‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 90 sur 559 · La dédicace. eu ^ef · texte numérisé non relu

La dédicace. eu ^ef

», A quelque**** (aliquia, unusj. 8. L'art d'y devenir maître.

68 classiques Français

d'ornement qui soit étranger, de beauté qui soit empruntée ; c'est la simple vérité qui vous y est nuement * représentée. • Ce sont ici les conceptions d'un fort, sain et pur estomac !. qui ressentent leur origine et leur terroir; conceptions hardies et vigoureuses, retenant encore l'haleine, la vigueur et la fierté de l'auteur. C'est lui le premier, qui, étant parvenu au faîte de tous les degrés et dignités de la guerre, a grandement exalté votre patrie, et par ses armes et par ses écrits, qui feront que le nom des Montlug vivra glorieux dans la mémoire longue et bienheureuse de la postérité, témoignant sans envie aux siècles à venir que votre capitaine et historien n'a pas su moins sagement entreprendre, hardiment exécuter, que véritablement et judicieusement écrire.

MONTLOC 0VM L1J1IIBHE

M'estant retiré chez moy en l'aage de soixante et quinze ans8, pour trouver quelque repos après tant et tant de peines par moy souffertes pendant le temps de cinquantecinq ans que j'ay porté les armes pour le service des Roys mes maitres, ayant passé par degrés et par tous les ordres de soldat*, enseigne, lieutenant, cappitaine en chef, maistre de camp, gouverneur des places, lieutenant du roy es provinces de Toscane et de Guienne, et mareschal de France; me voyant stropiat 5 presque de tous mes membres, d'ar- j quebusades, coups de pique et d'espée, et à demi inutile, sans force et sans espérance de guérizon de cette grande arquebuzade que j'ay au visage; après avoir remis la charge du gouvernement de Guyenne entre les mains de Sa Majesté/ j'ay voulu employer le temps qui me reste à descripre les combats ausquelz je me suys trouvé pendant

1. Mot tombé en désuétude. Pologne (1574), ne fat qu'une récom-

2. Ce mot a ici le sens de cœur, P0086 des services passés. Estropié et ., T . x . , „ . âgé de plus de soixante-dix ans, il

3. Lieutenant du roi en Guyenne, et ^ Jtfto d»ôn rendre de nourévoqué par Charles IX, U se vit rem- et mournt daus 80Q manoir ^ placé dans le temps même où il en- tiUac, en Agénois, 1577.

voyait sa démission, ayant reçu au ' °

siège deïlabasteios (1570) sa dernière 4- Nourri en la maison dtt ducAn'

et horrible blessure, un coup d'arqué- toin,e de Lorraine, au sortir de page,

busade qui lui perça les os de la face l} fu* Pour™ dune Place d'archer

et du nez et le força de porterie reste dans la compagnie de ce prince, sous

de ses jours, un masque sur le visage. le- chevalier Bayard, qui en était lieu-

Le bâton de maréchal qu'Henri m lai tenant.

mit en main à Lyon , à son retour de 5. De l'italien tfropfw-e, estropier.

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cinquante et deux ans que j'ay commandé; m'asseurant que les cappitaines qui liront ma vie, y verront des chozes desquelles ils se pourront ayder1, se trouvans es semblables occasions, et desquelles ils pourront aussi faire profit et acquérir honneur et réputation.

Et, encore que j'aye eu beaucoup d'heur et de bonne fortune aux combatz que j'ay entreprins*, quelquefois, comme il sembloit, sans grande raison, si ne veux-je pas que l'on pense que j'en attribue la bonne issue, et que j'en donne la louange à aultre qu'à Dieu*. Car quand on verra les combats où je me suis trouvé, on jugera que c'est de ses œuvres*. Aussi Tay-jex toujours invoqué en toutes mes actions, avec grande confiance de sa grâce : en quoy il m'a tellement assisté que je n'ay jamais esté deffaict, ne surprins en quelque faict de guerre où j'aye commandé, ains toujours rapporté victoire et honneur. 11 fault que nous tous qui portons les armes, ayons devant les yeux que ce n'est rien de nous, sans la bonté divyne, laquelle nous donne le cœur et le courage pour entreprendre et exécuter les grandes et hazardeuses entreprinses qui se présentent à nous.

