Au péché. «ucivipo;, celui qui meut sans être mû
CLASSIQUES rfeAftÇAlâ
Tu le feras, mpn Dieu, mon espoir est certain , Puisque tu Tas donné pour arre * et pour avance; Et ta main bienfaisante est cette seule main Qui parfait sans faillir l'œuvre qu'elle commence?.
: 1. Ta as donpé i"#ip*r«i00 tomme farmlie du salut. Arrte, du 1. arrka, gage.
î. L'occasion nous invite à citer Ici un fragment remarquable d'un poëte p.;n connu, Jean-Baptiste Chassignet (1518-1610). Son uuiqne préoccupation fut l'idée de la mort. Dès l'âge de seize ans, il composa nn volome snr le Mi' pris de la vie. Docteur en droit, avocat fiscal au bai liage de Gray, malade, pauvre, mélancolique, il eut d'énergiques accents de tristesse religieuse. Eu voici un frappant témoignage :
Hod sœur va regorgeant de douleuis et d'eq-
[nui,
El, libre entre les morts, approche jà le nuit
Des sépulcres funèbres ;
Là force et 1« vigueur abandonnent m*n
[corps,
Le remords, «s dedans, et la mort, ea iebors,
Vont menaçant mes jenx de mortelles U-
[nèbree.
Lest le ressemble t eeox qne le pâle tom- [bean Relient ensevelis, sëqaestrés du flambeau
Qui donne Itjum'trei A cenx qu( sont frappés d'un violent trépas, Et desquels toutefois tu ne te eenviens pas, Les aient rejetés de ta main justiciers,
Mes amis les plus sûrs (ttraafe effet du sort), Que je pensais, bêlas ! devoir être Je port
De ma nef agitée, Détestent ma rencontre, ainsi que les nochers Redoutent sur If mer Us pèrilfem rochers Qui mettent en morceaux leur naye {empâtée. Cependant, ô bon Dieu I levant les mains en [haut, Dorant l'âpre conflit de ce cuisent assaut,
Je fais ma doléancej
J» t'offre mes soupirs, je te die &*> lonr-
[mente, Réclamant Ion secours en mes gémissementr, Suit que la jour Suisse, ou que le jour com>
[mence.
Quoi I veux-tu débander les effots mer vei iléus De ton bras tout-puissant sur les hôt|s frileux
De la tombe muette?
Quoi ! veux-tn de nouveau vivifier leurs Corp?, AQo que désormais ils sacrent les accords De .surs bjmnes divins à ta grandeur parffaiteT
Mais moi qui suis vivant, d'âme et de vo- Je prêcherai ton les, je dirai ta bouté, Ikwte,
Vrai chantre de ta grâce, Bt n'y aura moment, ni minutes au jour, fil lieux en Isratl, en mou âme, à son tour, A. ta divinité sa prière ne fasse.
Comme an pesant fardeau, sur le dos j'ai [port* ta peur de l'offenser; et le flot débordé
De t«n lr« crnelle M'a passé sur le chef comme un torrent d'été. Qui, roide et furieux, hors de rive jeté, Sur les vertes moissons se» fsnges amoncelle. Ton courroux, de vengeance ardemment [animé, Ton ire et ta fureur me relient opprima
De frayeur et de crainte;'
M'entonnât de U *or$e, et de n«U et de
Ûoor«
Que le vague Qeéaa s'étend tout * l'emour
De la terre aréaeuss en ses bornes restreinte.
Me voilà seul, Seigneur, pauvre et déeont-forté, l/hlver 4e n,e* malheurs ailleurs a emporté
Mes amis pins fidèles;
1)1 se sachent de moi, et s), dans P«n de
[tempe.
Ta grâce & mes ennuis ne ramène un pria-
[temps,
je ne reverrai plus ces vagues «rondelles»
RECfNIBn B27
HATHURIN REGNIER
Fils d'an éohevin, né à Chartres en 1573, Mathurin Kegnier était par sa mère le neveu de Desportes, chanoine de la Sainte-Chapelle, favori de deux rois, poëte largement pensionné par les Valois. Destiné à l'état ecclésiastique, il sentit de bonne heure en lui cette influnee secrète dont parle Boileau. Pourtant il se laissa tonsurer à l'âge de neuf ans, et suivit à Rome, en qualité de chapelain, d'abord le cardinal de Joyeuse près duquel il séjourna dix années, puis un autre Mécène, Philippe de Béthune, frère de Sully, ambassadeur de 1601 à 1605.
