Ibid., 3e partie, chap. XXXVIII, p
39. Dans Port-Royal (I, 528 n.) il y a cette opinion sur l’édition de cet ouvrage publiée en 1855 par M. Sylvestre de Sacy ; « Un écrivain remarquable à beaucoup d’égards, M. S. de Sacy a publié une édition de V Introduction à la vie dévote de saint François de Sales : rien de mieux, mais le laïque l’homme du monde, n’a pu résister à la tentation d’examine »
NOTES
de censurer la doctrine de l’évêque, de l’habile théologien, — d’un grand saint. Et qu’est-il arrivé? Ce qui devait être : le simple Adèle, qui voulait en remontrer à son pasteur, n’a pas bien entendu les choses mêmes qu’il s’était permis de juger. «
40. A. Sayous : Histoire de la Littérature française à l’étranger, p. 40.
41. Sainte-Beuve a cité de ces exemples ailleurs. Au chapitre ix du livre I de Port-Royal, il parle et du style de saint François de Sales et de son traité de l’Amour de Dieu. Nous résumons ici ce qu’il en dit. Il marque d’abord l’opposition, au sein du christianisme, comme d’ailleurs dans toutes les doctrines, d’esprits « plus doux et tendres » et d’esprits « plus fermes, forts et ardents » et, venant à saint François de Sales, qui est parmi les tendres et doux, il écrit : « Saint François de Sales a une nature affectueuse, suave, amoureuse et expansive si prononcée, qu’indépendamment de toutes les grâces surnaturelles qui sont survenues, il ne se peut expliquer qu’ainsi. A le prendre sur la doctrine, il a été moins un théologien qu’un praticien accompli, un diseur aimable et moral de cette science des âmes qu’une infusion première et l’observation de chaque jour lui avaient enseignée, son imagination et son cœur jaillissent à tout moment dans ce qu’il dit, et l’intelligence, la division des idées, la dialectique qu’il y emploie, et ces déductions déliées qui supposent chez lui une grande Anesse psychologique, aboutissent toujours vite en Aeurs et s’enlacent en berceaux : on est avec lui vraiment dans les jardins de l’Epouse. »
Si l’on « cherche à démêler les points essentiels et dogmatiques », on trouve qu'il diffère de Port-Royal « autant qu’il est possible au sein de la fraternité chrétienne ».
« Sur l’article de l’Amour de Dieu par exemple, dans lequel il comprenait volontiers tout le christianisme, il pense (jugeant peut-être un peu trop d’après lui-même) que l’homme a une inclination naturelle d’aimer Dieu sur toutes choses, qu’il avait cette inclination dans le Paradis avant la chute, et que depuis il ne l’a pas du tout perdue, tellement qu’un rien suffit pour la réveiller...
« Que si, selon lui, nous avons, même déchus, Y inclination naturelle d’aimer Dieu sur toutes choses, nous n’en avons pas le pouvoir sans le secours de Dieu; toujours des comparaisons, des allégories, et tirées de l’histoire naturelle, car saint François de Sales a aimé, senti, compris les symboles de la nature, comme La Fontaine plus tard et surtout Bernardin de Saint- Pierre. » [Ici, une note où Sainte-Beuve dit : « J’insiste, par avance, sur Bernardin de Saint-Pierre; les comparaisons de saint François... sont presque toutes tirées des champs, des plantes, des Aeurs, des fruits, du règne végétal, enffn, ou des' abeilles, des oiseaux : c’est le même fond d’images que chez l’auteur du fraisier. Il sait et sent la nature comme lui, dans ses signiAcations morales, dans ses échos sacrés ou fabuleux et dans ses superstitions mêmes : il y lit à livre ouvert, comme dans un miroir, et non seulement ce miroir dont parle l’Apôtre,
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saint " quelque peu enchanté. >»] Et il cite ce passage benii^nurfrt» f01S d® Sal?s : “ Lcs aiSles ont un grand cœur et WementPnW H°rce - Yolev'> elles ont néantmoins incompara- Plu* de ,veue que de vol et estendent beaucoup plus P,.us 10111 1.eu^s regards que leurs aisles : ainsi nos esprits nnt îfi»r,d lîne jam1cte inclination naturelle vers la Divinité, pu! bl+n -P Ulide clarte en l’entendement pour voir combien 1 7>n / /t tfp 1 n* jJe ’ qïe^e fofce en la v°l°nté pour l’aimer...»
