‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 524 sur 559 · Ce ▼erfee n*a pas ée complément par Apollon · texte numérisé non relu

Ce ▼erfee n*a pas ée complément par Apollon

et signifie fait H mois** [rtcoMgit). lK% Ca mot VT0£fa àn nieiiaadais

Hemit* peur ht efrimtten. mowe, moue, mina fâcheuse.

REGNIEZ ?;03

Maïs moy, qui ae me reigle» aux jugemens des hommes :

Qui dedans et dehors cognoy ce que nous sommes;

Gomme2, le plus souvent, ceux qui sçavent le moings

Sont témérairement et juges et tesmoings,

Pour blasme ou pour louange ou pour froide parole

Je ne fay de léger8 banqueroute à l'escole

Du bonhomme Émpedocle, où son discours m'apprend

Qu'en ce monde il n'est rien d'admirable et de grand

Que l'esprit desdaignant une chose bien grande4,

Et qui, Roy de soy-mesme, à soy-mesme commande.

1» Qui' ne ma règle pal inr l'opi* mon.

1. Moi qui êaii combien les ignorant» sont téméraires à juger.

3. Je ne snis pas assez léger pour oublier la leçon d'Einpédocle...{Âuiqueroutee&t la mot italien banearotta.)

4. Il vent dire qu'il n'est pas pins dope dqp éloges que du blâme. Il n'en croit que sa conscience éclairée par le sentiment de l'idéal.

Il dit ailleurs :

Arecq' proportion se despart la louange.

Autrement c'est pour moy un baragouyn es-

[trange;

Le m! me fut dan» moy recognoistro le

['aux,

Ào peix de la Tèrta je jnge le» doffaox.

Bans une antre satire , je Us encore : Je me donne pour butte au* jugements divers.

Qu'un chacun Ullle, rogne et glose sur mes [vert.

Qu'un resfeur insolent d'ignorance m'acuge, Que je ne suis pas net, que trop simple est [ma Muse, Que j'ai l'on peur Meut*, iaesgal le ter* • F veau, Et, s'il loj platst encor', qu'il me relie en [veau.

Avant qu'aller A viate, ai moins je le su- [plie Sçavoir que le bon vin ne peut estre sans iie; Qu'il n'est rien départait en ee monde nu- [joiirdljliy }

Qu'tutmma je sui» aujeot & faillir comme luj.

En 1548, après l'édit qui supprimait les mystères et invitait les poëtei à la création de pièces profanée, honnêtes et licites, la France semblait prête à bien accueillir une renaissance dramatique ; car le théâtre est un plaisir nécessaire à tonte société civilisée. Ce forent les poètes de la Pléiade qui les premiers préludèrent à des œuvres nouvelles par des souvenirs antiques. Ici, comme ailleurs, les traductions devaient précéder et provoquer les imitations. Octâvien de Saint-Gélais avait déjà «translaté» les six comédies de Tértnce-, Bonaventure des Périers et Charles Estienne s'étaient essayés à mire passer VAndrienne dans notre langue; Lazare de Baïf, père de Jean- Antoine, aborda V Electre de Sophocle etYHécube d'Euripide; Thomas Sebilet rimait Vlphigénie, et Ronsard terminait ses études au collège de Coqueret, lorsqu'on 1549 il s'avisa de s'attaquer bravement au Plutus d'Aristophane, qu'il fit jouer par ses condisciples devant son maître Dorât. Cet exemple anima les beaux esprita*qif*enoourageait le manifeste éloquent de Joachim du Bellay, et il y eut émulation à poursuivre la réforme inaugurée dans les écoles.