Après «ne longue attente, il obtint un canonicat dans l'église Notre- Dame de Chartres, et en 1604, un bénéfice de 6,000 livres, avec une pension de 9,000 dont le gratifia la libéralité d'Henri IV. De toutes les abbayes, il fréquenta surtout celle de Thélème, où se compromit trop souvent sa muse ; mais il expia les dissipations de sa vie par une fin prématurée qui fut précédée d'une pénitence tardive, mais sincère. Il mourut à quarante ans, en 1613, justifiant ainsi cet vers |
* Je croiray qu'il n'est rien au monde qui gutrissa TJn homme iimwi comme, son propre vice, >
Si on ne peut que l'étudier furtivement, c'est sa faute. Rimeur débraillé, trop ennemi de la gêne dans sa poésie comme dans sa conduite, prodigue de son esprit comme, de son argent et de sa santé, déréglé, voluptueux et même cynique , Régnier a fait parfois un triste usage des dons les plus heureux. 11 est dono regrettable que sa verve se soit égayée en fâcheuses licences. Et pourtant} ne soyons pas trop durs pour cet jpsouciant qui vécut
Sans nulpens'ment Se laissant aller doucement A la benne M naturelle.
San* l'excuser, disons du moins, pour être justes, que sa bonhomie Toile un peu ses défauts, qu'il pécha par oubli plus que par calcul, et wmble ignorer l'honnêteté au lieu de la braver. Accordons-lui cette indulgence que nous ne refusons pas à un de ses ancôtres plus coupable encore, à François Villon,
Sa vertu la moins contestable fut d'avoir aimé son art. Non, ca n'est pas lui qui eut comparé un poëte à un joueur de quilles, blasphème commis par Malherbe. Nourri d'Horace, d'Ovide et des mal- Ires italiens, il est le premier qui parmi nous ait franchement inau*
guré la Satire. Sans doute, avant lai, la muse de l'épigratmne vivais déjà, légère ou bouffonne, délicate ou grossière, dans nos fabliaux ou romans, nos soties ou farces. Mais elle n'avait pas encore pris oonscience d'elle-même. Ce fut Régnier qui créa le genre, et continua sous une forme réfléchie la tradition fnstinctive du vieil esprit gaulois. Seize satires, trois épltres, cinq élégies : voilà ses œuvres.
Deux pièces surtout se détachent en pleine lumière, l'une littéraire, dirigée contre Malherbe, l'autre morale qui flagelle l'hypocrisie. Quoique trop rigoureuse pour un poëte dont il connut seulement les débuts, la 'première est excellente dans sa partie critique. Justement indigné d'une brutalité commise contre son vieil oncle, Régnier n'eut jamais pins d'âme et d'élan que dans cette boutade où il venge la gaie science maltraitée par un tyran des syllabes, et revendique les franchises de la libre humeur. Il n'était pas homme à se (aire l'humble serviteur d'un pédagogue. Ajoutons cependant qu'il convient de ne sacrifier ni Malherbe à Régnier, ni Régnier à Malherbe. Si le premier jet a du bon. si les fiertés du style et les aimables indolences ont droit à nos sympathies, ne dédaignons pas non plus les lenteurs laborieuses delà lime. On n'en médit Jamais impunément.
La seconde de ces satires, intitulée Macelte, est enlevée de verve. Là, tout coup porte; c'est généreux et ardent : on dirait du Molière pris à la source vive. Jamais le génie gaulois n'a été plus frano du collier.