m n de Dleu’ llVl r> chaP- xxn [Edit. J- Gabalda, * "3, \ b4l); “ P,U1S> continue Sainte-Beuve, il cite les sages c ’ S°cr,ate> Platon, Trismégiste, Aristote, Épictète, ce dernier surtout qui eut tant d’inclination pour aimer Dieu, il ajoute, il est vrai, qu’ils ont manqué de force et de volonté pour
apnit^aimeT?’’‘ tout £niî> se^on dusage, par une comparaison geneiale : « En somme, Théotime, nostre chetive nature, navrée par le peche, fait comme les palmiers que nous avons de deçà, q î font voirement certaines productions imparfaites et comme des essais de leurs fruits; mais de porter des dattes entières, meures et assaisonnées cela est réservé pour des contrées plus ^a"d®s- ” (Jraite de l’Amour de Dieu, liv. I, chap. xvn)
L ’ 3/i j cette seule différence indiquée du païen au chrétien, dans le degre du plus ou moins de chaleur eût fait se récrier J an s en ms... » Saint François, dit encore Sainte-Beuve « avait e e ele\e chez les Jésuites et il en avait pris ces doctrines plus douces, plus aisees, compatibles toutefois avec la sainteté m?n}e- ” P-t, plus loin : « Continuons à presser le dogme chez saint n rançons. Quoique cette inclination naturelle qu’il reconnaît a 1 homme pour aimer Dieu soit insuffisante, à elle seule, il nous dit qu elle ne nous est pas inutile, et qu’elle ne demeure pas en 1 àme comme une soif ardente sans moyen de se satisfaire.
« Cette infime Débonnaireté, dit-il, ne sceut oncques estre si rigoureuse envers l’ouvrage de ses mains; il (Dieu) voit que nous estions environnés de chair, un vent qui se dissipe en courant et, qui ne revient plus; c’est pourquoy, selon les entrailles de sa miséricorde, il ne nous voulut pasdu tout ruiner, ny nous oster le signe de sa Grâce perdue... C’est chose certaine, ajoute-t-il, qu a celuv qui est fïdelle en peu de chose et qui fait ce qui est en son pouvoir, le Bénignité divine ne desnie jamais son assistance pour 1 avancer de plus en plus. » ( Traité de l’Amour de Dieu, liv. I, chap. xviii [I, 68 et 69].) « Voilà qui est formel contre 1 élection gratuite de la prédestination... Je n’ai pas dessein, en ceci, on le comprend bien, de prouver que saint hrançois n est pas Janséniste; on le sait de reste; mais, puisque j ai à le traverser dans son œuvre et son jardin de dévotion, il vaut mieux peut-être le faire à l’endroit des questions jansénistes, ce qui, avec lui, n’empêche pas que ce ne soit entre deux haies parfumées et au bruit des fontaines jaillissantes.
11 couronne en effet et figure aux yeux cette doctrine où le dogme fond et se dérobe sans cesse par une multitude et comme une cascade de comparaisons, toutes plus jolies les unes que les autres. Cette inclination naturelle qui nous a été laissée d aimer Dieu sur toutes choses ne demeure pas pour rien dans nos cœurs; Dieu s’en sert comme d’une anse, dit-il, pour nous
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pouvoir plus suavement prendre et tirer à soy, ou bien c’est comme un filet (un petit fil) par lequel la divine Bonté nous tient attachés ainsi que de petits oiseaux pour nous tirer quand il lui plaît à sa miséricorde. » (Ii y a deux autres rappels de cette image de l’anse au t. II de Port-Royal, p. 118 n. et p. 143 n.). Mais Sainte-Beuve continue par cette plus longue citation :
« Geste inclination nous est un indice et mémorial de nostre premier principe et Créateur, à l’amour duquel elle nous incite, nous donnant un secret advertissement que nous appartenons à sa divine bonté : tout de mesme que les cerfs, auxquels les grands princes font quelquefois mettre des colliers avec leurs armoiries, bien que par après il les font lascher et mettre en liberté dans les forests, ne laissent pas d’être recogneu par quiconques les rencontre, non seulement pour avoir une fois esté pris par le prince duquel ils portent les armes, mais aussi pour luy estre encore réservez; car ainsi cogneut-on l’extrême vieillesse d’un cerf qui fut rencontré, comme quelques histo-riens disent, trois cents ans après la mort de César, parce qu’on luy trouva un collier où estoit la devise de César et ces mots : César m’a lasché. (Traité de l’Amour de Dieu , liv. I, chap. xviii [I, 69-70].)
