Quelqne jour, aliquando
7. Je lis dans le Voyage en Italie, par M. de Chateaubriand : « Il y a longtemps que j'ai quitté mes bruyères natales; on vient d'abattre un bois de chênes et d'ormes parmi lesquels j'ai été élevé. Je serais tenté de pousser des plaintes, comme ces êtres magiques dont la vie était attachée aux arbres dans la forêt enchantée du Tasse. • Cette pensée est fort agréable; mais elle tient la place de ce qu'il fallait dire1 pour peindre lé serrement de cœur que nous éprouvons en trouvant tont détruit on changé dans le pays natal. Montaigne ou la Fontaine auraient dit; « M'en croirez-vous? quand Je ne vis pins ma chère forêt , où j'a-
vais goûté tant de plaisir dans mon enfance et dans ma jeunesse, je me sentis saisi d'une véritable douleur, et les larmes me vinrent aux yeux, •
Comparez aussi la Mort d'un chêne , par M. de Laprade ; en voici quelques vers:
Quand l'homme t» frappa de sa lâche-cognée, 0 roi qu'hier le mont portait avec orgueil, Mon âme, au premier coup, retentit indignée, Et dans la forêt sainte il se fit un grand [deuil.
Un murmure éclata sons ses ombres paisibles ; J'entendis des sanglots et des bruits menaçants ; Je vis errer des bois les hâtes invisibles. Pour te dérendre , hé! as ! contre l'hommo [impuissant.
Tout un peuple effrayé partit de ton feuillage, Et mille oiseaux chanteurs , troublés dans [leurs amour:», Planèrent sur ton front comme un pâle nuage, Perçant de cris aigus les gémissements sourds. Cybèle t'amenait une in.mense famille ; Chaque brandie portait sou nid ou son es- [saim t Abeille, oiseaux, reptile , insecte qui fourmille, Tous avalent la pâture et l'abri dans ton sein.
Ta chute • dispersé tout ce peuple ton©»;
Hé Dieu, que je porte d'envio Aux plaisirs de ta douce via.
Alouette ', qui de l'amour Degoizes* dès le poinct du jour.
Secouant en l'air la rosée Dont ta plume est tout arrouséeM Devant que* Phebus soit levé, Ti* enlevés ton corps lavé Pour l'essuyer près de la nuë, Trémoussant5 d'une aija menu.q; Et te sourdant* h petits bons^ Tu dis en l'air de si doux spng Compose» de tft tirelire *, Qu'il n'est amant qui pe desirçj
Mille êtres avec loi tombent aniaptig; A U place, dans l'air, seuls voltigent encore Quelques pauvres oiseau» qui cherchant leur» V M ^ [petits 1
Tes rawwnx ont broyé des trônes déjà ro- [bustes; Autour de \ù\ Il port » fapefcê largement. Tn»4f s»F H» »«Waai de chênes et d'ar- [bustes ; J'il vo tes. verts cheveux pâlir en on moment. Et \on éternité pourtant me semblait sorel La terre te gardait des jours multipliés... La sève afflue eneor par l'horrible b e?sure Qi|| desséche le tfPDp sépara de ses pieds. Oh ! ne prodigue pins la s've à ces racines. Ne verse pas Ion snng sur ce fils expiré, Mère! garde-le tout pour les plantes voisines : te chêne ne boit plus ce breuvage sacré. Dis adieu, pauvre chêne, au printemps qui
[l'enivre :
îlier, il t'a paré de feuillages nouveaux; Tu no sentiras plus ce bonheur de revivre : Ailieu, les nids d'amour qui peuplaient tes
[rrmeaux l
Adieu, les noirs es?.aims bourdonnant sur tes
[branches,
Le frisson de la feuille aux caresses du vent,
Adieu, les frais tapis de mousse et de per-
[vencht's
Où le brtiU des baisers t'a réjoui souvent 2
0 chêne I je comprends ta puissante affonie!
Dans sa paix, dans sa force, il est dur de
[mourir;
A TfllF Crouler fa. tête, au pript? rops rajeunie,
ile devine, 0 géant I ce que tu dois. souffrir.
Ainsi jnîqu.% tes pieds ityinme V» fsJl 4«* 1 [cendre;
Son fer « dépaal lai rameaux et le t»»*; Cet être harmonieux sera fumée et cendre, St la terre et le vent se le partageront I (Michel lew)
1, Ce #Jw?#, alouette : ça. pot fnt emprunté par les Romane anx. Gaulois, qui disaient aloue; cfcei les latins^ cet oiseau s'appelait galcrifa*
î. Dêgoiser, de l'ancien frauda/s gueuse (gosier), a maintenant un sens trivial—, mais signifiait alors s'égosiller, chanter à plein gosier.