Et pour ce que les escriptures plaisent à aucuns et desplaisent à d'aultres, et que les liseurs trouveront peult estre estrange et pourroient dire que c'est mal faict à moy1

i. Ses Commentaires sont dans sa vieillesse attristée par la perte de ses

pensée un livre tout pratique, destiné quatre fils et îa prévision des mal-

à instruire la jeune noblesse de son heurs publics. « Il me ressouvenait

temps. Il veut en faire l'enseignement toujours, dit-il alors en terminant ses

des doetatrs-ès-armes. Il se proposa mémoires, d'un prieuré assis dans les

nettement comme modèle. Il aime les montagnes, que j'avais va autrefois ,

préceptes, les sentences, il moralise partie en Espagne , partie en France,

sur la guerre. nommé Sarracolé ; j'avais fantaisie da

î. Quelquefois, il a l'air de se blâ- me retirer là en reP08 » J'6™** ™ k

mer et dit : « Donc notes, capitaines, France et l'Espagne en même temps;

qa'en cette entreprise il y eut plus »i Dieu me prête vie encore, je ne sais

de l'heur que de la raison, et que j'y 9ae Je ferai« » allai comme à tâtons. » Pourtant, sa 4. Ce que valent ses œuvres, prétention est de n'avoir jamais été 5# n tfavait étudié leg u

battn là où il commandait. ffiais a ne faot *M le falM plng iUet.

3. Au milieu de ses défints et de tré qu'il ne le fut réellement. Il s'était

ses excès, il était religieux, et ne se fait lire Tite-Live, Langey, Guichardin

trouva jamais dans aucune entreprise (dont il a oublié le nom , mais qu'il

sans invoquer Dieu. Il nous a laissé la appelle un bon auteur). Ce degré de

formule de l'oraison qu'il prononçait « culture lui suffisait, avec son esprit

dans les périls. Ces graves idées lui naturel et son amour delà gloire, pour

revinrent dans l'inaction forcée de sa le mener, sans imitation directe, à être

d'escripre mes faicts, lesquels je débvois hisser escripre à ung auître, en cela je responds que, poufveu que 1W escripve à la vérité, et que Ton attribue la louange à Dieu, ce n'est pas mal faict". Le témoignage de plusieurs qui sont encores en vie, fera foy de ce que j'ay escript. Nul aussi ne pouvoit mieulx représenter les desseins, entrcprinses et exécutions, ou les faicts survenus en icelles, que môy-mesme qui ne desrobe rien de l'honneur d'aultruy*. Lé plus grand cappitaine qui ayt jamais esté au monde, César, m'en a monstre le chemin, ayant luy-mesme escript ses commentaires, escripvant de nuict ce qu'il exécuttoit de jour. J'ay donc voulu dresser les miens, mai polis, comme sortant de la main d'ung soldat, et encore d'ung Gascon *, qui s'est toujours plus soucié de bien faire que de bien dire, lesquels contiennent tous les faicts de guerre âusquels je me suis trouvé, ou qui se sont exécutés à mon occasion; commentant dès mes premiers ans que je sortis de page S pour montrer à ceux que je laisse après moy, qui Suis aujourd'hui le plus vieux cappitaine de France, que je u'ay jamais eu repos pour acquérir de l'honneur » en faisant service aux roys mes maistres, qui estoict mon seul but, fuyant tous les plaisirs et voluptés qui destournent de

l'émule de ces anciens qu'il admire • Le Gascon Montluc, dit Sainted'instinct.— Toutefois , il méprise fort Beuve, c'est un héros de Corneille venu tes écriture*. Il lui échappera de dire nn peu plus tôt. Il a l'imagination, la dans une bon ta de plaisante : • Au vivacité, l'énergie. » diable les écritures ! * Ceci ne l*empê- . - Hi ^ rtorf d .