« Toutes ces images d’anses, de filet et d’oiseaux, de collier et de cerf, se suivent coup sur coup dans un même couplet, comme ferait absolument une pluie de comparaisons chez M. de Lamartine, nature qui, dans l’ordre purement sentimental et mondain, a plus d’un rapport avec celle de saint François, toute proportion gardée de l’état chrétien, si ferme, si solide (là même, où il a toutes ses grâces), avec l’état poétique naturel, qui est toujours errant.
« Tant de brillant et de riant à la surface doit tenir au fond même et le déceler : saint François de Sales est décidément optimiste en théologie, il reste surtout frappé de l’ abondance des moyens de salut, et du surcroît d’avantages de la Rédemption qui fait plus que compenser les inconvénients de la chute. Il ouvre la voie large et il la parfume dès l’entrée : « Comme l’arc-en-ciel, dit-il (d’après quelque fable gracieuse), touchant l’espine Apalathus, la rend plus odorante que les lys, ainsi la Rédemption de Nostre-Seigneur touchant nos misères, elle les rend plus utiles et plus aimables que n’eust jamais esté l’innocénce originelle. [Op. cit., liv. II, chap. v (I, 93).] « Et sur ce qu’on ne peut nier qu’il y a du plus ou du moins dans les faveurs de Dieu et que tous ne sont pas également privilégiés, . il se console en disant qu’indépendamment de cette rédemption générale et universelle accordée à tout le genre humain, il y a des variétés singulières qui sur certains points relèvent ce fond commun de grâce et l’embellissent de telle sorte que l’Eglise se peut dire un jardin diapré de fleurs infinies, chacune ayant son prix, sa grâce et son émail. (Op. cit., liv. II, chap. vu,
[ I, 101].) N’oublie-t-il pas un peu, à travers cette profusion de fleurs, les champignons vénéneux et les serpents? » Sainte- Beuve rappelle dans une note que « dans son testament, en présence de la mort, saint François de Sales s’en ressouvint pourtant, et qu’il dit du monde, dans un arrière-goût amer :
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" Que son miel semble doux aux premières atteintes, mais que son fiel est aigre! » Puis, continuant son propos, il ajoute : « Ii [François de Sales] dit ailleurs encore, dans une pensée à peu près semblable et sous image qui achève : « Représentez-vous de belles colombes aux rayons du soleil, vous les verrez varier en autant de couleurs comme vous diversifierez le biais duquel vous les regarderez, parce que leurs plumes sont si propres à recevoir la splendeur que le soleil voulant mesler sa clarté a\ ec leur pennage, il se fait une multitude de transparences lesquelles produisent une grande variété de nuances et changements de toutes couleurs, mais couleurs si agréables à voir qu’elles surpassent toutes couleurs et l’émail encore des plus belles pierreries; couleurs resplendissantes et si mignardement dorées que leur or les rend plus vivement colorées; car. en cette considération, le Prophète royal (Psaume LXVH, 141 disait aux Israélites :
* Quoique I’ageetion vous fane le visage,
Vostre teint désormais se verra ressemblant
Aux aisles d’un pigeon où l’argent est tremblant.