Moraliste plutôt que vraiment satirique, Régnier ne censure pas des personnages vivants, il met en scène des caractères généraux et anonymes : le Fâcheux, le Pédant, le Bavard, le Jaloux, l'Usurier. Ne cherchez pas chez lui les vices du seizième siècle. D'Aubigné seul osa les démasquer. Sous Henri IV, on n'a plus ces audaces. Laissant au Toi le soin de gouverner l'État, la poésie cessera d'être politique; elle va désormais n'être plus soucieuse que de plaire au souverain. et de satisfaire des lettrés par l'industrie de l'artiste. Le temps des Juvénals est passé.
Ce qu'il y a de plus original dans ce vieux maître, aujourd'hui trop délaissé, c'est encore le style. Doué d'une opulente imagination, capable même d'essor presque lyrique, il a de la rondeur, des tirades grondantes, une veine tumultueuse, de la fougue, de l'éclat, de la vigueur, une brusquerie semblable aux gestes involontaires d'un homme passionné qui s'échauffe en causant, et abonde alors en images puissantes ou en métaphores hardies dont la transparence rend la pensée palpable et visible. Les mots se précipitent avec une sorte de furie endiablée. De là, disons-le, des inégalités, des troubles de diction, une profusion d'idiotismes aventureux, parfois aussi certaine solution de continuité, du hasard et des écarts. Mais que d'esquisses parlantes ! .Combien d'admirables ébauches ! Que d'entrain et d'invention! C'est le Montaigne, c'est le Montluc de la poésie. Aussi ne faisons pas à Régnier l'injure de voir en lui, comme il le crut, un continuateur de Ronsard et de la Pléiade. Ses origines sont toutes populaires et gauloises. Ne le traitons pas non plus comme
on des aïeux du romantisme. Il n'appartient qu'à la race de Molière*.
Jadis un loup, dit-on, que la faim espoinçonne f, Sortant hors de son fort3, rencontre une lionne, Rugissante à l'abord4, et qui monstroit aux dents L'insatiable faim qu'elle avoit au-dedans. Furieuse, elle approche ; et le loup qui l'advise ft D'un langage flatteur luy parle et la courtise : Car ce fut de tout temps que, ployant * sous l'effort , Le petit cède au grand, et le t'oible au plus fort.
Luy, dis-je, qui cfoignoit, que, faute d'autre proyo, La beste l'attaquast, ses ruses il employé. Mais enfin le hasard si bien le secourut Qu'un mulet gros et gras à leurs yeux apparut. Ils cheminent dispos, croyant la table preste , Et s'approchent tous deux assez près de la bestc. Le loup, qui la7 cognoist, malin et def fiant, Luy regardant aux pieds, luy parloit en riant: « D'où es-tu? qui es-tu? quelle est ta nourriture, Ta race, ta maison, ton maistre, ta nature ? » Le mulet, estonné de ce nouveau discours, De peur ingénieux8, aux ruses9 eut recours; Et, comme les Normands, sans luy 10 respondre : a Voire** 1 Compère12, ce dit-il, je n'ay point de mémoire;
I. 11 faut savoir par cœur ces vers du repaire de la bête qui se débuche
que lai consacre Boileau : et se r embûche. Ce sens a précédé ce-
De ces maîtres satants disciple Ingénie», lai de fortification.
Régaler, seul parmi nom formé sur leurs 4 Contre qui V aborde.
[modèles, ,
Dan son *!«m style eneor a des gTiees nou- 5. L aperçoit. On dit aviser le gibier,
M , A l'?116*- 6. Ployant (de plicare, plier).
Heureux si ses discours , craints du chaste r ' r '
[lecteur, 7. Qui connaît l'humeur de ftspèce.
Ne ce tentaient des lieux que fréquentait g# in«rfuieux par l'effet de la peur
[l'auteur; tvavor\
El si, du son hardi de ses rimes cyniques, ^ '*
11 n'alarmait souvent les oreilles pudiques. 9. Ruser, jadis reùser, était d'abord
• B7»«*;..MM«* «A»mA «,-oiiii. n; un terme de chasse servant à indiquer
^iSrSrZ^tâi les détours du gihierqni se dérL.
dans du Bellay : « Tous son! espoin- et fait Perdre la P*te aax ch,ens-
çonnès d'une même fureur. > ■ iO. Répondre A ses questions.