‹ Les grands écrivains françaisChapitre 23 sur 84 · Oraisons funèbres et Panégyriques, I, 220 et suiv · texte numérisé non relu

Oraisons funèbres et Panégyriques, I, 220 et suiv

114. Ibid., I, 259 et suiv. — Sainte-Beuve en a cité des passages au t. II de son Port-Royal, où il écrit : « Bossuet, encore simple abbé, ayant à prononcer en 1663 l’Oraison funèbre de Jlessire Nicolas Cornet, à qui il avait de grandes obligations comme à l’un de ses maîtres, et qui l’avait voulu faire son successeur en la maison de Navarre, s’exprimait ainsi et illuminait, rien qu’en y passant, toutes ces sèches matières. « Deux maladies dangereuses, disait-il, ont affligé en ces jours le corps de l’Eglise : il a pris à quelques docteurs une malheureuse et inhumaine complaisance, une pitié meurtrière qui leur a fait porter des coussins sous les coudes des pécheurs, chercher des couvertures à leurs passions... » [Or. funèb. I, 259.] A cet endroit, Sainte-Beuve met en note : « Ne semble-t-il pas, dès l’entrée, entendre l’accent de l’homme, ressaisir son geste et toute 1 allure? Le neveu de Cornet ayant fait imprimer en Hollande, vers 1698 [l’édition a paru à Amsterdam en 1698], cette Oraison funèbre qui n’avait pas été publiée jusque-là, Bossuet parut la désavouer et ne souffrit pas qu’elle fût réunie à ses autres Oraisons funèbres qu’on réimprimait dans le même temps. Il ne voulait point sans doute choquer les hommes de Port-Royal, avec qui il s’était lié d’estime depuis 1669, et parmi lesquels il comptait beaucoup d’amis ; il ne voulait point, dans sa haute délicatesse, ratifier comme une offense aux mânes réconciliés du grand Arnauld, mais l’Oraison, dans ce que nous avons à en citer, est évidemment toute de lui. » Sainte-Beuve continue sa citation ainsi : « Quelques autres, non moins extrêmes, ont tenu les consciences captives sous des rigueurs très -injustes; ils ne peuvent supporter aucune foiblesse..., [ils] détruisent par un autre excès l’esprit de la piété, trouvent partout des crimes nouveaux, et accablent la foiblesse humaine en ajoutant au joug que Dieu nous impose. Qui ne voit que cette rigueur enfle la présomption, nourrit le dédain, entretient un chagrin superbe et un esprit de fastueuse singulartié, fait paroître la vertu trop pesante, l’Évangile excessif, le Christianisme impossible? » [Or. funèb., 1,260.] Sainte-Beuve ajoute:

« Petitot, qui cite ce passage, remarque (et je suis de son avis en cela) que, sous ses traits si définis, au fond de la pensée de

