‹ Les grands écrivains françaisChapitre 17 sur 84 · Voir la note · texte numérisé non relu

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46. On trouvera deux allusions à saint François de Sales dans les article^ sur Fénelon. (Voir p. 255 et p. 281-282.)

47. Dans cet article, écrit à propos du saint Anselme de M. de Rémusat (9 août 1852), Sainte-Beuve dit : « Il [saint Anselme] avait cet autre don et ce talent naturel des similitudes et des paraboles, qu’aura aussi saint François de Sales et qui anime si heureusement d’images parlantes les perspectives et les vues du monde moral. » (C. L. VI, 369.)

48. Introduction à la vie dévote, 2e partie, chap. xm, p. 105.

49. Au livre Ier de Port-Royal, Sainte-Beuve a, ainsi que nous l’avons dit, à la note 1, parlé longuement de saint François de Sales. Dans la dernière partie du chapitre vin, il rappelle que le saint, à la demande de la mère Angélique, prêcha à l’abbaye de Maubuisson le 5 avril 1619 et y donna la confirmation, et qu’il y fit ensuite quelques courts séjours; qu’à la demande encore de la mère Angélique, « il alla également à Port-Royal y visiter et y consoler la mère Agnès qui venait d’être nommée régulièrement coadjutrice [à Maubuisson]; ce qui l’avait rendue malade d'affliction », Sainte-Beuve ajoute :

« 11 y trouva tout à son gré; il dit de cette maison qu’elle était vraiment le portroyal, et ne l’appela depuis, dans ses lettres, que ses chères délices. On a noté chaque circonstance, chaque mot de ces précieuses visites; Port-Royal y met un pieux orgueil; accusé plus tard dans sa foi, il se pare des moindres anneaux d’or qui le rattachent à l’incorruptible mémoire de ce saint. La famille Arnauld, par tous ses membres se hâtait de participer au trésor, et de jouir du cher Bienheureux. M. d’Andilly, absent d’abord, l’atteignait enfin, le quittait le moins possible, multipliait près de lui les heures, et communiait de ses mains; Mme Le Maître, en attendant le voile, lui confiait à genoux son vœu de chasteté perpétuelle; le jeune Le Maître, âgé de onze ans, lui faisait sa confession générale; (ajoutons que; à la p. 369 du t. I de Port-Royal, Sainte-Beuve dit que le jeune Le Maître fit à saint François « sa confession générale, et qu’il reçut de lui, des avis proportionnés à son âge; ce qui sembla par la suite une source rejaillissante de bénédictions; » il y dit encore, que c’est le jour de saint Alexis, 17 juillet 1619, que Mme Le Maître, après avoir fait, aussi, nne confession générale, fit son vœu de chasteté, et que saint

NOTES

François de Sales « ne la désigne le plus souvent dans ses lettres que sous le nom de ma chère sœur Catherine de Gênes »). Reprenons le texte interrompu : « Le petit Antoine Arnauld (le futur docteur) était béni par lui avec tous les enfants dans un séjour à Andilly. 11 disait sur chacun une parole qu’on interpréta dès lors en prophétie : à en prendre le récit à la lettre, ce seraient autant de prédictions miraculeuses qui se sont l’une après l’autre vérifiées. Surtout il donna des directions attentives et particulières à la mère Angélique; il l’unit d’esprit et de cœur, il forma sa liaison et correspondance avec Mroe de Chantal, l’institutrice de la Visitation, autre amitié sainte dont on se montrera très glorieux. »

(Intercalons ici ce passage d’un article du 1er mars 1858, sur les Lettres de la mère Agnès : « Toutes deux [la mère Angélique et la mère Agnès] avaient été, dans un temps, en relation assez étroite avec saint François de Sales. La mère Agnès en avait plus gardé l’impression visible que sa sœur. Elle se faisait une dévotion de porter habituellement sur elle une lettre de lui écrite à Mme Le Maître, et où il avait nommé avec bienveillance plusieurs membres de la famille. On conçoit que la mère Agnès eût très bien pu se passer de M. de Saint-Cyran, et qu’elle eût été une Philothée parfaite, une fille accomplie du saint évêque de Genève; elle aurait pu remplir toute sa vocation et ne recevoir sa règle de conduite que du directeur et du père de Mme de Chantal. » (C. L. XIV, 151-152; reproduit au t. IV de Port-Royal, p. 577.)

