‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 401 sur 559 · REMY BELLEAU · texte numérisé non relu

REMY BELLEAU

îssMm

rvé à Nogent-le-Rotrou, ville du Perche, en 1599, Remy BeUean devait être une des plus scintillantes étoiles de la Pléiade. Sa vie fut bien celle qui convenait au talent ingénieux et fin dont témoignent ses œuvres. Indépendante et calme, elle s'écoula parmi les honneurs de la cour et dans la maison d'un grand seigneur, Charles de Lorraine, marquis. d'Elbeuf, qui fit de lui d'abord «m teorô,tajr*, pais le précepteur de son fils, devenu plus, tard grand écuyer de France. L'événement principal de cette existence heureuse fut un voyage lait 'en Italie, à la suite de son noble patron, nommé général des galères pendant l'expédition de Naples.

Il mourut vers la cinquantaine, et ses amis, Pierre de Ronsard, Antoine de Baïf, Desportes et Amadis Jamyn voulurent porter son corps sur leurs épaules jusqu'à l'église des Grands-Augustins où on lisait sur son tombeau l'épitapne suivante i

Ne taillez, mains industrieuses, Des piervej pouf couvrir Belle*»; Loi-mesme a basti son tombeau Dedans ses Pierres précieuse*.

Ce quatrain misait allusion à ses trente petits poèmes sur les Amours des Pierres. Il y donne, en effet, la mesure du génie délicat qui le distingue. De son temps, il eut une grande réputation de gentillesse. On l'appelait aussi le Peintre de la nature. Ses Bergeries nous off rent dçs scènes, champêtres vivement tracées. J4a pièce du Mais d'Avril a conservé son lustre et sa fraîcheur. On y admire nn vernis étincelant dont l'éclat n'est point terni. En d'autres essais, il emprunta à l'épopée biblique les Cantiques de Salomon, aux légendes d'Orphée et d'Hésiode des fables tendres ou merveilleuses, et à l'Anthologie grecque de jolies imitations d'Anaçréon, Il gar$a. le parfum de la couronne dont il avait dérobé quelques fleurs. Si Sft grfoe n'est point exempte de mignardise, il sa recommande p$F 1'éejftt de ses images, la douceur de son sourire et le souffle léger d'une inspiration ténue mais élégante, sous laquelle se trahit l'industrie d'un artiste habile à ciseler de charmantes bagatelles.

On pourrait lui appliquer ces vers :

le dormais : voila qu'en songe

iJSt ce n'était point mensonge) *

fn vieillard me vit passer, Seau vieillard sortant de table; Il m'appelle (6 veix aimable !), lit mei je enifs l'embrasser.

REMY &EÏ.&EAU 447

À nacré on (c'est lui-même),

Front brillant, sans rien ae blôi^e :

Sa lèvre sentait le via,

Et dans sa marche sacrée,

Légèrement égarée,

Amour lui tenait la main.

Faisant glisser de sa tête Lis et roses de la fête, Sa couronne de renom, Il se l'ôte et me la donne i Je la prends, et la couronna Sentait son Ânacréoq.

Le cadeau riant m'invite, Et sans songer i la suite, Joyenx de m'en parfumer.

Dans mes cheveux je l'enlaco ; Depuis, lors, qnoi que je fasse, Je n'ai plus cesse] d'aimer.

Montre-nous ta face, belle ,

En cette saison nouvelle,

En pitié pegarde-nQUB, D'un oeil dou*.

Que, sous ta main quç j'hQUQtfj J

Au soir l'épi se. redore !

