‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 91 sur 559 · Quo j'ai eiercé votre office. dage · texte numérisé non relu

Quo j'ai eiercé votre office. dage

CLASSIQUES FRANÇAt»

qui ont porté la pique à six franx de paye, fere des actes si belliqueux et se sont trouvés si capables, qu'il y en a eu prou1 qu'estoinct fils de pouvres laboreurs, et se sont mis par devant beaucoup de nobles, pour leur hardiesse et vertus. Et pour ce que toutes ces choses sont passées par devers moy, j'en puis parler sans mentir. Et encores que je sois gentilhomme, neantmoingz si suis-je parvenu degré par degré, comme le plus pouvre soldat qu'aye esté de long temps en ce royaulme; car je suis venu au monde fils d'ung gentilhomme, que son père avoict vendeu tout le bien qu'il possédoyt hormis huit cens ou mil livres de rentes ou revenu. Et, comme j'ai esté le premier de six frères que no as avons estes, il a falleu que je lisse cognoistre le nom de Montluc, de notre maison, avecques autant de périlz et hasardz de ma vie que soldat ny cappitaine qu'aye jamais esté. Et n'ay eu en ma \ie aulcung reproche de ceux qui me commandoint ; ains autant favouri et estimé que cappitaine qui fût en l'armée où j'estois. Et s'il y avoict quelque entreprinze de grande importance, et hazardeuse à exécuter2, les lieutenents du roy, et les colonels me 4a bailloinct* aussi tost ou plus tost a exécuter qu'à cappitaine de l'armée. L'escripture de mon livre vous en rendra témoignage. (Édition de la Société de V Histoire de France, par M. Alphonse de Ruble.)

1. Prou signifie beaucoup. Ce témoignage est précieux sons la plume d'un

2. Il excellait aux coups de main , stratagèmes bien ourdis, escarmouches bien menées, attaques de place réputée imprenable , défense de place réputée intenable, entreprise soudaine et difficile. Ces eiploits sont sa spécialité.

3. Nous avons voulu publier le texte authentique de Montluc avec son orthographe originale. Si, dans quelquesuns des passages suivants, nous avons recours à des éditions plus voisines de nos habitudes grammaticales, ce sera pour faciliter nne lecture avant tout littéraire.

Les Commentaires furent publiés pour la première fois à Bordeaux, chez Itellanger, dans le format in-folio, en

1592, quinze ans après la mort de l'auteur, par Florimond de Reroond, conseiller au Parlement de Bordeaux (1540- 1602) , que Pasquier met au nombre des quatre meilleurs écrivains gascons de son siècle. Son amour-propre d'auteur lui conseilla bien des corrections.

Il voulut rajeunir le texte, et réformer l'orthographe. Le style de Montluc garde l'empreinte des premières années de son siècle : c'est un contemporain de Rabelais. Florjraond en fait un contemporain de Brantôme. Il y a cependant cinquante ans d'intervalle entre ces deux hommes.

Le texte que nous donnons ici est emprunté en partie aux manuscrits eicellents du président de Mesmes, conservés à la Bibliothèque nationale sous le numéro SOU (f. fr.).

HTBANCB AUX «OUS-AT» «T CAPlfi

Or, à l'heure que je commençois à porter enseigne de gens de pied *, je commençois aussi à comprendre ce que doibt faire ung qui commande, et apprenois l'exemple de ceulx qui faisoient des faultes. Premièrement, j'apprins à me chastier 2 du jeu, du vin et de l'avarice, et cognoissois ' bien que tous cappitaines qui seroinct de ceste complexion n'estoient pas pour 4 parvenir à estre grandz hommes, mais plustost pour tomber 5 aux malheurs que j'ay escripts : que* fut cause que je jectay 7 de moy toutes ces trois chozes, que la jeunesse engendre aisément. Et vous veux-je escripre icy le dommage que porte8 à la renommée d'ung chef qui en est garni. Le jeu est dételle nature qu'il assubjectit l'homme à ne fere* jamais aultre choze, ny avoir aultre pensementi0, soyt en gain ou en perte. Car si vous guaignés u, vous estes tousjours en peyne pour trouver gens a qui 12 vous pourrés jouer, ayant oppinion que vous guaignerés tousjours davantaige; et ne ferés aultre choze jusques à ce que vous aurés18 tout perdu. Et comme vous serés réduitz à ce point, vous voilà entrer u en désespération, et ne ferés que sercher " jour et nuict où vous pourrés trouver de l'argent, pour rejouer et veoir si vous pourries reguaigner ce que yous aurés perdu. Or, comment voulôs-vous doncques pen-

i. Il sentit l'importance croissante térits aimèrent sont presque toujours

de l'infanterie, et, dès qu'il le put, se écrits aimarent. Nous avons cru de-

jeta parmi les gens de pied. Ce. n'est voir conserver fidèlement toutes ces

plus on chevalier d'autrefois, mais un anomalies.

«oderne. 4. N'étaient pas faits pour...

i. Chattier (de c<wtigare, châtier). 5> Noug àirions tmbef daM leg^

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