Sainte-Beuve, après une allusion à ce don de la parabole, de « l’allégorie parlante » qu’avait saint François et cité un texte de lui que l’on trouvera à la note 16, écrit : « Il ne paraît pas pourtant, à beaucoup de détails précis, qu’il ait été, dans cette relation avec Port-Royal renaissant, d’une dévotion molle et doucette qu’on lui reprochait alors, » et il rappelle, que la mère Angélique, notamment, s’attache à dénoncer la fermeté de saint François sous sa douceur. Sainte-Beuve rapporte aussi, d’après les Mémoires pour servir à l’Histoire de Port-Royal, (III, 207 et suiv.) une conversation entre la mère Angélique et M. Le Maître, son neveu, et que celui-ci rédigea aussitôt. Elle lui disait de saint François : « C’était un œil pur qui voyait tous les maux et tous les désordres que le relâchement a causé dans les mœurs ecclésiastiques et dans les moines, mais il cachait tout dans le silence et couvrait tout de la charité et de l’humilité. Il gémissait, comme M. de Bérulle, des désordres de la cour de Rome »; il en disait : « Voilà des sujets de larmes, car d’en parler au monde, en l’état où il est, c’est causer du scandale... » Il ajoutait que « nous devpns nous humilier devant les puissances ecclésiastiques » auxquelles Dieu « nous a soumis », mais aussi, lui demander qu’il les humilie et les convertisse par la toute-puissance de son esprit, et qu’il réforme les abus qui se sont glissés dans la conduite des ministres de l’Eglise et lui envoie de saints pasteurs animés du zèle de saint Charles, qui servent à la purifier par le feu de leur zèle et de leur science... » M. de Bérulle, « ajoutait la mère Angélique, voyait aussi et déplorait ces abus et en entretenait M. de Saint-Cyran.

NOTES

M. de Saint-Cyran estimait « que ceux qui aimaient véritablement l’Église devaient se cacher dans les solitudes pour ne prendre point de part aux passions de ceux qui déshonorent sa sainteté, et prier pour elle dans le secret ». La mère Angélique dit encore que Saint-Cyran lui annonça qu’il se ferait « une réformation dans l’Église par les prélats et les ecclésiastiques et par la lumière de la vérité »; que cette réformation « aura de l’éclat et éblouira les yeux des fidèles qui en seront ravis »; mais que « ce sera un éclat qui ne durera pas longtemps et qui passera ». Sainte-Beuve ajoute : « Malgré tout ce qu’on découvre de saint François de Sales, de M. de Bérulle et des autres, il ne demeure pas moins constant, qu’ils prenaient tous l’œuvre chrétienne un peu autrement que l’âpre docteur. Celui-ci insista beaucoup plus et, pour ainsi dire, jeta l’ancre là où les autres jugeaient à propos de glisser : ils pratiquèrent ce vrai silence de gémissement que, lui, il faisait sentir si pénible en le recommandant trop. » ( Port-Royal , I, 206-213.)

Rapprochant encore saint François de Sales de Saint-Cyran. Sainte-Beuve écrit, plus loin : « Saint François de Sales, si on lui avait demandé quel attribut divin le touchait le plus, aurait répondu sans doute : Charité du Fils! Charité! Humilité. » [Ceci est à rapprocher des paroles que nous venons de citer de la mère Angélique à M. Le Maître] « Saint-Cyran, à la même question, aurait répondu peut-être : Puissance, redoutable Puissance du Père! Abîme! Eternité! » Tandis que Jansénius

s’écriait, lui : « O Vérité! ô Vérité! » ( Port-Royal , I, 303.)