Nous ne saurions analyser en détail toutes ces tentatives. Laissons dans l'ombre celles qui n'intéressent que la curiosité, pour signaler du moins le plus entreprenant de ces novateurs, Etienne Jodelle (1532-1573), qui fit représenter sa première tragédie, Cléopdtre, et sa première comédie, Eugène ou la Bencontre, en 1552, quatre ans après le dernier mystère, devant le roi Henri II, par lequel il fut gratifié de cinq cents éens, «attendu, dit Pasquier, que o'estoit chose trèsbelle et très-rare. » L'Hôtel de Reims, puis le collège de Boncourt servirent de scène à ce début retentissant et célébré par la lyre de Ronsard:

Jodelle, le premier, d'une plainte hardie

Françaisement chanta la grecque tragédie ;

Pais en changeant de ton, chanta devant nos rois

La jeune comédie en langage françois,

Et si bien les sonna que Sophocle et Ménandre,

Tant fussent-ils savants, y eussent pu apprendre.

C'était pendant le carnaval, époque choisie tout exprès pour rappeler que les Athéniens consacraient les Dionysiaques à leurs concours dramatiques. L'auteur avait vingt ans. Il fut ramené en triomphe à la demeure du prince des poètes et du poëte des princes, qui voulut honorer ce coup d'éclat par un joyeux Péan,et le sacrifice d'un bouc, au grand émoi des pieux habitants d'Arcneil que scandalisait cette cérémonie païenne. Aujourd'hui nous avons peine à oonnrandre att

enthousiasme ; car elle nous paraît assez fade, cette Cléopdtre captive*, avec ses chœurs, ses strophes, antistrophes et apodes, stérile contrefaçon des formes greoques restaurées en un poëme artificiel, dont les personnages manquent de physionomie, l'action de vivacité, le style de force ou d'invention. Toutefois, sous l'inexpérienoe d'une plume qui improvise, on entrevoit des instincts de noblesse qui préparent l'avènement d'un genre attendu par l'esprit français, mais séparé du Cid par un espace de quatre-vingt-quatre ans. Du reste, Jodelle ne s'en tint qu'aux promesses. Peintre, architecte, musicien et poète, il fut l'imprésario de toutes les fêtes royales jusqu'en 1557, année qui marque l'apogée de sa faveur et le commencement de sa disgrâce *. Écolier ambitieux, succombant sous le poids d'une érudition qui étouffait en lui toute originalité, n'ayant réussi qu'à parodier sérieusement les Romains et les Grecs dans des réfectoires de collège, il ne comprit que la lettre des tragiques immortels qu'il prétendit en vain ressusciter. A quarante ans, épuisé d'esprit* et de corps, il mourut de douleur et de misère, dans un abandon qu'il reprochait à Charles IX en un dernier sonnet ou noua lisons ce vers :

Qui se sert de la lampe, au moins de l'huile y met

Après Jodelle, on vit éclore une foule d'auteurs parmi lesquels Charles Toutain, dont ÏAgamemnon parlait en vers de seize syllabes; et Jacques de la Taille, célèbre par les alexandrins que voici:

Le seul ennny mes ennuys désennuyé...

Va, Ta, 6 fier tyran, ta fière tyrannie

Sera par des gens fiers bien fièrement punie.

J. Grévin ne fut guère plus heureux dans sa tragédie de Jules César et sa comédie des Bébahis, Indiquons encore d'autres ébauches grossières qui, sous le titre de Pastorales, avaient un faux air de Moralités et Soties, par exemple, la Bergerie spirituelle où Christin ( le Christ), et Christ 'me, son épouse (l'Église ), échangeaient les discours les plus tendres. Ces allégories inconvenantes étaient la dernière protestation de g snres surannés qui ne voulaient pas se laisser pros-

I. Ce fat Jodelle qui joua le rôle de réassit très-mal. Deux clochers se pré-

Cléopâtre. Elle dn t paraître an pea sentèrent i la place des rochers qui

trop robuste dans la scène, d'ailleurs devaient suivre la lyre d'Orphée. Les

fidèle à l'histoire, où elle saute aux Argonautes s'enrouèrent, et chantèrent

eheveui de Séleueus, et lui donne des faux.