NOTES

Bossuet, on sent passer M. de Saint-Cyran. Et Bossuet nous montre le sage Nicolas Cornet qui ne se laisse pas surprendre à cette rigueur afïectée, et dont la prudence hardie se signale dans ces malheureuses discussions sur le libre arbitre et la Grâce : « Comme presque le plus grand effort de cette nouvelle tempête tomba dans le temps qu’il étoit syndic de la Faculté de Théologie; voyant les vents s’élever, les nues s’épaissir, les flots s’enfler de plus en plus; sage, tranquille et posé qu’il étoit... » Il faut s’interrompre encore pour transcrire la remarque qu’à cet endroit Sainte-Beuve a mise en note ; il y dit : « Tout cela est admirable à dire, à entendre, mais j’y vois la phrase plus que le vrai et ne puis croire tout à fait au grand Nicolas Cornet comme au Neptune de cette tempête. • — Bossuet a la parole grande, et pour qu’elle ne soit pas disproportionnée il a besoin que les sujets soient grands. » Reprenons le texte de la citation : « sage, tranquille et posé qu’il étoit, il se mit à considérer attentivement quelle étoit cette nouvelle doctrine, et quelles étoient les personnes qui la soutenoient. Il vit donc (tout ce qui suit, M. Cornet à part, est la balance même ) que saint Augustin, qu’il tenoit le plus éclairé et le plus profond de tous les docteurs, avoit exposé à l’Église une doctrine toute sainte et apostolique touchant la Grâce chrétienne; mais que, ou par la foiblesse naturelle à l’esprit humain, ou à cause de la profondeur ou de la délicatesse des questions, ou plutôt par la condition nécessaire et inséparable de notre foi, durant cette nuit d’énigmes et d’obscurités, cette doctrine céleste s’est trouvée enveloppée parmi des difficultés impénétrables; si bien qu’il y avoit à craindre qu’on ne fût j été insensiblement dans des conséquences ruineuses à la liberté de l’homme. Ensuite il considéra avec combien de raison toute l’École et toute l’Église s’étoient appliquées à défendre les conséquences; et il vit que (d’un autre côté) la Faculté des nouveaux docteurs en étoit si prévenue qu’au lieu de les rejeter ils en avoient fait une doctrine propre ; si bien que la plupart de ces conséquences, que tous les théologiens avoient toujours regardées comme des inconvénients fâcheux au delà desquels il falloit aller pour bien entendre la doctrine de saint Augustin et de l’Église, ceux-ci les regardoient, au contraire, comme des fruits nécessaires qu’il en falloit recueillir; et que ce qui avoit paru à tous autres comme des écueils contre lesquels il falloit craindre d’échouer lé vaisseau, ceux-ci ne craignoient point de nous le montrer comme le port salutaire auquel devoit aboutir la navigation. » Suit ce commentaire : « Faire de' l’écueil le port, c’est bien là, en effet, la prétention et l’originalité un peu téméraire de la doctrine janséniste. Et quant aux personnes, à leur nature et à leur génie, Bossuet, empruntant à saint Grégoire de Nazianze une parole sur ceux qui causent des mouvements et des tumultes dans l’Église, rappelle que ce ne sont pas d’ordinaire les âmes communes et faibles; il les qualifie grands esprits, mais ardents et chauds, excessifs, insatiables et plus emportés qu’il ne faut aux choses de la religion : « Notre sage et avisé Syndic, continue-t-il, jugea que ceux desquels nous parlons étaient à peu près de ce

NOTES

caractère; grands hommes, éloquents, hardis, décisifs, esprits forts et lumineux ( tout ceci s’applique sensiblement à Arnauld ) mais plus capables de pousser les choses à l’extrémité que de tenir le raisonnement sur le penchant, et plus propres à commettre ensemble les vérités chrétiennes qu’à les réduire à leur unité naturelle... » Ici nouvelle note : « On comprend pourquoi je cite au long Bossuet; il est de telles expressions qui résument si pleinement qu’elles ne sauraient se suppléer; dites une fois, il faut passer par elles. » La citation reprend ainsi : « Cependant les esprits s’émeuvent et les choses se mêlent de plus en plus. Ce parti, zélé et puissant, charmoit du moins agréablement, s’il n'emportoit tout à fait la fleur de l’École et de la jeunesse. » Et Sainte-Beuve de s’écrier : « Comme cela encore est bien dit et embellit en courant, embaume presque d’une fleur sombre et rapide ces sombres bancs sorbonniques ! Poursuivant le fond, Bossuet préconisait l’extrait donné des cinq Propositions, et nous le représente en termes pondérés comme une vraie quintessence : « ... Aucun n’étoit mieux instruit ( que le docteur Cornet toujours ) du point décisif de la question. Il connoissoit très-parfaitement et les confins et les bornes de toutes les opinions de l’École jusqu’où elles couroient et où elles commençoient à se séparer... C’est de cette expérience, de cette connaissance exquise, et du concert des meilleurs cerveaux de Sorbonne, que nous est né l’extrait de ces cinq Propositions, qui sont comme les justes limites par lesquelles la vérité est séparée de l’erreur; et qui, étant, pour ainsi parler, le caractère propre et singulier des nouvelles opinions, ont donné le moyen à tous les autres de courir unanimement contre leurs nouveautés inouïes... » En note, et en opposition, aux deux lignes de Bossuet qu’il avait, dans ce texte, soulignées, Sainte-Beuve disait : « Et tout au contraire : « Nous voici arrivés enfin à l’enfantement monstrueux de l’esprit de M. Cornet... », écrivait le docteur Hermant en commençant le chap. i liv. V, de son Histoire (manuscrite) du Jansénisme. Chaque chose ici-bas a deux noms : le troisième, qui est le vrai, s’il existe quelque part, n’est qu’en Dieu. Le chercher et parfois le devenir, est le plaisir du sage. » Sainte- Beuve écrit ensuite : « Bossuet, sauf les mesures du langage, pensa toujours de même sur les cinq Propositions. Plus tard, dans sa lettre au maréchal de Bellefonds, il déclare qu’elles se trouvent bien véritablement dans Jansénius, en ce sens qu’elles sont l’âme du livre. [Lettre du 30 septembre 1677; Correspondance de Bossuet, II, 48-52.) Dans cette Oraison funèbre, où il appelle si souvent Cornet grand homme, et où il cède, en ce qui est du personnage, à tout l’entrain du genre, on sent bien à nu sa pensée sur les choses, avant les engagements des relations et les prudences commandées. D’une part, Bossuet, aussi bien que Bourdaloue, et les autres vrais chrétiens de la seconde moitié du siècle, profitait de cette réforme dans la pénitence qui valut tant d’injures et de persécutions au grand Arnauld, et qui, tout en triomphant jusqu’à un certain point, laissait au premier qui l’avait prêchée, le vernis d’un novateur. En morale chrétienne, Bossuet adhérait donc volontiers à un côté du Jansénisme; mais, d’autre part, sur la dogmatique, il