Autre rapprochement : « Il [Saint-Cyran] cite... saint François de Sales, qui renferme la principale vertu du pasteur dans la plénitude de charité et qui y joint plénitude de science et de prudence : saint François de Sales ajoutait que ce sacré ternaire se trouve plus rarement qu’on ne pense, et que de dix mille prêtres qui font profession, c’est beaucoup d’en trouver un que l’on puisse choisir. Sur quoi M. de Saint-Cyran observe que saint François de Sales a omis ce qui fait, non seulement le couronnement, mais le fondement et le lien des trois grandes vertus pastorales, c’est-à-dire la vocation expresse et spéciale, pierre angulaire de ce ternaire. D’ailleurs, il n’en fait pas reproche au saint évêque, il s’étonne même de le voir si bien inspiré pour son temps et l’en admire ( Port-Royal , I, 445-446). A la page 539, du même volume (note 2), Sainte-Beuve écrit : « Saint hrançois de Sales disait : « Choisissez un confesseur (celui qui doit vous absoudre) entre mille, mais choisissez un directeur (celui qui doit vous conduire dans les voies de la sainteté) entre dix mille. » — Dans le même volume encore au début du chap. X (p. 273), Sainte-Beuve a.vait écrit :

« Dans sa lettre à M. Guillebert sur le Sacrement, il [M. de Saint- Cyran] cite de ce saint [saint François de Sales] un mot très énergique sur la rareté des bons directeurs des âmes parmi les pretres, à peine un sur dix mille : « Il faut, ajoute M. de Saint- (A'ran, que 1 esprit de Dieu l’ait conduit en cela, comme en ce qu’il a dit de la nécessité de la Contrition pour le Sacrement de la Pénitence, contre le sentiment populaire de son siècle - car il est ceitain qu il n’avoit pas puisé toutes les connoissances

NOTES

qu'il avoit, dans la lecture des livres qui contiennent la Tradition, ni dans la pratique de son siècle. Mais il a été de ces évêques singuliers qui, ayant été appelés par la plus excellente voie, ont mérité de puiser, dans la source même, les lumières et la connoissance de la vérité dont ils avoient besoin pour conduire les âmes : en sorte qu’on ne pourroit leur imputer aucune ignorance, quand même ils auroient manqué de quelque connoissance nécessaire; parce que Dieu les ayant établis, malgré eux, dans leurs charges comme des gens d’une innocence et d'une vertu rares, tout ce qu’ils y tesoient ensuite pour le bien des âmes étoit bien fait, avoué~de Dieu et approuvé des hommes. » (T. I, p. 56, des Lettres chrétiennes et spirituelles de messieurs Jean du Vergier de Hauranne..., qui n’ont pas encore été imprimées, 1744, 2 petits vol. in-12.) »

— La mère Angélique, dans sa conversation avec M. Le Maître, avait, outre M. de Saint-Cyran, nommé saint Charles Borromée. Sainte-Beuve écrit ( Port-Royal , II, 176) : « L’autorité sur laquelle Arnauld se fondait le plus dans les temps récents, était celle de saint Charles Borromée qui avait restauré la pénitence. Il avait fait de saint Charles et de saint François de Sales un beau parallèle montrant qu’ils ont chacun la spécialité de dons qui convenait à leurs rôles divers, saint François ayant été revêtu de douceur d’attrait et comme d’angéliques rayons, pour ramener à la Mère-Église des enfants rebelles, et saint Charles, au contraire, ayant été plutôt armé au dehors de qualités incisives, souveraines, d’autorité sensible et comme de la verge de pénitence pour convertir et contraindre à l’esprit intérieur des Catholiques semi-idolâtres et dissipés. » Suit une citation que ces lignes préliminaires résument.

— Au chap. IX du livre I de Port-Royal, on trouve des considérations sur le Christianisme tendre, le saint François de Sales, sur sa nature affectueuse, sur les mignardises de son style, sur son Traité de l’ Amour de Dieu, que nous avons résumées, en en faisant des citations, à la note 41.