coups de pied, pares qu'il l'accuse d'à- 3. Jodelle eut des talents trop di-

voir dérobé i Octave quelques-uns de vers. Ses aptitudes éparses manquèrent

ses trésors. d'un quartier-général. Il disait de lui*

Sa seconde pièce est Diion se sacri- même :

fiant : quelques vers ont une certaine it destjB0 f jê toHi#| j, eberpente tt mte force, liais nous préférons ses comédies laonae ;

à ses tragédies , qui pourtant alors Je brode, je poortray, je coupe, je ftçou**;

avaient plus de voiras. J» «»seie, i* •*■••• Souillant et dorant ;

mw i ... .. ., Jattplaae,JWie*i, je testasse et désoif |

s.Uaasuradequ'U avait orftnUée u noria**, » stase, si psétks enter*

orire. Mais l'inventaire de ces productions oubliées nous mènera'? trop loin. Hâtons-nous d'arriver à Robert Garnier (1534-1590), qui si distingue par un sentiment pins juste de l'art antique auquel il emprunta sept tragédies taillées sur le patron grec, et inspirées habituellement par le goût de Senèque. Cette prédilection très-prononcée pour la pompe du discours, la tirade stoïcienne, et le style sentencieux devait se retrouver plus tard dans Corneille. Elle ne fat pas non plus étrangère à Malherbe et à Balzac. Si l'emphase est ici î'écueil ordinaire, il faut pourtant reconnaître que ce péril était préférable à la vulgarité. La muse dramatique prenait enfin souci de sa dignité; et c'était tin mérite en un temps où Clytemnestre, dans une tragédie sur la mort d'Agamemnon, appelait Electre une babouins, et la menaçait de l'assommer de coups. VHippolyts de Garnier eut l'honneur de fournir quelques traits à la Phèdre de Racine. Dans sa Troade, on pourrait citer plus d'un passage, entr'autres le discours de Polyxènê à Pyrrhus. Gartner fixa le premier d'une manière invariable la succession des rimes masculines et féminines. Il sut combiner ces dialogues alertes où l'attaque et la riposte se croisent vivement comme des épées dans un duel. Il a même fait preuve d'invention dans sa tragédie des Juives, dont le sujet est la captivité de Sédécias, à qui Nabuchodonosor creva les yeux après avoir égorgé ses enfants en sa présence. Le caractère d'Amital, mère du roi prisonnier, est beau par un mélange pathétique de tendresse, de majesté, de douleur et de résignation. Il y eut donc là progrès manifeste, mais trop entravé par des méprises d'ignorant ou des maladresses de savant. — L'anachronisme qui nous choque le plus, parmi les fausses couleurs du tableau, est surtout la poétique même à laquelle un écrivain superstitieux se conformait sans intelligence ni discernement. On ne discutait pas encore à perte de vue, comme au temps de Ménage et de d'Aubignac, sur les règles d'Aristote et la confiance qui leur était due ; mais, ce qui est plus grave, on les pratiquait à l'aveugle *, « copiant tout de peur de rien omettre, prenant gauchement le cérémonial athénien pour la loi. suprême de l'art, s'asservissant avec idolâtrie à des rites mythologiques dont le sens n'était pas entendu, et immolant Coligny, Guise ou Marie Stuart, au milieu des chœurs de garçons et de demoiselles, aussi bien qu.'Agamem< non, Priam ou Polyxènê,

Pourtant,, ces reproches s'adressent moins à Garnier qu'à set successeurs ou à ses disciples, François de Chantelouve,. Jean Godard, Jean Heudon, Claude Billard, Antoine de Montohrestiea. On se saurait croire jusqu'où se portait alors l'extravagance des imaginations. En voici un échantillon tiré de la Clytemnestre de Pierre Mathieu, historiographe d'Henri IV :

Quel Nil égyptien, ou quel Ob arien; ' !

