IC. de Montalembert a dit : « L'a- nature
roonr qui est de tous le pins pur et le En 1539 , Octavien de SainMfelais, pins ardent, le pins tendre et le pins le galant poète devenu évéqoe par la légitime, qni, né le dernier, l'emporte faveur de Charles VIII, avait essayé sur tout et survit à tout, c'est la pas- le même sujet devant le roi, a l'hôtel sion dn père pour l'enfant, pour la de France, mais en adoucissant les forjeune âme bienheureuse qu'il voit midables vertus du monde naissant. 11 éclore sous ses yeux. Rien, non, rien montrait Isaac ignorant le sort qui dans la religion même, n'attire vers l'attendait, et conduit par la curiosité Dien, ne révèle Dieu comme la foi et jusqu'au sommet de la montagne où la bonne foi de l'enfant, comme son devait s'accomplir le sacrifice. Son cœur, sa voix et son regard; ce cœur Abraham avait de pathétiques faiblessi innocent et si passionné, qui veut ses. Sara restait étrangère aux terreurs tout avoir parce qui! se donne tout de l'immolation De Bèze repousse ces entier, et tout savoir parce qu'il n'a méoagements. 11 traite les instincts de rien à cacher ; cette voix d'une mélo- la chair et dn sang avec nn dédain sudie si candide et si suave, qui parle à perbe et une implacable dureté. On l'homme comme il faudrait toujours reconnaît partout en son drame les vioparler à Dieu. » Cette pensée peut lenws d'un docteur âpre et fana tiaoe. servir d* commentaire i la douleur H d'Abraham saorifiant son fils. *• ^ grand que soit..* la pièce de Théodore de Bèze avait 6. Spacieux (spalium).
THÉODORK DE BÈZB 30*7
Le grand soleil reluisant Va son flambeau conduisant Autant comme1 le jour dure :
Puis revient la nuict obscure, Couvrant de ses noires aisles Et laides choses et belles.
Les grans astres flamboyans Çà et là vont tournoyans, Peignans leurs divers visages Et de beau temps et d'orages.
Si deux jours on met ensemble L'un à l'autre ne ressemble :
L'un passe légèrement, L'autre dure longuement :
L'un est sur nous envyeux* De la lumière des cieulx ; L'un avec sa couleur bleue Nous veult esblouyr la veuc ; L'un veult le monde brûler, L'aultre essaye à le geler.
Ore* la terre fleurie Estend sa tapisserie :
• Ores d'un vent la froydure Change en blancheur sa verdure.
Par quoy* celuy qui se fonde En rien que soit en ce monde, Soit en haut ou soit en bas, Je dy que sage n'est pas.
Qu'est-ce doncques8 de celuy Qui des hommes fait appuy*.
I Autant.que. Là oà Éoit la vie, elle est toujours entière;
«. L'un nous envie k lumière. Ce Sue da toinP8 ,otur» °,«°"int. ™°* '*i«-
3 Tantôt... (répété). N'étoft non plus avons que le» ans expiré» "
4. Cest pourquoi. Avant d'estre conçu» au sein de votre mère.
5. Que faut-il donc penser de celui Nul nwort aTant *°n jour, peot-e>tre, an onjt. [même temps
6.' Citons ces vers de Chassignet Qw ï006 reodw Vu*r]t> n,,,,e '"^ÏS!
(1578) : Ressentent de la mort l'homicide rudesse.
Vous aves beav eronplr en l'humaine eir- N'est imeries-vons pat les' pèlerins bien font,
[rière. D'aller sans aneou bot? chétlfi ! et penset-
Le tempe de voire mort Tons ne diminuerai ; (voos
Hais anssl long nement endormis voos serai, N'arriver Jamais le où vous courtes sans
Que si vous étios morts en voyant !a lumière. (cesse?