Sainte-Beuve rappelle ensuite que saint François de Sales eut, et, dit-il, « on le conçoit », un « culte singulier de la Vierge ». Il ajoute : « Notre-Dame ayant été la grande admiration, l’idéal chevaleresque et mystique du moyen âge, saint François de Sales, autant que saint François d’ Assise, était du moyen âge en ce point, son imagination, chaste et vive, avait besoin, pour se reposer, de cette figure céleste et souriante de la mère de Dieu. Ce fut devant son image que, jeune étudiant à Paris, dans l’église de Saint-Étienne-des-Grès, il fit vœu d’absolue continence. Durant ce séjour à Paris, il fut de plus horriblement tenté, nous dit-on, de l’idée qu’il était réprouvé, et, comme tel, destiné à haïr Dieu un jour. » Le voilà dans un état d’angoisse qui cessa après avoir, dans la même église, imploré le secours de la Sainte Vierge* lui demandant, s’il devait être condamné à haïr Dieu dans l’Éternité, « la grâce de ne pas être un moment dans cette vie sans l’aimer ». L’ordre de la Visitation, qu’il fonda avec Mme de Chantal, était destiné « à honorer la Vierge ». (P. 232-233.) Et le chapitre s’achève par quelques pages sur François de Sales écrivain, pour lesquelles

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nous renvoyons à la susdite note 41. ( Port-Royal , I, 216-248.)

— Au chapitre X Sainte-Beuve écrit de saint François : « Il avait son ordre pourtant et je me suis laissé un peu trop décevoir peut-être à sa pure grâce de causeur et d’écrivain; quelques points sont à reprendre. Pascal, en une de ses Pensées a dit : « Je n’admire point l’excès d’une vertu comme de la valeur, si je ne vois en même temps l’excès de la vertu opposée, comme en Epaminondas qui avoit l’extrême valeur et l’extrême bénignité; car autrement ce n’est pas monter, c’est tomber. On ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois et remplissant l’entre-deux. » [Pensées, article VI, 353; édition Garnier frères, p. 364.]

« C’est cet entre-deux si visiblement rendu par le mot de Pascal, que je tiens à retrouver et à démontrer à quelque degré en saint François de Sales. Car ceux mêmes qui ont un trait singulier dominant, presque excessif, et qu’on désigne d’abord par là, s’ils sont vraiment grands, y unissent, y subordonnent à l’entour toutes les qualités diverses qu’ils ont à des degrés moindres, mais pourtant éminents encore... Nul mieux que saint François de Sales... n’eut, avec une qualité suprême, l’assemblage, le tempérament, le correctif et l’extensif, enfin, pour parler avec Pascal, Ventre-deux. A chacun des caractères que je lui ai précédemment reconnus, il faudrait ajouter presque son contraire, lequel apparaît, non pas pour faire balance ailleurs et diversion, mais pour modifier et fortifier la qualité dominante en y entrant, en s’y fondant, pour y faire équilibre et lest, comme au dedans d’elle-même : son âme, dès ici-bas, c’était une sphère complète sans une seule étoile. Ainsi, à cette étoile de douceur qui était l’aspect dominant, il convient, pour avoir une juste idée, de joindre la force d’influence, un ascendant, invincible, ce semble, d’attrait et de ravissement. Cette âme n’était pas une Colombe de douceur; non, c’était une Aigle de douceur, qui s’envolait et vous emportait avec elle. » (« Une Aigle », au féminin, comme il disait, ajoute, en note, Sainte-Beuve. Voir la note 41, p. 373). Revenons à notre texte: « Et puis, tout à côté de cet essor violent dans le calme azur, de ce vol audacieux dans les pures régions de. la spiritualité, qui ressemblait à un retour passionné vers la patrie, ajoutez tout aussitôt, dans la pratique, le sentiment et le pouvoir de l’accommodement, de la mesure, de la lenteur, tellement que sa devise favorite, son mot d’ordre, avec les âmes qu’il guidait, était pedetentim, pas à< pas. A sa dévotion si affectueuse, si insinuante près des femmes, à ce qui faisait de lui leur convertisseur, leur conseiller de prédilection, et qu’il en était continuellement entouré (comme on le remarquait), ajoutons vite sa vigilance extrême de conduite, de regards, son scrupule rigoureux, tellement qu’il ne leur parlait jamais qu’en lieux ouverts et devant témoins, qu’il leur parlait et les voyait sans les regarder; que, si l’on disait de l'une qu’elle était belle, il n’osait le répéter, et répondait seulement qu’on la disait spécieuse en effet, aimant mieux employer un terme peu français (très heu-