nous, qui portons les armes, prissions mgD-

cette coutume d'écrire ce qui nous *^ *

voyons et faisons ! eu il me semble B. Il aimait I dite ! « tin homme en

que cela serait miemt accommodé de vaut cent, et cent n'en votent pus un. »

notre main. » I* Mrs de paît étaient pour Ini des

1. Voilà sa constitue» de gentil- ***> « <* *'«* *M' *«tWI% d'aahomme rassurée. JF**" ^""'l ' ™ Ht l>Bt? '

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2. Bossue .disait deCondé: .Toutes paê 00r ,ni lm mat ^m*. . Capiles fois qu il aya,t a parler de ses ae- uiM§ rt voM geîgn€tlnJf qnl mentt fes tlons il vantait lés conseils de ttin borames à u mort 6eriM1 qwtnd ^ la hardiesse de 1 autre: chacun avait Terrezfairt qnciqoe brave acte i l'un son rang dans ses discours, et, parmi des >ôlre lonw.Je ea blj oontwee qu'il donnait à tout le monde on le aux aatre8 j De g»f wnt ^ ne savait on placer ce qu .1 avait fait Tés, ffil a u cœnr en bon lie||j u ^ lui-même. » CDera de mieux faire encore à la pre-

3. Tant mieux ; ils auront le goût mi ère rencontre. ■ Lui, il crut toujours du terroir. Les fiertés de son st\ le nous avoir a i ecommeacer &a carrière connus vendent bien celles de *nn courage, aux premiers jours.

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la vertu et grandeur les jeunes hommes que Dieu a doués de quelques parties recommandâmes l, et qui sont sur le poinci de leur advancement. Ce n'est pas ung livre pour les gens de sçavoir; ils ont assez d'historiens; mais bien pour ung soldat, cappitaine ; et peult estre qu'ung lieutenant de roy y pourra trouver dequoy apprendre. Pour le moingz puie-je dire que j'ai eseript iu vérité, ayant aussi bonne mémoire à présent que j'eus jamais, me ressouvenant et des lieux et des noms, combien que je n'eusse jamais rien eseript. Je ne pensois pas en cest aage me mcsler d'ung pareil mestier ' : si c'est bien ou mal, je m'en remets à ceux qui me feront cest honneur de lire ce livre qui est proprement le discours' de ma vie.

C'est à vous, cappitaines, mes compaignons, à qui principalement il s'adresse ; vous en pourrés peult estre tirer profil et. Vous debvés estre certains que, puisqu'il y a si long temps que j'ai esté en votre degré S et si longuement exercé la charge de cappitaine de gens de pied ', de maistre de camp par trois fois, et de colonel, il faut doneques que vous croyés que j'ay retenu quelque chose d'esté estât là, et que, par longue expérience, j'ay vu advenir aux capitaines beaucoup de biens, et à d'aultres beaucoup de maux. Et de mon temps, il en a esté desgradé des armrs et de noblesse ; d'aultres ont perdu la vie sur ung eschaffaud6, d'aultres deshonorés et retirés en leurs maisons, sans que jamais les rois ni aultres en ayent voulu plus fere compte. Et, au contraire, d'aultres en ay veu parvenir,

I. « Promenaient, dit-il «a début fti Tout gentilhomme qu'il est, 11 de ton ouvrage, j'appris a me chasser sentit l' importance croissante de l'indu vin, do jeu et de l'avariée» connais- fauterie , et, dès qu'il le put, te jtta saut bien ont tons capitaines qui se- parmi la gens et yiei. G* fut de sa nient de tette oompleïion n'étaient part opinion réfléchie \ il refusa même pas pour parvenir à être grands nom- an guidon qui lui fut offert dans une me* » Il ajoute t # • Laisses l'amonr compagnie i cheval. Ne voyons pas en •uicroehete lorsque Mars sera eneam- lui un chevalier d'autrefois, mais un pagne. Je puis me vanter que jamais moderne. S il maudit l'invention de affection ni folie ne me détourna d'en- l'arquebuserie i<onr en avoir été viotr éprendre et exécuter ce qui m'était Urne, et Ta qualifiée d'artifice du diable, commande. A ces hommes-là, il leur il en apprécie le mérite, et s' en .servit faut une quenouille et non nue épée. » i tcerveille dans ses sièges Pourtant,

t. il ? â là le dédain de l'épée pour 1» h.llel.a-de est ion une favorite,

lanlume * J'ai to"lour8 a,me» d,t l1» ■ jouer de

^ ce bâton. »

3. Le récit continu de ma vie. 6 Do eXf et ca(iafaltwn, échafat*

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