‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 518 sur 559 · Compares la traduction d'Horace · texte numérisé non relu

Compares la traduction d'Horace

par le comte Daru s De chaque âge, avec soin, retreees-noos les [mœurs.

Ceignes de leon couleurs le vieltlesce «t [l'enfance.

Cet enfant, qui déjà t'exprime avee aisance. Et dont le pied pins sûr marque an peu [mieux ses pas, Cbertbe avec ses pareils de folâtres ébats ; Sa eolère naît vite, elle est bientôt passée, Et chaque ioataat qui fuit voit changer sa fpeiuée.

La jeune bomme, affranchi d'un censeur ennuyeux.

Aime le champ de Mars, les coursiers, et les [jeux, Est vaio, facile au mal, rétif à la censure, Imprévoyant, léger, prodigue, sans mesure. Changeant dans l'âge mur de soins et de dé- [sirs L'homme fuit l'imprudence, et craint les repentirs ; I] cherche les honneurs, les amis, la richesse. Des défauts importuns assiégeut la vieillesse; Elle désire, et n'ose, et ne sait plus jouir. Difficile, grondeur, ennemi du plaisir.

Lent Uaos tout ce qu'il fait, le vieillard se [tourmente, Gourmande avee chagrin la Jeunesse impra- [dente.

Et, ne sachant jamais que vanter sou printemps, N'ose sur l'avenir lever des yeux mourants. Ainsi fuit loin de nous, aux jours de noire [automne.

Cette foule de Mens que le printemps nous [donne.

On ne lira pas non plus sans plaisir

cette page de M. de Montalembert sur l'enfance :

« Ni les premiers feux du jour naissant, ni le printemps en sa premièfe verdure , ni la rose en ses premiecs parfums, ni le premier chant du roaeignol dans les nuit» d'avril eu de met, non., rien, absolument rien otone la *•> ture on dans l'art, n'égale la beauté, la pureté , la grâce incomparable de l'enfant. Et rien, non, rien dans la religion elle-même, n'attire «ers Dieu, ne révélé Dieu , comme la foi et la bonne foi de l'enfant, comme son cœur, sa voit et son regard; ce eesur si innocent et si passionné, qui veut tout avoir parce qu'il se donne tout entier, et tout savoir parée qu'il n'a rien à cacher : cette voix d'une mélodie si candide et si suave, qni parle à l'homme comme il faudrait toujours parler à Dieu; ce regard serein et doux , naïf et lumineux , qui plonge sans efforts dans les profondeurs du eiel! Leurs atfges voient toujours Dieu, a dit Notre-Seigneur ; eux, ils n'en savent rien, mais ils en vivent et tressaillent de joie dans cette lumière, où ils croissent pleins de pressentiments, de germes, de ravissants élans. Ceux qni les aiment et qni ne vivent plus que de cet amour sont parfois baignés, eui aussi, dans cejte céleste lumière.

La sagesse des nations a dit : Si jeunesse tapait t si vieillesse pouvait ! Or, le père qui aime, le vieux père, pos»

sède h la fois la science et la puissance : il sait et il peut aimer sans limite comme sans reproche... Je m'arrête, de peur que ces lignes n'ailrent navrer quelque cœur désespéré de n'avoir pas connu cette félicité, on, l'ayant connue, de l'avoir nerdue sans retour.»

Mais ce qui plus encor m'empoisonne de rage1, Est quaru1 un charlatan relève son langage1, Et, de coquin, faisant le prince revestu8,

Terminons par le portrait qn'Àristote consacre à la jeunesse :

€ Lu Jennee gens dans leurs mœurs sont pleins de désirs , et ce qu'ils désirtnt, ils osent le faire ; ils sont moonstanU dans leurs désirs et prompts k se dégoûter; car lenr volonté, semblante à la faim et à la soif des malades, a plus de vivacité qse de force. Us sont coteras, emportés, et, s'abau* 4o*naot à leur fougue, lia ne peuvent m rendre maitres de lenr colère; «vide* d'humeurs , ils ne supportent pas d'être comptés pour rien, et ils s'indignent quand ils croient qu'on a dee torts enfers eaz. Ils recherchant les distinctions, moins pourtant que la victoire $ car la jeunesse vent s'élever, ci te victoire est une prééminence. Ils sont .avides de ces deux biens plus que de l'argent ; ils n'attachent aucun prix à l'argent, par» qu'ils n'ont pas Dût encore l'épreuve du besoin. Ils ne sont pu méchants, mais simples et candides, parce qu'ils n'ont paa eneore on le spectacle de oombreusea perversité* ; confiants, parce qu'ils n'ont paa été trompée souvent; pleins d'espérante, parce que leur nature bouillante ressemble à l'ivresse du vin, et 2 no d'ailleurs ils n'ont paa encore prouva beaucoup de mécomptes. Le plus souvent ils vivent d'espérance , car l'espérance appartient à l'avenir, comme le souvenir au passé. Pour lea jeunes gens, l'avenir est long et le passé ut court i car au matin de la vie, on croit n'avoir i se souvenir de rien, mais au contraire tout à espérer, et par là même on se laisse facilement tromper; car on espère facilement.

Dans la jeunesse , on a plus de courage, parce qu'on ut porté à la colère et à l'espérance; la première fait que nous ne craignons pu, la seconde que nous avons confiance. Les jeunes gens

sont portés à rougir, car ils pensent qu'il n'y a de beau que ce que la loi leur apprend à regarder comme tel. Ils sont magnanimes, parce qu'ils n'ont paa encore été rapetisses par la vie, et qu'ils n'ont pas subi l'épreuve du besoin ; il y a d'ailleurs de la magnanimité à se croire digne de grandes choses, et ce sentiment naît dans l'âme qui espère. Dans leur conduite, ils préfèrent le beau à l'utile ; leur vie est plus honnête que calculée, car le calcul poursuit l'utile , et la vertu le beau. A cet âge, plus qu'à tout autre, ils aiment leurs amis et leurs camarades, parce qu'ils se plaisent i vivre en compagnie, et que, ne jugeant rien d'après la règle de l'utile, ce n'est pas d'après cette règle qu'ils jugent leurs amis. Toutes les fois qu'ils pèchent, c'est par excès et par ardeur; ils ne suivent pu la maxime de Chilon ; ils font tout avec excès. Il y a excès dans leur amitié, dans leur haine et dans tout le reste également. Ils croient tout savoir et affirment avec force; c'est la cause de l'excès qu'ils mettent en tout. S'ils font mal, c'est par envie d'offenser et non par méchante. Ils sont portés à la pitié , parce qu'ils croient tous les hommes honnêtes et meilleurs qu'ils ne sont; et cela,parce qu'appliquant au prochain la mesuré de leur innocence, ils pensent qu'il souffre sans le mériter. Ils aiment à rire, ce qui fait aussi qu'ils sont railleurs, la raillerie étant une offense polie. Voilà quelles sont lu mœurs des jenneâ gens. »

N. Bosafous <trad. d'Aristote).

t. Il a comme une furie d'expression.

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