NOTES

reusement français au contraire, dit en note Sainte-Beuve et qui marque si bien que la beauté n’est qu’une apparence), que ce mot de belle qui sonne toujours trop bien. » [A noter ces lignes d’un article du 1” avrii 1846, sur la Réception de Al. Xitet à l’Académie française: «Saint François de Sales ne se hasardait jamais à dire d’une femme qu’elie était belle, il se contentait de dire qu’elle était spécieuse : mot charmant et prudent. » (Port, litt., III, 418.)]

« Enfin, continue Sainte-Beuve, n'omettons pas ce conseil qu il avait l’habitude de se donner : « Quand on écrit à une femme il faudrait, s’il se pouvait, plutôt écrire avec la pointe du canif qu’avec le bec de la plume pour ne rien dire de superflu. » « Maxime, — dit Sainte-Beuve dans une note, — qui chez lui n’est pas si stricte pourtant qu’elle lui interdise de finir une lettre à Mme de Chantal en ces mots : « Il est neuf heures du soir; il faut que je fasse collation et que je die l’office pour prescher demain à huit heures, mais je ne me puis arracher de dessus ce papier. Et si faut-il que je vous die encore cette petite folie, c’est que je presche si joliment à mon gré en ce lieu, je dis je ne sçay quoi que ces bonnes gens entendent si bien, que quasi ils me respondroient volontiers... »

Sainte-Beuve reprend : «Autre correctif. J’ai dit que, d’après lui, l’homme qui fait ce qu’il peut, même païen, mérite déjà de Dieu quelque chose qui est le proprè et le naturel de l’homme même déchu. Mais il faut se souvenir aussitôt, comme point de vue opposé ou, pour mieux dire, correspondant, qu’il avait pour principe qu’on ne doit désespérer jamais du pécheur, semblàt-il jusqu’au bout le plus endurci. « Car de même que la première grâce, disait-il, ne tombe pas sans le mérite, la dernière qui est la persévérance finale, ne se donne pas non plus au mérite. » Voilà donc la gratuité de la grâce qui semble formellement reconnue... »

« J’ai paru croire que, venu plus tard, il aurait peut-être, avec les doux de la fin du siècle, penché vers la bulle Unigenitus; ne me suis-je pas trop avancé?... » Dans la controverse sur ce sujet entre les Dominicains et les Jésuites, saint François fut consulté par le pape Paul V. Le sage et saint, au lieu de s’engager dans le dilemme théologique, répondit qu’il trouvait, de part et d’autre, des difficultés dont il était effrayé; qu’il fallait mieux s’attacher à faire un bon usage de la Grâce que d’en former des disputes toujours funestes à la charité. Ce conseil était bien de celui qui disait admirablement :

« Vous ne sauriez croire combien les vérités de notre sainte Foi sont belles à qui les considère en esprit de tranquillité ! »

Sainte-Beuve marque enfin « un dernier entre-deux, qui est caractéristique chez saint François de Sales et qui peut seul achever de donner sa mesure »; c’est : « l’alliance qui se faisait en lui entre la vertu mystique, contemplative, la charité dans toute sa candeur, et la finesse du jugement humain dans toute sa sagacité. Sa vie entière de négociations, de missions et d’apostolat, montre des qualités très précises d’observation et de conduite. Ainsi, d’une part, il est bien vrai qu’il était

