour nous servir d'un mot tout moderne), ne se résigna pas à sa défaite. Il s'empara du roman, du pamphlet et de la chanson. Il dicta Pantagruel ,, la Confession de Sancy, la Satire Mènippée, et plus tard Mazarinades ou Philippiques. 11 eut surtout sa revanche , lorsqu'à la veille de la Révolution il reparut triomphant sur le théâtre avec Figaro,

LA Pllfl DE CALAI*

Un des plus mémorables événements de notre Histoire > au seizième siècle, fut la prise de Calais, enlevée aux Anglais par le duo de Guise, après une occupation qui avait duré plus de deux cent dix ans. Célébrée par toute la France, elle inspira cette moralité que l'on attribue à un prêtre d'Amiens nommé Antoine Fauquet. Peu de mois auparavant, après la victoire de Saint-Quentin, remportée sur nous par les Anglais et les Espagnols, les gens d'Arras, qui étaient alors au pouvoir de l'Espagne, s'étaient moqués « sur eschafaulx » de Paris et du roi « par la peur endormy. » Cette pièce fut une des ripostes qui répliquèrent à ce défi. On remarquera dans ces vers naïfs, mais bien français par le cœur, une joie grave et religieuse qui fait honneur à l'esprit du temps.

Il y a là des accents que nous rendront plus sensibles nos malheurs

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présents, et qui encourageront en nous de vaillantes espérances. Car toute revanohe est possible pour qui le mérite.

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