Et dont l'or brunissant rayonne le plumage. »
(Préface du Traité de l’Amour de Dieu, I, d. vi.) « Tout cela » conclut Sainte-Beuve, « pour exprimer la’ diversité des talents et des grâces au sein de l’Église ». Il dit ensuite que les vers cités ici a sont sans doute, comme presque tous les autres dont l’ouvrage est semé », de Desportes, de « Desportes, charmant et tendre poète, si cher au sexe, notre Pétrarque du seizième siècle » de qui il dit encore qu’il « est bien le poète de saint François de Sales ». Ces vers sont, en effet, de Desportes. (CP Les CL Psaumes de David, mis en français par Philippe Desportes, Rouen, 1603, p. 152.) Sainte-Beuve parle alors du style de saint François ; il dit : « La sobriété dans l’expression ne doit pas nous sembler maintenant le propre du saint. On n’en aurait pas idée si l’on ne faisait que l’effleurer; il faut avoir vu à quel excès chez lui tout festonne et fleuronne. Il en convient lui-même; il confesse les surcroissances, qu’il n’est presque pas possible d’éviter, dit-il, à celui qui, comme lui, écrit entre plusieurs distractions ; il s’en justifie par line comparaison, par une excroissance encore : « La nature mesme, qui est une si sage ouvrière, projetant la production des raisins, produit quant et quant, comme par une prudente inadvertance, tant de feuilles et de pampres, qu’il y a peu de vignes qui n’ayent besoin en leur saison d’estre effeuillées et esbourgeonnéès », [Op. cit., Préface, I, p. xi], « On peut dire que si, dans la littérature de la spiritualité, V Imitation de Jésus-Christ est la perfection sobre et inimitable, le Racine du genre, — saint François de Sales, dans ses Traités de l’Amour de Dieu et de Y Introduction à la vie dévote, en est le Lamartine abondant, exubérant immodéré, pourtant aimable et délicieux tou jours, »
( Port-Royal , I, 216-228.)
— Quelques pages plus loin, revenant encore une fois au style de saint François, Sainte-Beuve écrit : « Quoiqu’il ait mené une vie toute de pratique, toute d’apostolat, et d’épis-
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copat, saint François est un écrivain. Il avait trop de bel-esprit pour ne pas l’être, pour ne pas se complaire à ce don heureux et à ces grâces inévitables, qui coulaient de sa plume. Il a beau dire dans ses préfaces qu’il ne fait pas profession d’être écrivain, et nous venir parler de la pesanteur de son esprit aussi bien que de la condition de sa vie, exposée au service et à l’abord de plusieurs (Préface du Traité de l’Amour de Dieu, [p. xvii]) ; il se dément tout à côté et d’une façon charmante à son ordinaire :
« A ceste cause, mon cher lecteur, je te diray que comme ceux qui gravent ou entaillent sur les pierres précieuses, ayant la veue lassée à force de la tenir bandée sur les traits deliez de leurs ouvrages, tiennent très-volontiers devant eux quelque belle esmeraude, afin que, la regardant de temps en temps, ils puissent récréer en son verd et remettre en nature leurs yeux allangouris: de mesme en ceste variété d’affaires que ma condition me donne incessamment j’ay tousjours de petits projets de quelque traité de piété que je regarde, quand je puis, pour alléger et délasser mon esprit. » [Op. cit. p. xvii]. Est-il rien de mieux trouvé que cette verte émeraude? et tout le sentiment de l’art comme on dirait aujourd’hui... n’est-il pas dans cette riche et chaude image? Saint François de Sales sentait le beau. » Ici, dans une note, Sainte-Beuve reprend : « Il le sentait tellement, qu’il songeait à le voir et à le montrer au sein même des douleurs les plus actuelles et les plus touchantes, comme dans sa lettre à Mme Chantal du 11 mars 1610, quand il dit de sa mère qui venait de mourir : « A mon arrivée, toute aveugle et toute endormie qu’elle estoit, elle me caressa fort et dit : c’est mon fils et mon père, cestuy-cy; et me baysa en m’accolant de son bras, et me baysa la main avant toutes choses. Elle continua en mesme estât presque deux jours et demy, après lesquels on ne la put plus guère bonnement resveiller, et le premier mars elle rendit l’âme à Nostre-Seigneur doucement, paisiblement, avec une contenance et beauté plus grande que peut-estre elle n’avait jamais eue, demeurant une des belles mortes que j’aye jamais veu. » [Lettres, I, p. 185-186.]