NOTES

de ces âmes, pour parler comme Mme de Chantal, au centre et à la cime desquelles Dieu avait mis une lumière, une lampe immobile et vigilante de spirituelle consolation : et il se retirait là-dedans comme dans un sanctuaire à volonté... Avec cette qualité essentiellement mystique s’en trouvait une autre compatible en lui, la finesse dans les observations pratiques... » Il « aurait été dans les choses de ce monde, dans les affaires où le spirituel se compliquait du temporel, un aussi habile homme et aussi expert qu’il aurait voulu... Cette alliance entre l’onction affectueuse et une certaine finesse diplomatique se retrouve assez évidente également chez Bérulle, et bien davantage chez Fénelon; elle a des causes naturelles, toute la délicatesse intérieure de ces sortes d’âmes leur devenant au besoin un continuel éveil et comme un sens exquis de ce qui peut choquer ou attirer les autres. » ( Port-Royal , I, 249-257.) (Notons ici qu’à la p. 342 du t. I de Port-Royal, Sainte-Beuve dit encore : « On a vu saint François de Sales causant avec plusieurs, parlant à tous de Dieu et de l’amour, mais aussi s’accommodant de mille choses accessoires, les tolérant et les acceptant presque, traversant au besoin la politique sans y souiller son hermine, mais pourtant la traversant. »)

Sainte-Beuve termine le chap. X de son livre I par le récit des missions évangéliques de saint François auprès des protestants de Savoie (on le trouvera à la note 6) par celui de l’hostilité du duc contre le saint (voir note 10) et par une page sur l 'Académie florimontane au sujet de laquelle il avait écrit dans son article du 1er mai 1839, sur Xavier de Maistre : « Procédant d’Amyot en style... le délicieux écrivain François de Sales, né au château de son nom, résidait à Annecy; avec son ami Antoine Favre, jurisconsulte célèbre et père de l’académicien Vaugelas, il fondait, trente ans juste avant l’Académie française, une académie dite Florimontane où la théologie, les sciences et aussi les lettres étaient représentées : leur voisin Honoré d’Urfé en faisait partie. On avait pris pour riant emblème, et sans doute d’après le choix de l’aimable saint (car cela lui ressemble), un oranger portant fruits et fleurs, avec cette devise : Flores fructusque perennes, mais le vent des Alpes souilla; l’oranger fleurit peu et bientôt mourut. Pourtant cette pensée seule indique tout un fonds préexistant de culture. » (P. C. III, 37.)

Dans Port-Royal (I, 269-270) Sainte-Beuve précise que c’est en 1607, que saint François de Sales eut l’idée de fonder cette Académie « à l’instar de celles d’Italie », que « le duc^ de Savoie accorda des privilèges », que « le duc de Nemours en était le protecteur », et que « les séances se tenaient dans la maison même du président ». Il en dit encore : '« Quand des écrivains comme saint François de Sales et Honoré d’Urfé en étaient, on conçoit combien la culture littéraire y aurait pu profiter et s’embellir. Mais Favre, devenu président du Sénat de Chambéry en 1610, quitta Annecy, il est à croire que l’Académie dès lors ralentit ses réunions. La mort de saint François (1622) y dut causer un dernier préjudice, si toutefois, à cette date, elle subsistait encore. »

NOTES

BOSSUET

50. n est regrettable que Sainte-Beuve n’ait pas donné une place a Bossuet dans la galerie de ses Portraits littéraires et que, au lieu de l’aborder directement et par une étude d ensemble, il n’ait parlé de ce grand écrivain et de ce grand orateur que fragmentai renient et à l’occasion de travaux” dont

ossuet a ete 1 objet. Sainte-Beuve a écrit ainsi six articles Les deux premiers lors de la publication, par M. Poujoulat, de ses Lettres sar Bossuet à un homme d’Etat et par Lamartine, dans (tome III, 1854), d’un portrait de Bossuet Ces deux articies ont paru dans le Moniteur, les 29 mai et 5 juin 1854, et ont ete recueillis au t. X des C. L. Trois autres articles, ceux-ci a propos de la publication, par M. l’abbé Guettee, des Mémoires et Journal de l’abbé Le Dieu sur la vie et les ouvrages de Bossuet, ont paru dans le même journal les

ais™ dans ^ 3° marS- 1857’ lls 0nt été recueiI1^

aussi dans les G L., les deux premiers au tome XII, le troisième au t. XIII. Le 19 mai 1862, paraissait dans le Constitutionnel un sixième article, qui a été recueilli au t. II des N L et qui traite de l’édition par M. Lâchât des Œuvres complètes' de Bossuet. Nous publions cinq de ces articles, bien qu’ils contiennent quelques redites et quelques digressions. Nous délais-

f’onii6! tr“slème d.e ceux qui sont relatifs aux ouvrages de 1 abbe Le Dieu, car il y est question de cet auteur et non pas de Bossuet: nous en avons fait cependant, à la note 163, quelques citations utiles pour notre recueil. ”

