‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 333 sur 559 · LE FILS · texte numérisé non relu

LE FILS

Adieu, mon père.

S'il me faut de l'argent comptant, J'en iray quérir*.

A cette promesse du moins il ne manque pas* Bientôt, en effet, il voudra quitter son patron, qui ne le traite pas

zvx* siècle , le maniement des capi- l'obscurité de l'avenir. Grand privilège

taux. Si j'étais banquier et capitaliste, que de n'avoir pas véca! mais il ne

quelles belles affaires je ferais 1 Tons faut pas en être trop fier. Parce que

avez péniblement amassé votre fortune, les enfants n'ont rien fait, ce n'est ps

mon père, sou par sou, vous levant tôt, une raison de croire qu'ils feront bien,

vous couchant tard. Maximes d'autre- C'est pourtant une disposition Data-

fois! Donnez -moi ces capitaux stag- relie du caractère français d'avoir plu*

ïiants ; donuez , mon père , afin que je de goût pour l'avenir que pour le passé.

les fasse travailler selon l'art de notre Voili pourquoi chaque génération veot

temps, et que je les mette en avant, avoir son gouvernement, et le faire à

Et le père, ébahi de cette science pré- son image et à son profit. Mauvais

coce , bénit naïvement Dieu d'être le symptôme dans une société quand il v

seul homme vivant qui ait un fils si a beaucoup de vieillards qui n'y fout

bieu appris. J'ai lu dans je ne sais quel rien, et que les jeunes gens y veulent

voyageur aux États-Unis, qu'on y a tout faire. » (M. Saint-Marc Girardin.}

une grande considération pour les gar- i. Cet égoïsme fait un contraste trii-

tons de douze & quinze ans. Ce sont de tement comique avec la douleur da

petits hommes, qui peut-être un jour père,

seront puissants par le génie des scien- 2. Métier (ministeriaiu).

•et ou des affaires. Us ont pw eux 3. Voilà encore un trait de Balaie.

MORALITÉS ET SOTIES M;i

avec a?«cz de considération, et se mettra & courir le monde. Mais auparavant, il va demander & ses parents le moyen d'y faire figure. Il prétend à un grand mariage, il veut épouser fille de noblesse,

Car dans notre temps on ne monte • Plus que par échelle d'argent.

La famille se laisse tenter par ses ambitions ; et il arrive un jour où, après bien des chutes d'où l'honneur ne se relève pas, il réussit à épouser la fille d'un comte ruiné ; mais à condition que son père et sa mère se démettent de tous leurs biens en faveur du polisson qui se croit gentilhomme.

A partir de ce moment, la comédie tourne au drame. Bornons-nous à une rapide analyse. Ruinés par leur sotte tendresse, ses parents viennent lui demander asile ; mais l'indigne refuse de les recevoir en son château ; il les renvoie comme des mendiants1. C'était le jour môme où il donnait un grand festin aux seigneurs du voisinage. Comment aurait-il avoué devant eux ces pauvres vieillards en haillons? H les a donc reniés. Le repas est servi ; les convives y prennent place ; le plat du milieu est un grand pâté que le fils ingrat se charge d'ouvrir lui-môme. Or, à peine en a-t-il soulevé la croûte qu'il en sort un énorme crapaud qui lui saute au visage, et s'y cramponne sans qu'on puisse l'en détacher. Grande frayeur parmi ses hôtes; grande douleur pour la jeune comtesse qui reconnaît là une punition céleste; elle va trouver le curé du village et invoquer son aide.

Sachant quel fut le crime, le prêtre répond qu'il est trop grand pour qu'il lui soit permis de le remettre. Il renvoie le coupable à l'évêque ; mais le prélat répond à son tour qu'il n'a pas le droit d'absoudre, qu'il faut aller à Rome, confesser la faute au pape et implorer sa grâce.

L'ingrat s'y résigne, mais le souverain pontife se déclare aussi, lui, impuissant à pardonner. Où dono trouver enfin le tribunal de pénitence? On pressentie dénouement. Il faudra que le mauvais fils, mais cette fois le repentir au cœur, aille s'agenouiller dans la chaumière délabrée où habitent son père et sa mère, qu'il y fasse amende ho-

1. On pourrait eomparer la petit conte de Voltaire intitulé Jeannot te CoU*

norable, et que, portant toujours but son visage le crapaud vengeur qui est le signe visible de la malédiction paternelle» il obtienne par ses larmes la délivrance accordée seulement à une contrition tardive» mais sincère !.

I/BTBB «BrUOYâlt* S* PITOU

L'ung va, l'ung court, et l'autre vient;

L'ung est party, l'autre revient;

L'ung est joyeulx, l'autre est coursé » ;

L'ung est farseur, l'autre est farsô * ;

L'ung est chagrin» l'autre advenant 6 ;

L'ung est franc, et l'autre tannant6.

i Geste oy ayme cestuy là ; ' L'ung va par cy, l'autre par là;

L'ung va devant» l'autre derrière;

L'ung est pesant comme une enclume ', .

L'autre est léger comme une plume*

L'ung est trop gras» l'autre trop mesgre8 \

L'ung est piteulx, l'autre est allègre.

On faict ceoy, on faict oela,

L'ung va deçà» l'autre delà;

L'ung est a oheval, l'autre a piéj

L'ung est gueotant*» l'autre espyé;

L'ung va le pas» l'autre le trot;

L'ung en a peu, l'autre en a trop10.

(Monologué du Résolu.)

1. M. Saint-Mare Ofrardin ajouté et* 7. De incudintm, enclume, reflétions t «le n'admire pas pins qu'il

ne faut l'invention du crapaud attaché ■• ****•

ati TUage dô l'ingrat} mais si le aym- 9t Vm guetu rautre ttt èp{é

bote art grossie* , il est iipreaeif. »

t. Ce fragment est emprunté a Roger 1Q« Jehan du Pontalais, l'auteur dei

de Collerye, poète boute-en-train, qui Contredits de Songe-Crevx, a dit ;

Téent aoos Lonis Xll (xtr siècle). ^^ ^ maê ge ^ (<w#|);

2. Courroucé vient de corruvliare, F«n*me rit, femme chante et pleure ; v Femme est malade quand e! w erfi,

4* Ge mot n'est pins passif et veut Femme gneriat en bien peu d'hasts,

dire : L'un est dupeur et Pautre dupe. Sa eemlle est de vif argent,

Qui ne penlt arrerter en ptaee ;

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