Viens, plus gracieuse encor Que n'est l'estoile qui guide

Le soleil quand par le vuide 11 estend son crespe d'or **

f. Il y a là de Tharmonie et de la Chet tos Toisins tons poêlez l'incendie ;

conîenr. Ja lis <|aps. Bérangfir (fa Sainte v»i°"™ «Quflie. et vos toits sont brûlé»,

Alliance des Peuples) : * " ■« T»tn.d ,a \etTr* «*/*** refro '*••

Le soc laqguit sous des bras mutilés*

Tai tu la Paix descendre sur la terre, Près de la borne où chaque État commence,

Semant de l*or, des fleurs et des épis ; Aucun épi n'est pur de sang humain,

L'air était eaime, et du dieu de la guerre Peuples, forir.ez une sainte alliance, Elle #tonlTait les fondres assoupis. Et donnez-tons la main.

M. ! disait-elle, égaux par h v.illanee, A1nsl m ceUe yip 1(Joré

Français, Anglais, Belge, Russe ou Germain, Et ,„, d,qn roi ré était Ms discon„#

l'euples. formes nne sainte alliance Cornme au printemps Ja terre était parée ;

Et donnez.voua la main. L'automne en fleurs rappelait les amour*.

Fan vres martels, tant de haine vous lasse: Pour l'étranger, coulez, bons vins de France,

Vous ne goûtez qu'un pénible sommeil. De sa frontière il reprend le chemin..

D'un globe étroit divisez mieux l'espace; Peuples, formez une sainte alliance, | Chacun de Tons aura place au soleil. Et donnez-vous la main.

Tous attelés -an ehar de la puissance, .► . ♦ .»,-.

Da , rai bonheur tous quitus, la chemin, Ma,« «WêBŒM au XW nftele. Un

Peuples, formez nne sainte alliance, poète estimé de Ronsard, qui lnj fit

E,t donnez-Vous la main. présent d'une plnme d'or, Quillaume

Que le ciel à ta venue ,

Epanche une douce nue De parfums et de senteurs,

Et d'odeurs, De miel, de manne sucrée , Tant, que la France enyvrée Florisse en un beau printemps, Un printemps qui toujours durj, Et qui surmonte l'injure Et les outrages du temps !

Pendant que ce mois renouvelle

D'une course perpétuelle

La vieillesse et le tour des ans ;

Pendant que la tendre jeunesse

Du ciel remet en allaigresse

Les hommes, la terre et le temps2;

Pendant que l'humeur printanière Enfle la mamelle fruitière* De la terre, en ses plus beaux jours; Et que sa face sursemée *

Salluste Dti BautaS (1548-1591), trésorier de France , gouverneur de Gascogne, a chanté cet hymne à la Paix :

Sainte fille do Aie), déesse qui rarneines L'antique sièele d'or, qui balle rassereine» L'air troublé des Français , qui fais rire nos [champs, Unique espoir des bons, juste effroy des mes-

[chans ; Vierge, depuis vingt ans aux Gaules incognne, O Paix 1 heureuse Paix I tu sois la bienvenue ! Voy comme, i ton retour, ceux qui desjà pous-

[sojent Leurs escumeux chevaux, et force nez bais-

[sojent Leurs bois pour se choquer, jettent aux pieds [leurs armes* Et d'aise transportez s'entrebaignent de larges.

Voy comme derechef lestraffiqueurs vaisseaux Desauerec, vont glissant sur nos marchandes „ [eaux.

Voy comme le sénat, jà par toute la Franee, Renitadsoneicarlete, et In Loy sa puissance.

Voy sens les ilôts d'onbly tous nos débats [Mja, Voy rebasllr les murs que Mars a fondrojex> D'artisans occupes voy les boutiques pleines; De pasteurs, de troupeaux et de bouviers !»

[pkiBM.

Voy, voy les feux de joie ondoyer josgn «

[cita,

Voy le peuple assemblé, qui, les lances i».

[jeu,

Prononce ce beau chant s Io! qo'on $'*-

[jouisse!

Que do Ios do Seigneur tout nostre air retea-

[tfee!

1. La pièce intitulée Avril est déjà dans notre Recueil des classes élémentaires. Voilà pourquoi nous avons choisi le mois de Mai.

Page 1