Quel Tane européen, quel Rhin bauracien, j

t. 9alutt«Àsttf a*

LE THÉÂTRE AVANT CORNEILLE o(i7

Quel fleuve escri vissant, ôt quel persien Tigre, Quel Tago ibérien, quel romanesque Tibre, Misérable, quelle eau lavera votre main?

On lit dans la tragédie de Vasthi les vers suivants :

Celui qui vers le ciel levant sa face, crache, De son baveux «rachat il reçoit l'orde tache.

Voici comment parle Scipion, à qui on amène Syphax, dans la Sophoniêbâ de Mermet :

Ahl quand je vois sa raine et perte non pareille, Je nVadviae qu'autant m'en peut pendre à l'oreille.

Et l'héroïne de la pièce, pour s'encourager à la mort, se dit à ellemême :

Sophonisbe, ta crains, ta face devient pâle ;

Ce n'est rien qu'un poison ; bou cœur, avale, avale.

Dans un autre drame, dont la scène se passe aux environs du pôle arctique, il se trouve un Français éperduement aimé par la fille d'un roi qui s'écrie :

Non, non, je ne veux pas approuver cette farce ; Je serais an veaa d'Inde.

Les menaoes paternelles n'empêchent pas la princesse d'aller se promener aveo son héros dans un bois touffu, aux environs du pôle. Quant an dénouement, il est digne d'un mélodrame du boulevard. Tous les acteurs meurent successivement, l'amant sous l'épée de son rival, la jeune fille de sa propre main, son père d'apoplexie foudroyante. L'auteur déclare dans sa préface qu'il fit son œuvre en trois jours. Nous l'en croyons sans peine.

Mais il est vraiment trop facile de s'amuser aux dépens des grotesques. Revenons au sérieux.

C'était un poëte qui avait tiré le théâtre de son obscurité; ce furent des Comédiens qui ïe relevèrent de sa dégradation. Disons quelques mots de cette crise qui eut presque autant d'importance que la réforme de 1549, et fut pourtant bien moins remarquée. On sait que les Confrérie dt la Passion, discrédités près des croyants et des. lettrés, n'en étaient pas moins investis d'un privilège exclusif dont le titre devenait un monopole stérile en leurs mains. Ils finirent par renoncer à l'exploitation d'un droit que l'indifférence publique rendait improductif, et résolurent, vers 1688, de s'en dépouiller, pour louer leur salle a l'une de ces troupes ambulantes qui leur faisaient une concurrence victorieuse. Ils ne se réservèrent qu'un certain nombre de loges, et un bénéfice prélevé sur chaque représentation.

Or c'était le temps où Garnier achevait sa carrière. Tandis que les guerres civiles, ravivées par de nouvelles fureurs, interrompaient au. sein de Paris les études de l'antiquité, de continuelles relations aveo l'Espagne en propageaient la langue, et les drames alors récents de

568 CLASitQUftS FRANÇAIS

Michel Cervantes ou deLope Vega tendaient de plot en pins à prévaloir sur les modèles anciens. De 1588 à 1594, ce mouvement des esprits ne produisit sur la scène, selon tonte vraisemblance, qu'une anarchie semblable à celle qui se faisait alors sentir dans l'État. D'ailleurs, quand on se bat dans la rue, les plaisirs de l'esprit ont toujours tort. Il y eut donc une sorte d'interrègne, à peine traversé par quelques manifestes politiques, comme la Guisiade de Pierre Mahieu,et Chilpéric second du nom par Louis Léger, régent des Capettes. Mais avec le retour d'Henri IV et la restauration de l'ordre, devais apparaître une école nouvelle qui, cessant de s'alimenter ans sources grecques ou latines, comme celle de Jodelle et deGarnier, se rattacha plutôt soit à notre vieux fond national, soit aux modes espagnoles ou italiennes dont le flot nous envahissait de toutes parts.