Né à Lire, près d'Angers, dans une famille illustre, cousin d'un cardinal, Joaehim du Bellay fut la constellation la plus brillante de cette Pléiade où figuraient le grammairien Batf, Rémi Belleau, surnommé mal à propos le poète de la satura, Àmadis Jamyn, le disciple ohéride Ronsard, l'évêque Pontus de Thyard, Etienne Jodelle, réformateur de la scène, et le professeur Danrat. Ce fat lui qui donna le signal de l'insurrection dans son éloquente Défense de la langue française (en 1649). Lancé contre l'ignorance des poëtes, la futilité de leurs chants et la dissipation de leurs mœurs, ce manifeste prétendit ennoblir à la fois la forme et le fonds de notre poésie par l'infusion des langues anciennes, et l'avènement des genres relevés qui n'avaient pas encore droit de cité parmi nous. Bien des idées justes pourraient être glanées dans ce programme où un initiateur entreprenant enseigne avec une sorte d'enthousiasme l'art de conci» lier l'imitation et l'invention, d'enrichir le vocabulaire et d'égaler les modèles antiques sans renier le génie national.
Après avoir sonné la charge, du Bellay se retira de la lutte, et môme essaya plus d'une fois de la pacifier par sa modération. Il ne fut pas, comme Ronsard, un de ceux qui parlaient un français grec et latin. Lui, du moins, il écrivit par instinct, non par un système. Critique judicieux en même temps que poëte discret, il vit avec effroi les excès commis par les esprits servîtes qui poussaient à outrance les principes d'une poétique mal comprise. Il s'affligea des parodies burlesques et de la gravité comique des ambitieux qui pindarisaient à tort et à travers. Il persifla les innovations grammaticales de son confrère Baïf, il censura les violences périlleuses qui mirent la muse à la torture.
Ses ailes modestes ne l'emportèrent jamais dans les nuages, ni sur les cimes olympiennes. Il se contenta d'être naturel et sincère. Datés de Rome, la plupart de ses sonnets doivent leur charme au vif sentiment de la réalité, à une fantaisie qui rajeunit même le lieu commun, à l'ennui d'une âme mélancolique, à l'émotion des spectacles grandioses, et parfois à l'industrie d'un style qu'Horace eût goûté. Engagé dans les ordres, mais plus voisin de Tibulle que de saint Augustin, il mérita d'être appelée VOvide français.
Je te veulx peindre icy, comme un bon artisan ',
t. Artiste.
De toutes ses couleurs l'Apollon courtisan '. ]
A ce gentil mestier il fault que de jeunesse *
Aux ruses et façons de la Court * il se dresse.
Ce précepte est commun : car qui veult s'advancer i
A la Court, de bonne heure il convient commencer.
Je ne veulx que long temps à l'estude il pallisse 4; Je ne veulx que resveur sur le livre il vieillisse, Feuilletant studieux tous les soirs et matins Les exemplaires Grecs et les autheurs Latins8. Ces exercices là font l'homme peu habile, Le rendent catarreux •, maladif et débile, Solitaire, fascheux 7, taciturne et songeard 8. Mais nostre courtisan est beaucoup plus gaillard ; Pour un vers allonger, ses ongles il ne ronge; Il ne frappe la table, il ne resve, il ne songe, Se brouillant le cerveau de pensemens divers, Pour tirer de sa tête un misérable vers, Qui ne rapporte, ingrat ', qu'une longue risée, Par tout où l'ignorance est plus authorisée *•.
Toy donc, qui choisiras le chemin le plus court Pour estre mis au rang des sçavans de la Court, Sans mascher " le laurier, ni sans prendre la peine De songer en Parnasse, et boire à la fontaine Que le cheval volant de son pié fit saillir, Faisant ce que je dis, tu ne pourras faillir.
Je veulx, en premier lieu, que, sans suyvre la trace (Comme font quelques-uns n) d'un Pindare ou d'Horace, Et sans vouloir, comme eux, voler si haultement, Ton simple naturel tu suyves seulement ,8. Ce procès tant mené u, et qui encore dure,
1. C'est-à-dire le poëte courtisan. 10. On voit ici qu'il y avait rivalité
C'était le temps de sa faveur. entre l'école savante de la Pléiade *t
S. Dès la jeunesse. l«s beaux esprits de cour, dont le type