NOTES

s’en séparait profondément. II jugeait tout à fait inopportune et malencontreuse, dans l’œuvre difficile de ramener le monde et la Cour au Christianisme, cette intervention tranchante d’une doctrine tout armée du premier glaive de l’archange. Génie sensé, clairvoyant, mais pratique avant tout, il se préoccupait des difficultés présentes ; avec une haute prudence pour le temps, il avait peut-être une moins perçante prévoyance (je l’ai dit) et moins soucieuse de l’avenir. Je ne parle pas d’Arnauld très inférieur de portée en ceci; mais Jansénius, Saint-Cyran et Pascal, dans leurs éclairs parfois visionnaires, devançaient et rapprochaient les horizons du haut de leur tour d’Hippone, comme je l’appelle, ils plongeaient déjà au loin et par delà le dix-septième siècle ; ils voyaient arriver confusément et grossir la grande invasion, si l’on n’y prenait garde, et ils poussaient comme des cris de terreur et de formidable défense, des cris, il est vrai, qui, en proclamant trop fortement l’ennemi, avaient pour danger de l’exciter et de le hâter peut-être.

« Jansénius surtout... du haut de cette tour qu’il avait gravie jusqu’au dernier degré, voyait venir cette nouvelle et plus menaçante invasion de l’orgueil humain, ce qu’avec Saint-Cyran il appelait l’Ante-Christ, et il s’écriait : « Rompez tous les ponts avec l’orgueil, avec la volonté humaine et propre; rompez tous les ponts, même les moindres; qu’il n’y ait rien, pas une simple planche de passage entre l’ennemi et vous; que ceux qui veulent venir à la sainte Cité de Grâce se jettent dans l’abîme du fossé, dans l’abîme de la Providence; le pont de Dieu se formera sous leurs pas et ira lui-même les chercher. Mais ne leur laissez pas croire qu’ils peuvent commencer d’eux-mêmes ce pont, qu’ils peuvent en jeter par leur effort le premier câble ou la première planche ; car ce commencement fera planche en effet à tout le reste, et tout l’orgueil humain à la suite y défilera. » Voilà ce que criait Jansénius si on le condense en quelques mots. Bossuet trouvait que c’était là une crainte exagérée, que c’était, plus que de raison, être des chrétiens de malheur, des alarmistes du salut, et qu’en vociférant de la sorte, on ne réussissait qu’à effaroucher davantage ceux qui n’avaient déjà que trop d’aversion par nature. » (P. 150-155.)

• — Dans ce même t. II de Port-Royal, Sainte-Beuve, rapprochant déjà Bossuet de Jansénius, et cette fois dans leur conception de la chute de l’homme, avait écrit que, selon Jansénius, Adam est tombé « par le choix libre de sa propre volonté », choix qui, « en présence du fruit défendu », ne fut « non provoqué aucunement par la saveur et le désir, mais par sa volonté la plus idéale, par sa conception propre qui a décidé de désobéir et de se préférer à Dieu ». Puis : « Le désir en lui, loin de tenter et de corrompre la volonté, a été plutôt commandé et dépravé par elle, et, quoique à l’instant tout en lui soit devenu également mauvais, on peut dire que la volonté a mené le désir et non le désir la volonté. Qu’on y réfléchisse, et on trouvera dans cette manière d’entendre la Chute une profondeur de spiritualisme et une portée interne qu’il serait peu juste de demander sans doute aux couleurs d’un poète et qui n’aurait pu se tra-

NOTES

duire, je le crois bien, en tableaux, mais qui ne saurait être dépassée dans l’ordre théologique. » A cet endroit, est cette note relative à Bossuet : » Bossuet, en ses Elévations, a une manière analogue de considérer la Chute; il dit du libre arbitre des Anges : « Dans un parfait équilibre la volonté des saints Anges donnoit seule, pour ainsi dire, le coup de l’élection; et leur choix que la Grâce aidoit, mais qu’elle ne déterminoit pas, sortoit comme de lui-même par sa propre et seule détermination. » (IVe semaine, IIIe Élévation.) [Elévations à Dieu sur tous les mystères de la Religion chrétienne, p. 93.] Ce qui est ici commun avec la doctrine de Jansénius, c’est ce coup de l’élection que frappait dans sa libre sphère sereine la volonté des saints Anges. Or l’homme, selon Bossuet qui se fonde au Psalmiste, n’avait été créé qu’un peu au-dessous; quoiqu’il eût un corps, la concupiscence alors n’y était pas et son libre arbitre devait agir à peu près comme celui des Anges. » (P. 138.)

— Dans une note à la page 155, Sainte-Beuve dit encore ; « Bossuet eut bien d’autres relations avec Port-Royal... M. de Bausset (Hist. de Bossuet, liv. II, xvm) a donné un bon chapitre là-dessus. Le comte de Maistre a parlé aussi de Bossuet par rapport au Jansénisme (de l’Eglise gallicane, p. 266) [t. III, p. 205 dans l’édit. Vitte et Pérussel, des Œuv. compl. de J. de Maistre; 1889]; les reproches qu’il lui adresse sont en un sens contraire de nos remarques et rentrent pourtant dans la même idée de son caractère : Bossuet est un homme de juste milieu. »

— - A propos de l’oraison funèbre de Nicolas Cornet, qui l’a conduit à ces considérations, Sainte-Beuve, dans un Appendice au tome VI de Port-Royal, écrit encore : « L’Oraison funèbre que Bossuet fit de son ancien maître, le docteur Nicolas Cornet, eut cela de particulier, qu’elle fut prononcée à un moment très embarrassé et dans des circonstances on ne saurait plus délicates, lorsque l’accommodement théologique qu’essayait de ménager l’évêque de Comminges était des plus engagés et que l’affaire, qui s’était ébruitée, changeait de face chaque jour et presque d’heure en heure, sans que l’on sût comment elle se terminerait. Le discours de Bossuet s’en ressentit, comme le fait soupçonner un propos de Des Lions du 27 juin 1663; celui-ci s’était entretenu dans la journée avec le Père Esprit de l’Oratoire, lequel, en le quittant, était allé chez le prince de Conti : « Le soir on me dit qu’un excellent Esprit (le Père Esprit), qui avait assisté à l’Oraison funèbre de M. Cornet, faite par le sieur Bossuet, lui en avoit fait (au Prince) ce jugement, que la pièce paraissoit décousue et déconcertée; que le changement qui s’est fait depuis huit jours avoit apparemment obligé l’auteur à ne pas dire tout ce qu’il avoit préparé sur les matières du temps; qu’il avoit fait un discours assez peu rapportant à son texte, et de pièces rapportées. » C’est peu élégant, mais ce témoignage, venant d’un contemporain des plus au fait, a son prix. Il donne la clef d’un certain embarras qu’eut toujours Bossuet touchant cette Oraison funèbre. » (P. 363-364.)

— Cette Oraison funèbre de Nicolas Cornet, si abondamment citée dans Port-Royal, nous amène à réunir ici, comme une

NOTES

suite naturelle, de ces citations et des commentaires que Sainte- Beuve en fait, les divers textes où il parle des rapports de Bossuet avec Port-Royal et de son attitude envers le Jansénisme.

Au tome IV de Port-Royal, Sainte-Beuve rappelle que lors des persécutions de l’archevêque de Paris contre les religieuses qui ne consentaient pas à signer, malgré ses instructions, le formulaire de soumission, l’abbé Bossuet fut « la personne qui contribua le plus » à la soumission ou, pour répéter le terme qu’il emploie, à la « chute » de la sœur Marie-Angélique de sainte Thérèse d’Andilly. Il écrit : « On a beaucoup discuté pour savoir quelle part directe Bossuet, alors doyen du chapitre de Metz, mais ami particulier de M. de La Brunelière [grand vicaire] et très apprécié de M. de Péréfixe [archevêque de Paris] avait pu prendre à ces controverses intérieures du monastère de Port-Royal. Il paraît bien qu’il n’y fit jamais d’exhortation proprement dite aux sœurs assemblées, quoiqu’il y ait accompagné (et probablement plus d’une fois) soit l’archevêque, soit le grand vicaire. On sait, par exemple, qu’il était venu à la maison de Paris, avec le prélat, le dimanche 28 juin 1665; on était à la veille de la translation à la maison des Champs, et bon nombre des religieuses de Paris n’y donnaient pas volontiers les mains; Bossuet vint dans l’intention de les adoucir, de les calmer; et à un moment, comme une sœur demanda que M. Chamillard et la mère Eugénie qui étaient présents se retirassent pour que l’on pût conférer plus librement de cette affaire avec l’archevêque, Bossuet crut devoir se retirer aussi. Mais, ce qui est pour nous d’un intérêt plus circonstancié et plus sensible, l’abbé Bossuet vit beaucoup en particulier la mère Agnès et sa compagne de captivité. Comme, après les premiers jours de privation, elles demandaient un confesseur et un conseiller, l’archevêque leur avait dit : « Je vous prie, voyez M. l’abbé Bossuet; c’est un homme savant et le plus doux du monde, il est comme il vous faut; car il n’est d’aucun parti. » M. l’abbé Bossuet vint nous voir ce même jour, raconte la sœur Angélique-Thérèse dans sa Relation assez naïve. C’est assurément une personne savante, qui ne s’emporte point; mais il est néanmoins plus embarrassant qu’un autre : car il semble qu’il veuille surprendre les personnes. Il nous fit beaucoup de visites et de très grands discours dont il m’est impossible de me ressouvenir, parce que rien de ce qu’il nous dit ne fit impression sur mon esprit, quoiqu’il m’embarrassât assez souvent; mais, comme je m’en défiois, j’étois toujours sur mes gardes avec lui. » La sœur Marie-Angélique se laissa pourtant ébranler peu à peu. Elle raconte qu’un jour Bossuet fut touché jusqu’aux larmes d’une de ses paroles... L’art de Bossuet, chaque fois qu’il la voyait, était, tout en la pressant, de lui diminuer l’importance de la signature, de la lui faire « le plus facile qu’il pouvoit ». Il ne fut pas seul à la déterminer; un autre docteur, M. Chéron, y contribua de moitié. La pauvre fille avait des restes de terreur; elle avait ouï-dire que « de signer c’étoit comme de renoncer là a foi et se jeter dans l’étang de feu et de soufre ». Bossuet

NOTES

n avait pas trop de toute sa gravité insinuante pour la calmer. Elle signa donc; mais, aussitôt après, le remords la prit; elle n’osait regarder sa main sacrilège qui avait tenu la plume; cette main droite lui faisait horreur, elle la cachait par un mouvement instinctif. Laissons toutes ces pusillanimités et ces misères. La seule particularité que j’aie tenu à relever en cet endroit, c’est que Bossuet visita soigneusement quelquesunes des religieuses de Port-Royal, leur parut doux et plus d’une fois ému, et leur tint des discours fort raisonnables, dont elles se défiaient parce qu’ils leur paraissaient séduisants. » Dans une note, Sainte-Beuve écrit encore : « On a publié, après la mort de Bossuet, une longue lettre de lui dans laquelle il exhortait les religieuses de Port-Royal à la soumission, et discutait leurs objections sur le Fait avec une véritable condescendance : il parle d’une conférence qu’il aurait eue depuis peu à Port-Royal. Mais il paraît que cette Lettre, trouvée dans les papiers de Bossuet, resta en projet et ne fut jamais envoyée, car il n’en est nullement question, non plus que de la conférence, dans les Relations d’alors où les moindres circonstances sont mentionnées. Le cardinal de Noailles fit publier cette Lettre avec un mandement, en avril 1709, pour tâcher d’obtenir de Port-Royal expirant, une soumission in extremis, à l’aide du grand nom de Bossuet. (Voir dans les Etudes sur la Vie de Bossuet par M. Floquet, au tome deuxième, le livre X où ce point est discuté fort curieusement.) » (P. 275- 277.)

— - Sainte-Beuve rappelle, à un autre endroit, la publication de la lettre de Bossuet aux religieuses, « par laquelle, encore simple abbé, il les avait invitées à la signature ». [Cf. Corresp. de Bossuet, le texte de cette lettre, qui est de juillet 1665, y est suivi d’une deuxième version rédigée en 1703. I, 84-130 et 131-146.] Et il ajoute : « Mais on refusa à cette Lettre du jeune abbé l’autorité due au grand évêque; on en contesta même l’authenticité, et cette éloquence si sensée, et déjà si pastorale dans sa bouche, ne fit que blanchir. » ( Port-Royal , VI, 207-208.)

De cette lettre de Bossuet, Sainte-Beuve a cité ailleurs quelques passages. Parlant de l’état d’esprit des religieuses sollicitées, puis persécutées, il dit : « ... Il aurait fallu que ces religieuses, non contraintes et laissées à elles-mêmes, écoutassent les bonnes raisons, celles que Bossuet a résumées dans les dernières paroles d’une lettre qu’il projetait de leur faire lire et où il leur disait : « Laissez donc à part ces narrés d’intrigues et de cabales, que des hommes ne cesseront jamais de se reprocher mutuellement, peut-être de part et d’autre avec vérité, et du moins presque toujours avec vraisemblance; et croyez que, parmi ce trouble et dans ce mélange des choses, la sûreté des particuliers c’est de s’attacher aux décrets et à la conduite publique de la Sainte Église... Et ceux qui vous diront après cela que vous ne pouvez sans péché y soumettre humblement votre jugement,... laissez-les disputer sans fin et répondez-leur seulement avec l’Apôtre : « S’il y a quelqu’un parmi vous qui veuille être contentieux, nous n’avons pas une

NOTES

telle coutume, ni la Sainte Eglise de Dieu. » [Juillet 1665. Correspondance de Bossuet, I, 125 et 128.] ( Port-Royal , IV, 184.)

— Sainte-Beuve qui dit ( Port-Royal , I, 421) que Bossuet, Fénelon et Saint-Cyran, auxquels on joindrait, « sous certains aspects, Malebranche, peuvent être dits,auxvne siècle, d’admirables démembrements de saint Augustin », écrit, dans le même ouvrage (II, 143 n.), que Bossuet, dans le traité de la Concupiscence a « merveilleusement reproduit et souvent traduit » des idées sur la Grâce, qui sont des « idées de saint Augustin, sans doute, mais aussi de Jansénius et dans l'ordre de Jansénius, et à faire croire qu’il avait un Jansénius ouvert devant lui ». Et Sainte-Beuve conclut : « C’est qu’en effet tous deux s’abreuvaient à la même source. »

-— A cette communauté d’inspiration, les circonstances ajoutèrent de nouveaux liens. A propos des ouvrages de Nicole contre les Protestants, Sainte-Beuve écrit : « C’est dans le cours de cette controverse et de cette guerre contre les ennemis communs que se formèrent de vrais liens de compagnons d’armes entre Bossuet et les principaux chefs jansénistes. En réservant toujours le point de la Grâce et en se gardant de leur rien céder à cet endroit, Bossuet professa jusqu’au bout la plus haute estime pour Arnauld, la plus profonde considération pour Nicole. » ( Port-Royal , IV, 459.) Un peu plus loin (p, 508-509), Sainte-Beuve écrit : « Bossuet voyait Nicole et le considérait beaucoup. Il lui disait que ses ouvrages lui paraissaient un arsenal pour la religion. Il le consultait sur des points de doctrine. Il semble même, dans l’une des lettres de Bossuet que Nicole est trop d’accord avec lui sur l’expulsion violente des Protestants. Ils ne sont pas moins d’açcord sur la sourde tendance rationaliste de Richard Simon, ou, pour parler moins à la moderne, sur sa dangereuse et libertine critique. Ils conspirent, autant qu’ils peuvent, à l’étouffer, » Et Sainte-Beuve, dans une note, cite un passage d’une lettre de Bossuet à Nicole, du 7 décembre 1691 ; « J’ai été très aise de vous voir appuyer particulièrement sur une chose que je n’ai voulu dire qu’en passant..., c’est, monsieur, sur le triste état de la France, lorsqu’elle étoit obligée de nourrir et de tolérer sous le nom de Réforme tant de Sociniens cachés, tant de gens sans religion et qui ne songeofent, de l’aveu même d’un ministre, qu’à renverser le Christianisme. Je ne veux point raisonner sur tout ce qui s’est passé, en politique raffiné; j’adore avec vous les desseins de Dieu, qui a voulu révéler, par la dispersion de nos Protestants, ce mystère d’iniquité et purgé la France de ces monstres. » [Corresp., IV, 373.] C’est-à-dire,- — ajoute Sainte- Beuve, — - des Sociniens. Cela fait peine. Et puis ces Sociniens qu’on chassait par la porte rentraient par la fenêtre* la révocation de l’Édit de Nantes n’en a pas sauvé un seul au xvme siècle et en a même engendré un bon nombre. »

— Sur Arnauld, Sainte-Beuve rapporte divers jugements de Bossuet. Au t. III (p. 535) de Port-Royal, il note que Bossuet appelait Arnauld « logicien, démonstrateur, classificateur par voie de raison, solide et puissant réfutateur », Au t- I (p. 530 n.) il avait écrit : « Bossuet, en parlant de Port-Royal et des Jan-

NOTES

sénistes de son époque (1702), disait qu’on ne pouvait pas les appeler précisément des hérétiques parce qu’ils condamnaient (du moins extérieurement) les hérésies condamnées par l’Église; mais le savant évêque les qualifie « au moins de fauteurs d’hérétiques et schismatiques. » ( Journal de Le Dieu,t. II, p. 388-389.) Et partout ailleurs, dans ce même Journal, on voit que Bossuet est invariable dans son jugement des doctrines du Jansénisme. Malgré son estime pour les talents d’Arnauld, il le déclare, en particulier, « inexcusable d’avoir tourné toutes ses études, au fond, pour persuader au monde que la doctrine de Jansénius n’avait pas été condamnée ». Ce jugement est rapporté encore au t. IV de Port-Royal, p. 170-171, et au t. V, p. 464 n. A cet endroit Sainte-Beuve rapporte ce mot de Bossuet sur Arnauld : « Il voulait tout décider dans l’Église; mais je n’ai jamais voulu rien dire ni m’expliquer sur son sujet : cela ne sert à rien. » Et il oppose l’un à l’autre ces deux grands hommes : « Bossuet trop déférent aux grandeurs et aux pouvoirs établis, et un peu tendre aux considérations du monde; Arnauld trop entêté de ce qu’il croyait une fois la vérité, fût-il seul à le croire envers et contre tous. » (Voir à la note 172 une appréciation d’Arnauld sur le caractère de Bossuet.)

— Bossuet et Arnauld, cependant, menèrent à un moment une lutte commune contre Malebranche. Au chap. v du liv. VI de Port-Royal, où il fait l’histoire de cette « guerre à Malebranche », Sainte-Beuve, entre autres choses, écrit :

« Arnauld et Bossuet ont cela de commun de se tenir sans crainte au Cartésianisme, et de l’approcher même de l’explication des mystères, sans pressentir avec effroi les conséquences comme le fait Pascal. Bossuet, Arnauld commencent à s’effrayer quand ils voient Malebranche et le développement exagéré qu’il donne à la doctrine de Descartes dans le sens de l’idéalisme; ils jettent un cri d’alarme. Bossuet pousse Arnauld à réfuter. C’est bien. Mais il s’agit dès longtemps d’autre chose. Ce n’est point surtout par le côté de Malebranche, par çette extension purement métaphysique du système de Descartes, que le catholicisme d’Arnauld et de Bossuet périclite, c’est de la méthode même de Descartes, une fois mise au monde et à la mode, que venait le danger, » (V, 353-354.)

u Toute philosophie, quelle qu’elle soit au premier degré, et dans son premier chef et parent, devient anti-chrétienne ou du moins hérétique à la seconde génération : c’est la loi et il faut bien savoir cela »; Sainte-Beuve ajoute en note :

« Arnauld le fait positivement. » (P, 355.) Un peu plus loin il écrit : « En adoptant le Cartésianisme, du moins pour une bonne part, Arnauld garde son intrépidité, Bossuet sa stabilité, Daguesseau sa placidité. Cela revient peut-être à dire que chacun porte jusque dans sa foi et dans ses doctrines son caractère et son humeur. Pascal y porta un pressentiment d’alarme, une sublime inquiétude de regard, que l’avenir a justifiée. » (P. 356.) Malebranche s'évertue à « éclairer et divulguer » l’union « de sa philosophie avec la religion... Mais déjà auparavant, et malgré son souci de nouer et de renouer ce qui se défaisait si aisément, la tentative de conciliation avait rompu avec éclat

NOTES

dans le Traité de la Nature et de la Grâce (1680). Bossuet vigilant comme évêque, Arnauld vigilant comme docteur, avaient été également émus et s’étaient donné le signal d’alarme ». (P. 362-363.)

« Pour concilier la bonté et la justice de Dieu avec la prédestination, pour concilier le mal existant, soit dans l’ordre de la Nature, soit dans celui de la Grâce, avec sa toute-puissance, Malebranche suppose que rien sans doute ne se fait, ne se meut, n’agit que par Dieu et en Dieu, mais selon les volontés générales de Dieu, c’est-à-dire selon des lois générales, et que, pour qu’aucun mal n’arrivât, il faudrait à tout moment que ces lois, ces volontés générales se pliassent en des volontés particulières peu dignes de lui. Demander à Dieu un autre ordre, ce serait lui demander qu’il renonçât à ses attributs. Il a fait tout ce qui est possible, puisqu’entre les mondes possibles il a choisi celui qui se pouvait produire et conserver par les voies les plus simples. Les maux qui nous affligent sont l’effet des mêmes lois que les biens qui nous consolent : la bonté de Dieu nous a préparé les uns, et sa sagesse les fait naître par des lois qui amènent les autres, sans qu’il ait voulu ceux-ci par aucune volonté particulière... » (P. 363.) « Quant à l’ordre de la Grâce, si le salut n’a pas lieu pour tous, c’est que Jésus-Christ est nécessaire comme médiateur entre la volonté générale qui voudrait tout sauver et l’homme. Or, les pensées et les désirs de l’âme de Jésus-Christ étant les causes occasionnelles des grâces distribuées, comme il ne pense pas en même temps à toutes choses et que ses connaissances sont bornées par rapport aux choses contingentes, en tant qu’il n’est plus le Verbe absolu, mais le Verbe incarné et fait homme, il arrive que plusieurs ne sont pas atteints par la grâce, ne se trouvant pas, ne se mettant pas d’eux-mêmes sur le chemin de Jésus- Christ... » (P. 364.) « On voit que Malebranche n’éloignait de Dieu les objections que pour les faire retomber en quelque sorte sur Christ, pour les amasser sur sa tête. Il magnifiait le Père, un peu aux dépens du Fils.

« Sur ce premier aperçu, on conçoit l’éclat parmi les théologiens. