‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 334 sur 559 · CHARLES FONTAINE · texte numérisé non relu

CHARLES FONTAINE

Né à Paris, fils d'un marchand, élève de Danes, savant professeur de grec au Collège royal, Charles Fontaine refusa d'entrer dans la carrière du barreau, que lui ouvrait son oncle, Jean Du gué, avocat au Parlement. Tenté par la muse, il se crut poète, et alla chercher fortune à la jour du duo de Ferrare, qui venait d'épouser Renée de France, tille de Louis XII. La perte de sa sœur lui inspira une touchante élégie. Il sollicita vainement la faveur de François Ier, et mourut pauvre, en 1588.

. Il avait réuni ses œuvres sous ce titre : Les Ruisseaux de Fontaine. Fidèle à la vieille école, ami et défenseur de Marot dans sa querelle contre Sagon, il répondit au manifeete de du Bellay par une épftre assez judicieuse, le Quintil Horatian, où il pressent et indique avant Malherbe et Boileau les côtés faibles des novateurs. Il s'y moque des gréconUeurs, laiiniseurs et italianisent*. Il y fait preuve de goût et d'érudition sans pédantisme. La haute inspiration lui fit défaut, mais U eut parfois des accents sincères et dignes de mémoire,

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Mon petit fils, qui n'as encor rien vu, A ce matin ton père te salue :

Viens-t'en, viens voir ce monde bien pourvu D'honneurs et biens qui sont de grant value * ; Viens voir la paix en France descendue ; Viens voir François a, nostre roy et le tien, Qui a la France ornée et défendue :

Viens voir le monde, où y a 9 tant de bien.

Jean, petit Jean, viens voir ce tant beau monde,

Ce ciel d'azur, ces estoiles luisantes.

Ce soleil d'or, ceste grant terre ronde,

Ceste ample mer, ces rivières bruyantes,

Ce bel air vague, et ces nues courantes,

Ces beaux oyseaux, qui chantent à plaisir,

1. Qui ont grande valeur. Dans la 2. François Ier( qui lui fit de belles langue de* affaires et du droit, on dit promesses sans les tenir. encore la plus-value. 3. OU il y a.

Ces poissons frais et ces bestes paissantes * ; Viens voir le tout à souhait et désir2.

Petit enfant, peux-tu le bien venu Estre sur terre, où tu n'apportes rien, Mais où tu viens comme un petit ver nu3? Tu n'as ne drap, ne linge qui soit tien, Or, ny argent, n'aucun bien terrien :

A père et mère apportes seulement Peine et soucy, et voylà tout ton bien. Petit enfant, tu viens bien povrement*.

De ton honneur ne veuil plus estre chiche8, Petit enfant de grand bien jouissant, Tu viens au monde, aussi grand, aussi riche Comme6 le roi, et aussi florissant.

Ton héritage est le ciel splendissant; Tes serviteurs sont les anges sans vice ; Ton trésorier, c'est le Dieu tout puissant: Grâce divine est ta mère nourrice 7.

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