‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 44 sur 559 · A moi plutôt qu'à elle. 10# n y a „ne gortb de yem ljri · texte numérisé non relu

A moi plutôt qu'à elle. 10# n y a „ne gortb de yem ljri

o. Je ne te verrai. que dans la langue de Rabelais.

portoyent sa femme en terre ; et tout soubdain fént ravy ailleurs, disant fSeigneur Dieu, faut il que je me contriste .encore? cela me fasche, je ne suis plus jeune, je deviens Jvieulx, le temps est dangereux, je pourray prendre quelque fiebvre1, me voyla affolé. Foy de gentilhomme*, il vault rnieulx plourer moins. Ma femme est morte, et je ne la ressusciteray pas par mes plours : elle est bien, elle est en paradiz pour le moins, elle prie pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos misères et calamitez. Dieu guard le demourant8 !

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Non doncques Bans juste et équitable cause je rends grâces a Dieu, mon conservateur, de ce qu'il m'ha donné pouvoir veoir mon anticquité chenue* refleurir en ta jeunesse. Car, quand, par le plaisir de luy qui tout régit et modère, mon ame laissera ceste habitation humaine, je ne me reputeray totalement mourir, ains passer d'ung lieu en aultre, attendu que en toy et par toy je demoure en mon imaige, visible en ce monde, vivant, voyant, et conversant entre gens d'honneur et mes amys, comme je souloysê. Parquoy, ainsi comme en toi demoure Timaige de mon corps, si pareillement ne reluisoyent les meurs7 de l'âme, Ton ne te juguoit8 estre garde et thresor de l'immortalité de nostre nom, et le plaisir que prendroys ce voyant seroit petit considérant que la moindre partie de moy, qui est le corps, demoureroit; et la meilleure, qui est l'ame, et par laquelle demoure nostre nom en bénédiction entre les hommes, seroit dégénérante et abastardye. Ce que je ne dy par deffiance que j'aye de ta vertu, laquelle m'ha esté ja par oy devant esprouvée, mais pour plus fort te encouraiger a proufflcter de bien en rnieulx9. Et ce que présentement t'escripz, n'est tant a fin qu'en ce train vertueux tu vives,

i. n faut qu'il se ménage pour son 4. Voir M. Guixot [Méditations et

Us ! études morales).

t. C'était le serment familier de 5. Dérivé de canus, blanc.

François I«. 6 rtvaig c^me (du latin sokâ).

Z. Dieu garde celui qui reste ! nœttrs#

Cet égolsme naïf et bourgeois de * \ ,,

Pantagriel nous rappelle certaines fi- 8- 0tt ne «*■* PM *""

lues du théâtre de Molière. 9. De mieux en mieux.

que de ainsi vivre et avoir vescu tu te réjouisses, et te re fraîchisses en couraige pareil pour Tad venir. A laquelle entreprinse parfaire et consommer, il te peult assez soubvenir comment je n'ay rien espargné : mais ainsi t'y ay je secouru comme si je n'eusse aultre thrésor en ce monde que te veoir une foys en ma vie absolu et parfaict, tant en vertus, honnesteté, et preud hommie *, comme en tout sçavoir libéral et honneste, et tel te laisser après ma mort, comme ung mirouer» représentant la personne de moy ton père, et sinon tant excellent, et tel de faict comme je te soubhaitte, certes bien tel en désir.

Mais encores que mon feu père de bonne mémoire eust adonné tout son estude8 a ce que je prouffictasse en toute perfection et sçavoir politique, et que mon labeur correspondit* tresbien, voyre encore oultrepassast son désir, toutesfoys, comme tu peulx bien entendre, le temps n'estoyt tant idoine5 ne commode es lettres comme est de présent, et n'avoys copie6 de telz précepteurs comme tu has eu. Le temps estoyt encores ténébreux, et sentant Tin félicité et calamité des Gotbz, qui avoyent mis a destruction toute bonne literature. Mais, par la bonté divine, la lumière et dignité ba esté de mon eage rendue es lettres7, et y voy tel amendement8 que, de présent, a difficulté seroy je receu en la première classe des petite grimaulx9, qui en mon eage virile eetoys1()(non à tort) réputé le plus sçavant dudict siècle.

Ce que je ne dy par jactanoe vaine, encores que je le puisse louablement faire en t'escripvant, comme tu as l'authorité de Marc Tulle en son livre de Vieillesse, et la sentence de Plutarche au livre intitulé, «Gomment on se peut louer sans envie n, » mais pour te donner affection13 de plus hault tendre.

Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées *3, grecque, sans laqueWe c'est honte qu'une

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