‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 37 sur 559 · De canmba , nom donné par les · texte numérisé non relu

De canmba , nom donné par les

Espagnols aux anthropophage*. 16. Dans cette langue qui se sov vient

i8 CLASSIQUES FRANÇAIS !

sis d'une grosse housee1 de pluye. A quoy commenoearent se treamousser2, et se serrer l'ung l'aiiltre*. Ce que veoyant Pantagruel, leur feit dire par les capitaines que ce n'estoy t rien, et que il voyoyt bien on * dessus des nues que ce ne seroyt que une petite rousee*; mais, a toutes fins*, que ilz se meissent en ordre, et que il le» vouloyt couvrir. Lors se meirent en bon ordre et bien serrez. Et Pantagruel tyra ? sa langue seulement a demy, et les en couvrit comme une \ geline 7 faict ses poulletz. \

Ce pendant, je, qui vous foys* ces tant véritables contes, montay par dessus 9, le mieulx que je peuz... et cheminay bien deux lieues sur sa langue, tant que j'entray dedans sa bouche. Mais, o dieux et déesses, que veidz-je la ? ,0 Jupiter me confonde de sa fouldre trisulque a, sy j'en mens. Je y cheminoys, comme Ton faict en Sophie 1S, à Gonstantinople, et y veidz de grands rochiers (je croy que c'estoyent ses denz), et de grandz prez, de grandes foretz, de fortes et grosses villes, non moins grandes que Lyon ou Poictiers.

Le premier que y treuvay *•, ce feut ung bon homme qui plantoyt des choulx »*. Dont, tout esbahy, lui demanday : Mon amy, que foys tu ici? Je plante, dist il, des choulx. Je guaigne ainsi ma vie, et les pourte l8 vendre on marché, en la cité qui est icy derrière. Jésus, dis je, y a icy ung nouveau monde? Certes, dist il, il n'est mye16, nouveau : mais l'on dict bien que hors d'icy, ha17 une terre neufve où

de ses origines latines , le sujet des 8. Qui tous fais,

verbes se supprime volontiers. 9< c»esl le ^ign^ Alcofribas qui

1. Averse. Ce mot a de l'analogie parle et raconte son expédition, avec hose, housel, housiaus, qui signi-

fiait guêtres, bottes, et vient du haut 10, "** "+** UJ

ail. hosa. 1 1 . Trisuleus, à trois sillons.

Une averse vons guêtre les jambes 12# A u ée de Salnte.Sûpilie# d'eau et de boue.

2. Trémousser, de transmotiare, agi- . t3- T™*" {d* tvrbare> **nui*r, ter vivement. chercher, fou Uler).

3. A se serrer les uns contre les au- 14. De caulis,diou. On disait d'abord très» chol.

4. Au-dessus des nuées, que sa tète 15. Et les porte vendre au marché.

domioe- 16. Pas (de mica, miette).

B. Rosée (substantif, participe ferai- tm .

nîn du verbe rorare, tomber en rosée). "• IlV «-• Le »™roscope nous a

' découvert un monde de merveille..

«. Prêts à toute aventure. dang rinfiaiment petit. Rabelais no

7. Gèline, (de gaHina) poule. On dit voudrait-il pas mettre ici en scèno

encore une gelinotte. cette vérité três-p.euve alors?

RABELAIS iO

Hz ont soleil et lime ; mais cestuy cy est plus ancien. Voyre, mais, dis je, mon amy, comment ha nom ceste ville où tu pourtes vendre tes choulx? Elle ha, dist il, nom Aspharage1, et sont christians, gens de bien, et vous feront grande chiere 2. Bref, je deliberay 8 d'y aller.

Or, en mon chemin je trouvay ung compaignon qui tendoyl * aux pigeons. Onquel5 je demanday : Mon amy, d'ond6 vous viennent ces pigeons ici ? Gyre 7, dist il. ilz viennent de Paultre monde. Lors je pensay que, quand Pantagruel baisloyt 8, les pigeons a pleines volées entroyent dedans sa guorge •, pensans que feust ung colombier. Puys entray en la ville, laquelle trovay belle, bien forte, et en bel aer10...

De la partant, passay entre les rochiers qui estoyent ses denz, et fey tant que je montay sus une, et là treuvay les plus beaux lieux du monde, beaulx grands jeux de paulme, belles gualleryes11, belles prairyes, force vignes... et la demouray bien quatre moys,et ne feys oncque telle chiere ** que pour lors. Puys descendy par les denz du derrière :. mais, en passant, je feuz destroussé ls des briguans ik par une grande forest qui est vers la partye des aureilles.

Puis treuvay une petite bourgade (j'ay oublié son nom), ou je fey encores meilleure chiere que jamais, et guaignay quelque peu d'argent pour vivre. Sçavez vous comment? a dormir : car l'on loue les gens a jcurnee pour dormir, et guaignent cinq ou six sois par jour : mais ceulx qui ronflent Lien fort guaignent bien sept sols et demy. Et contoys 15 aux sénateurs comment on me avoyt destroussé par la vallée, lesquelz me dirent que, pour tout vray, les gens de la estoient mal vivans, et briguans de nature. A quoy je cogneu que, ainsi comme nous avons les contrées de decza

1. Gosier (« - «faf«Yo«). L'hellô- 9. De gurges (gouffre). Ici, l'étymo-

afete et le médecin se montrent sous logie est tout i fait appropriée,

le comique burlesque. iO. Noue supprimons quelques dé-

2 Bon accueil ; chiere vient de tails trop anatomiquei.

«*■» mino- i I . Galeries, de ViUMen gaUeria.

3. De, liberare, (libra, balance), ,â. Cô raot a déjà le sens de bomeuminer, peser. bance.

4. Visait à attraper des pigeons. 13. Trousser (torser, de tortiars)

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