Installé avec sa troupe, d'abord au Marais, puisa l'Hôtel de Bourgogne, qui deviendra la Comédie Française, Alexandre Hardy fut le fondateur de ce théâtre, et en demeura, pendant vingt ans, la principal soutien. Esquissons dono le caractère de la période qu'il inaugure, et qui nous conduit à Corneille par la transition de Mairet et de Rotrou.

A défaut d'originalité propre, elle nous offre un répertoire à peu près étranger aux règles classiques, et où se confondent ton* les genres : Tragédieë morales, allégorique*, tragi-comédie* pastorales ou tr agi-pas toraUs, fable» bocagères, bergeries, histoires tragiques, journée* en tragédie ou histoire , tragédies sans distinction S actes ni de scènes, martyres ds saints et ds saintes. Jamais circonstances ne furent plus favorables à un talent créateur. Car il n'y avait alors ni traditions, ni servitudes ; pas de préceptes dogmatiques, pas de scrupules susceptibles d'enchaîner l'essor d'un audacieux. Bien des sources fécondes, légendes et romans de chevalerie, histoire ancienne et moderne, s'ouvraient aux imaginations libres d'y puiser en pleine indépendance, sans autre souci que d'émouvoir et de plaire. On était au lendemain de ces querelles religieuses qui avaient façonné les cœurs aux violences de la passion. Devant un tel public, Corneille aurait pu se livrer sans contrainte à ses puissantes facultés, et son génie eût été certes plus à Taise que dans le voisinage de l'Académie, des coteries on des docteurs pensionnée par Richelieu.

Mais Hardy ne sut pas profiter de l'occasion, et ne fut qu'un inépuisable fabricant d'ébauches improvisées au hasard, au jour le jour, pour suffire au divertissement d'une soirée. H visait à être joué, non à être lu, et aujourd'hui nous n'admirons plus en lui qu'une facilité prodigieuse attestée par les huit cents pièces qui, durant trente années, servirent à défrayer la curiosité publique. Ce fut seulement en ta vieillesse qu'il se mit à faire un choix dans ce chaos, d'où l'on ne peut guère exhumer que deu^ ou trois tragédies, Panthée qui nous laisse entrevoir, sous un style parfois gracieux ou éclatant, la lutte du devoir contre la passion, et Marianne, la plus régulière de ses compositions, en dépit des licences qui s'y mêlent à une verve asses tranche, et à oartains aocents presque Cornéliens. En résumé, U at

conçut pas l'idée des trois unités, et ne songe point à isoler l'un de l'autre les éléments comique et tragique, mais il supprime les chœurs, multiplie les personnages, anime l'action, prolonge les situations, et prépare ainsi les voies à la forme classique.

La génération littéraire, née avec le siècle, s'élancera sur ses traces, et ne tardera pas à le dépasser. Dès 1618, Théophile, par sa tragédie de Pyromt et Thisbé, et Racan par sa pastorale à'Artenice éclipseront déjà la gloire, jusqu'alors unique, du fertile dramaturge ; V Amarante de Gombaud continuera d'en effacer le souvenir, et elle achèvera de disparaître devant les productions de Mairet et de Botrou.

Ces deux noms nous rapprochent de Corneille. Ils nous font passer, sans trop de secousse, du régime espagnol à celui d'Aristote, inauguré par l'ouvrage latin de Daniel Heinsius sur la Constitution de lu Tragédie (1611), et la croisade des régulière qni entrèrent en campagne vers 1625. Ce fut alors que le Franc-Comtois Mairet, lié avec le docte Chapelain, et converti par lui au dogme des trod unités, imposa la tyrannie des vingt-quatre heures à sa Silvanire et à sa Sophoniebe (1629), malgré les comédiens qui se refusèrent d'abord à jouer une pièce ou ils voyaient une femme épouser deux maris, et se donner la mort dans un espace de temps tout à fait invraisemblable. Il fallut user d'autorité pour les décider à passer outre. Un succès justifié par les beautés du cinquième acte paraissant donner raison & l'auteur, l'ère d'Aristote s'ouvrit définitivement pour la scène française, et les plus grands durent désormais courber la tête sous le joug dont les pédants le rendaient responsable.

