JEAN M LA TAILLE
Ta peux ïcy me voir du tout, lecteur, Me voir en face, en l'esprit et au cœur, (Afin que mort je puisse immortel vivre. Par ce portrait tu peux voir mon visage Tiré au vif, mon esprit par ce livre, Et par la guerre où je fus, mon courage.
Nécessité nous force : et puisqu'il faut qu'on meure, Vaut-il • pas mieux mourir vaillamment à ceste heure, Qu'attendre les vieux ans pleins d'oisive langueur, Ennemis de vertu, de force et de vigueur? Qu'on loué, qui voudra, la vieillesse débile, Pour son grave conseil, pour son advis* utile; Il n'est que l'ardeur jeune, et d'avoir au menton Plustost l'or que l'argent % voire6 encore deust-on Eprouver mille hazards, et, par mainte adventure,
en 1560 , le 16 février, an collège de poésie par l'exemple de Ronsard et de
Beanvais. L'auteur avait dix-neuf ans. du Bellay, Jean de la Taille eut une
Grévin s'est aussi exercé , non sans graode réputation en son temps. 11 fut
succès, dans la comédie. On pourrait un des premiers à écrire des comédies
citer quelques passages empruntés aux en prose, et composa des chansons on
Ébahit et à la Trètorlère, où il peint odelettes qui ne manquent pas de
le caractère d'une coquette avec une grâce. Sa tragédie de Sa&l contient de
vive amertume. Il dit , i<ar exemple , belles scènes, que le cœur banal de sa Cèlimène • t u peP80nilag« qui parle id est
Ressembla cette lampe ardente Jonathas, qui, jeune encore, ▼* affron-
Qui «it dans l'église pendante, Uf ^ mort p0ur gon r0; g^ p^ ^
Afin d'allumer les chandelles
De toute* offrandes nouvelles. * ™*
Elle en allume Infinité 3. Nous dirions ne POMt-il pas.,.
Sans perdre rien de sa clarté.
„ . •*.,««*» *• Ponr sa prndence dans les ton-
Son ironie, on le voit, est rude et * **
brutale, mais ne manque pas d'origfr sw *
nalité. *• H veut dire barbe blende et nos
1. Né d'une famille noble, à Bonda- I»* ******- <?<* biiarre-
roy, près de Pithmers, voué i la car- 6. Et même, vraiment, quand on arrière des armes, mais entraîné vers la mit*
Sacrer1 son nom heureux à la gloire future.
Hastons-nous donc avant que le destin tardif
Nous face languir vieux en un lit maladif;
Ct prodiguons dispos cette mortelle vie
Qui d'une autre éternelle après sera suivie.
Je me tuerois plustost que de me veoir si vieux,
Tratner dessus trois pieds * mes jours lant ennuyeux,
Aux hommes desplaisant, fascheux, mélancholique,
Et du tout inutile à la chose publique,
Puis sans être à la fin ni honoré ni plaint,
Devaller* aux enfers comme un tison étaint*.
(Tragédie de Soûl.)
AVANT Ml MJmiCB*
MIFIBOZET.
. . » . . Puisque la vie humaine De tant de maux et de labeurs est pleine, Et que celuy ses malheurs plustost fine 6 Lequel plustost de sa mort s'avoisine, Quel fol désir et malheureux envie, De vivre tant au monde nous convie ?
!. \$ur ainsi son nom i la gloire. 5. Cette scène est tirée des Gabaoni-
«. Appuyé d'un bâton (troisième '»• «nl parurent en 1573. Miflbozet
• ji vr J et Armon sont les deux jeunes fils de
p '* Saill, condamnés à mourir, parce que