Je lis encore dans Joubert
« C'est un grand malheur quand la moitié d'nne nation est méprisée par l'autre ; et je ne veux pas parler seulement du mépris des grands pour les petits, mats du mépris des petits pour les grands. — Si vous appelez vieilli tout ce qui est ancien, si vous flétrissez d'un nom qui porte avec lui un sentiment de dédain tout ce qui a été consacré et rendu plus fort par le temps, vous êtes l'instrument de votre propre décadence.— Noos vivons dans des conjonctures si singulières que les vieillards n'y ont pas plus d'expérience que les jeunes gens. Nous sommes tous mkes, parce que tout est nouveau. »
Ajoutons qu'il y a du pamphlet dans cette farce. Le mot homme nouveau est une recommandation quand il sigoifle \ homme qui, n'ayant pas d'aïeux, est le fils de ses œuvres. Dans ce sens il est désirable qu'il y en ait beaucoup parmi nous, et qu'ils prennent un rang digne de leurs services et de leurs talents. Mais défions-nous des ambitions impatientes et impuissantes. Toute constitution a besoin de cette élasticité qui se prête aux changements utiles, c. à d. a des transactions entre ce qui fut et ce qui sera. La politique est l'art de connaître les besoins de l'esprit public. Elle est aussi ennemie de la routine que de l'utopie. Il y a pourtant des heures de crise où il faot infuser du sang jeune dans un vieux corps Maintenir et réparer, voilà, ce me semble, la devise des sages; au lendemain des violentes secousses, mieux vaut alors un médecin qu'un chirurgien.
11 n'y a de bon dans les innovations que ce qui est développement, achèvement. Aimons celles qui sont l'œuvre du temps et de la raison, mais non des colères, des haines et des convoitises.
L'homme d'Etat est un messager à qui le présent est remis en dépôt pour être rendu meilleur à l'avenir.
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Ml nui IJfORAT
A.NALT1B KT FRAGMENTS
La pièce s'ouvre par un entretien du père et de la mère qui causent ensemble sur l'éducation de leur ûls. Pour ce Benjamin, rien n'est trop bon, ni trop beau. Il lui faut un état lucratif, mais on lui épargnera tout travail, toute fatigue. L'enfant est de belle jeunesse, dit le père,
Et crois, s'il a maistre propice,
Sans trop le grever de service,
Qu'il apprendra suffisamment :
Car je ne veubtaulounement,
A quelqu' homme que je le baille.
Que trop fort on me le travaille,
Ni qu'on le traicte rudement1.
Aussi aveugle dans sa tendresse, la mère n'entend pas qu'un mettre inflige & son cher fils le moindre châtiment.
Il ne fauldpait qu'un mouvement
De tempeste et de gronderye
Pour le bouter en maladye,
Et le perdre soudayneraent.
Il se fault bien garder vrayment
De trop un enfant travailler.
Il lui fault un maistre bailler
Qui le traicte en tout doucement.
De tant payrai plus largement*.
1. M. Saint-Marc-Girardin commente à cheval, bien danser, nager et fato
ainsi ces Vers : « Le bon père, et qni des armes , il n'est plus nécessaire de
n'est pas seulement du xv* on rv» siè- se travailler si fort à- savoir le latin,
de! Je recevais dernièrement une let- Tout avoir sans peine, c'est là le point
tre d'un père de famille qni, voyant importantauxv«commeanxix«sifccle.»
dans le moniteur nne circulaire du mi- %, Voilà bien la nature prise «Dr le
Bistre de la guerre pour annoncer qu'il fait. Cet argument sent le riche et le
sera désormais tenu compte aux candi- parvenu. L'argent ne doit-il pas servir
data de Saint Cyr de l'habileté qn'ils à tout?
pourront avoir dans l'escrime, l'équita- Rt ^ gPV1Cfo,. g* plaignit
tlon et la natation, en concluait qu'on qu0 le*, soins de la Provifrn*
ne se soucierait pins de la version la- N'eussent pas au marché fait Tendre la droit
tine prescrite dans l'examen du bacca- Comme le manger et le bolr».
lauréat ès-sciences. Ge bon père croyait « Bonne mère et bon père qne vous
évidemment que si les enfants sont de êtes, dit M. Saint-Marc-Girardin, esUo
belle jeunesse, et savent bien monter que vous n'avez pas travaillé rudement
MORALITÉS ET SOTIES 303
A cette délibération manquait le principal personnage, le Aïs lui-môme, qui, dans toute famille civilisée, doit évidemment décider de son propre avenir, et éclairer l'inexpérience de ses parents. Il arrive dono à son tour, avec son air suffisant, capable, prêt à trancher, à décider, sûr de son ascendant.
LE PERE
Viens ça, mon filz, dys-moi comment Tu entends vivre. Veulx-tu estre De mestier, ou marchand, ou prestre?
le fils, avec un semblant de déférence qui n'est que précaution oratoire.
Père, à vostre commandement.
LE PÈRE, -
Est-ce répondre sagement!
Il sçait tout, et n'est qu'un enfant!
0 quel soucy, et quel tourment Frapperoit mon ocGur gravement Sy mort le prenoit maintenant!
Cet attendrissement du père sur la sagesse et l'intelligence de son fils, cet accent naturel et comique avertit le fils qu'il est maître dans la maison. Aussi reprend-il ;
Père, c'est beau mestier que marchand; M'est avys, sy je le sçavois Et sy vos biens en main j'avois, Que fort les mettrais en avant1.
lb PÈRE, pkwrant te joie* Je crois estre l'homme vivant Que Dieu a le mieulx fortuné, De m'avoir cest enfant donné, Qui tant est beau, doulx et savant* !
pour devenir riches î -~ Pourquoi toi tué ; U « 1m nuifl* calleuse* et le dos
fil* ne feraient-ils pas de même? — Toute i mais 1» fil* aura le# njains plan*
Obl nom ,jtaft W« différent, noua oh#s et la taille cambrée. Ce tara l'or*
étions pauvres, — G'ett ><»' que j'ed- gmii do pare, et comme, vm du pal»
mire vint parti$uli*reaie»t Bop vieil tten de son lui*. »
1 auteur. Il sait par où pèche l'anjou? - . . . . . -^^
| paternel. C'est vice de vanité ; le fils, *• " X» *** Wen *"**"-
délicatement pourri, est le trophée du 2. « Xt savant, note»*!* bien, dam
père enrichi. Le perc a travaillé et une science qui n'est pas sealement du
11 part donc avec son 11189 et va le placer chez un riche marchand qui lui apprendra le commerce. Là, dans l'entrevue préliminaire, c'est encore le jeune drôle qui se fait centre et chef de famille ; son père lui obéit respectueusement* Au moment où ils vont se quitter, la scène d'adieux est charmante.
LE PÈRE
Icy te tiendras, mon enfant.
Adieu te dys.
l'enfant.
Adieu, mon père.
Recommandez-moi à ma mère; Je l'iray voir, je ne sçais quand '.
LE PÈRE
Nous viendras voir; mais nonobstant, Pour connoître ce ministère 2, Icy te tiendras, mon enfant.
Adieu te dys.