Enfin, ainsi que nous le disons à la note 193, nous donnons une grande partie, relative à Y Histoire universelle de Bossuet d une etude sur les Entretiens sur l’Histoire de J. Zeller qui parut dans le Constitutionnel les 16, 23 et 30 janvier 1865 et qui se trouve au t. IX des N. L. Pour les textes de Bossuet nous nous referons, sauf indication contraire, aux éditions de ses ouvrages publiées par la librairie Garnier frères.

51 Sur la querelle du Quiétisme, Sainte-Beuve dit dans Port-Royal (IV, 508) : « Il [Nicole] avait pris la plume, dans sa dernière annee, contre le Quiétisme; Fénélon n’y figurait pas encore par ses écrits, mais seulement le père La Combe et Mme Guyon. Bossuet avait déterminé Nicole à cette réfutation etendue des doctrines mystiques, de même qu’il avait précédemment déterminé Arnauld a écrire contre la métaphysique de Malebranche. Personne ne s’entendait, comme lui, à utiliser les glands auxiliaires et à les détourner de leurs sentiers trop particuliers pour les occuper contre l’ennemi commun » Fénelon, aussi, fut utilisé contre Malebranche. A ce propos Sainte-Beuve écrit : « Vers le temps où parut ce Traité de la Nature et de la Grâce, il [Malebranche] eut aussi contre lui Fenelon qui, alors âgé de trente ans et sous l’influence de Bossuet, avait écrit une Réfutation qui est peut-être son meilleur

xvii' siècle. — Ecrivains et Orateurs religieux. 25

ouvrage philosophique. » Ici, en note : « Cette Réfutation a été publiée seulement de nos jours » [Œuvres de Fénelon édition Didot, 1835 t. II]. On a sur la copie manuscrite les corrections et observations de Bossuet. Lancer ainsi Fénelon contre Malebranche, c’était, de la part de Bossuet, un coup de maître : deux beaux esprits, deux chimériques ensemble, l’un corrigeant l’autre et le réprimant. « Bossuet a fait faire à Fénelon son plus beau livre philosophique. On n’a pas assez dit combien Fénelon devait à Bossuet. M. de Bausset a manque cela. Quand Fénelon n’eut plus Bossuet pour le soutenir, il se perdit, dans le neuvième ciel, il est vrai, mais il se perdit. Ainsi parle M. Cousin. Et je recueille ici ses paroles vives. »

— Sur Bossuet et Fénelon, voir aussi les pages 69, 83, 103, 112, 146, 261, 265.

52. Dans un article sur Eugène Sue (15 septembre 1840), Sainte-Beuve rappelle que Bossuet fut parmi les approbateurs de la Révocation de l’édit de Nantes : « Bossuet, le chancelier Le Tellier et tous les autres... n’eurent qu’un avis, qu’un concert d’acclamations pour célébrer la sagesse et la piété du maître quand il révoqua l’Edit. » ( P. C. II, 107.)

53. A propos de la Réception de M. Biot à l’Académie française, Sainte-Beuve a écrit (5 février 1857). « Le mot que M. Guizot a dit en terminant cette sorte d’appel où il invoque une parole du sermon de la montagne nous transporte ailleurs. Bossuet a voulu tirer de l’Écriture sainte toute une politique, et il s’est trompé. On courrait risque aussi, en voulant tirer de l’Evangile une politique humaine, d’ouvrir le champ à bien des systèmes divers et peu d’accord entre eux. Ne confondons pas les sphères, et laissons les paroles, les promesses du Christ dans toute leur portée sublime et qui n’est point de l’ordre terrestre. » (C. L. XV, 310.)

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