Sainte-Beuve écrit ensuite : « En style, pas plus que dans le reste, il n’aimait la pompe, et, comme il dit, l’éloquence altière et bien empannachée, il n’y aimait pas non plus la tristesse : c’était comme en dévotion. Il y a une certaine gaîté, un certain vermeil riant dans tout ce qu'il pense et ce qu’il écrit; jusque dans les moindres choses, un agrément salutaire. S’il fait de courts chapitres, il vous dira, à l’avantage de cette brièveté, que c’est pour engager le lecteur et le tenir en haleine, pour lui donner envie et curiosité d’aller plus avant, tout ainsi que les voyageurs, sachant qu’il y a quelque beau jardin à vingt ou vingtcinq pas de leur chemin, se détournent aisément dé‘ si peu pour l’aller voir : ce qu’ils ne feraient pas autrement ». [ Traité de l’Amour de Dieu, préface I, xiv.] Ses digressions sont un peu celles d’un Froissart dans les aventures de l’âme. Dans le ton, je ne fais que rappeler cette belle page d’Amyot, dans la vie de Numa, où il est parlé des douceurs et de la piété que ce règne bienfaisant commença de répandre par toute l’Italie : cet effet d’une pure lumière qui gagne, et de son expansion pénétrante,
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est comparable à celui de certaines pages de saint François. » Puis, Sainte-Beuve cite la page de Montaigne que nous avons eu l’occasion de placer à la note 15, et il conclut : « Ces rapprochements et ces éloges littéraires ne seraient-ils pas au fond une critique sérieuse, une réprimande théologique du trop aimable saint? » Puis: « Il n’a pas évité, littérairement encore, les inconvénients et les défauts de sa manière : le mauvais goût abonde chez lui; un mauvais goût par trop de fleurs, par trop de sucre et de miel, par trop de subtilité de matière lumineuse; non pas déplaisant ni choquant, si vous voulez, affadissant pourtant et noyant à la longue. On lit chez lui, par exemple :
Théotime, parmi les tribulations et regrets d’une vive repentance, Dieu met bien souvent dans le fond de notre cœur le feu sacré de son amour; puis cet amour se convertit en l’eau de plusieurs larmes, lesquelles, par un second changement, se convertissent en un autre plus grand feu d’amour... » Nous suivons toute une opération à l’alambic. C’est le mauvais goût du temps, celui de Desportes, celui de Malherbe imitant le Tansille; ses soupirs se font vents... Montaigne plus ferme n’y tombe pas. Il y a, chez saint François, des chapitres ainsi intitulés : Que le mont Calvaire est la vraye Académie de la dilection. On atteint en propres termes l’euphuïsme, le marinisme et le gongorisme de la dévotion. » ( Port-Royal , I, 237-240.)
— Autres remarques sur le style de saint François de Sales : « On a vu, chez l’aimable saint François de Sales, le style produire perpétuellement une métaphore fleurie et ne plus paraître qu’une guirlande : du moins, l’esprit du fond, la fertilité de l’idée, la liberté des tours et la variété de la fleur même y corrigeaient la monotonie. » (Port-Royal, II, 80.) — « Les écrivains comme saint François de Sales, qui sont plus vifs et plus courts que les autres, ont trop de fleurs, des excès d’images, des comparaisons prises de partout et qui ont l’air de folâtreries et d’enfances, des allusions à quantité de mythologies, et des fables à la Plutarque qui étaient en circulation parmi les savants. » ( Op . cil., II, 518-519.)
42. Dans Port-Royal (I, 246), Sainte-Beuve (après avoir écrit que les défauts littéraires de saint François de Sales se retrouvent « très sensibles et très grossis » dans son ami et suivant « le bon évêque de Belley, Pierre Camus ») ajoute : « La mauvaise postérité d’écrivains mystico-allégoriques qui dépend, à quelque degré de saint François de Sales, se décèle surtout dans ses biographes et panégyristes les plus rapprochés. Le Père de La Rivière... mérite, certes, une exception, pour ses grâces, bien qu’un peu mignardes; mais que dire de tant d’écrits raffinés et bizarres qui se prolongent et fourmillent autour de la mémoire du saint depuis sa mort jusqu’à sa cano-' nisation? » Et, en note, il mentionne : la Vie symbolique du saint, par Cambart; les Caractères ou les Peintures de la vie du bienheureux François, par Nicolas de Hauteville; le magnifique Triomphe de saint François, par un Antoine Arnauld qui, bien entendu, n’est pas celui de Port-Royal, et d’un Dom Laurent Bertrand, un ouvrage en latin « Cynosura mysticæ
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navigationis sancti Francisci, c’est-à-dire la Petite Ourse de la mystique navigation de saint François, divisée en rayons », dont Sainte-Beuve dit que « c’est le sublime de la quintessence ».
43. Cf. Oraisons funèbres et Panégyriques de Bossuet (édit. Garnier frères, I, 298-317).
44. C’est la 120e lettre dans l’édition publiée par M. Édouard de Barthélemy chez J. Lecoffre et Cle en 1860 (p. 165-172).