JODBLLB 1532-1573

tfffBB VBIJT QCJITTM BtBOST

ENÊB

0 bienheureux départ ! 0 départ malheureux1 !

LE CHOEUR

Quel heur * en ton départ?

ENÉE

L'heur que les miens * attendent

LE CHOEUR

Les dieux nous ont fait tiens4.

1. Heureux pour le fondateur d'em- départ pire, malheureux pour l'amant. 3. g^ compagnons.

t. Q**l benketr pourrait être en son 4. Ce sont des Phéniciens qui parlent

ENÉE

Les dieux aux mîens me [rendent.

LE CHOEUR

La seule impiété to chasse de ces lieux,

ENÉE

La piété destine autre siège à mes dieux...

LE CHOEUR

La piété ne peut mettre la pitié bas ».

ENÉE

La pitié m'assaut bien, vaincre ne me peut pas 2..»

LE CHOEUR

Par la seule pitié les durs destins s'émeuvent.

ENÉE

Ce ne sont pas destins, si fléchir ils se peuvent.

LE CHOEUR

On règne acquis vaut mieux que Tespoir d'être roi.

ENÉE

Non cestuy •, mais un autre est destiné pour moi.

LE CHOEUR

Quel pais se rendra*, sachant ta décevance?

ENÉÇ

J'ay non pas au pais, ains5 au ciel ma fiance6.

(Tragédie de Bidon.)

IMPItÉCATIOX* DE DIDOX

J'espère bien enfin, (si les bons dieux, au moins, Ne peuvent être ensemble et vengeurs et témoins *), Qu'avec mille sanglots tu verras le supplice Que le juste destin garde à ton injustice..'. Comme si de Megàre on m'avait fait la sœur8

i. Les dieux ne peuvent vouloir que 5. Mais an ciel ma conûance.

tu sois impitoyable pour Didon. 6. Ce dialogue en vers alternés ??!

î. Me livre des assauts, sans me d'une précision vigoureuse que n'alt.re

vaincre. pas l'archaïsme du style.

3. Le règne qui m'attend n'est pas 7, Yenaeurs et témoins de mon celui-ci. trépas.

4. Voudra te fier à loi, sachant ta 8. Vers faible. Gomme si j'étais nue trahw*. furie»

J'engraverai * ton tort dans ton parjure cœur; Car quand tu m'auras fait croistre des morts le nombre 9, Partout, devant tes yeux se roidira mon ombre 3. Tu me tourmentes, mais; en l'effroyable trouble Où sans fin tu seras, tu me rendras au double Le loyer de mes maux. La peine est bien plus grande En un remords sans lin : telle je la demande; Et si les dieux du ciel ne m'en faisoyent raison, J'esmouvrois, j'esmouvrois* l'infernale maison. Mon deuil n'a point de fin. Une mort inhumaine Peut vaincre mon amour, non pas vaincre ma haine 5.

(Tragédie de Bidon.)

GBBVINrc 1540-1570

CrëSAR ET BltCTUJg

Alors qu'on parlera de César et de Rome, Qu'on se souvienne aussi qu'il a été 7 un homme, Un Brute, le vengeur de toute cruauté, Qui aura d'un seul coup gagné la liberté Quand on dira : « César fut maître de l'empire. » Qu'on sache quand et quand Brute le sut occire. Quandon dira : « César fut premier empereur, » Qu'on dise quand et quand Brute en fut le vengeur 8.

{La mort de César.)

I. J'enfoncerti le remords dans ton QuTieureu»ement j'estois oublient de moy

Que malgré moy je prends ce jour que je re« [voyî

cœur.

î. Croître a ici le sens actif à'ac crotlfe.

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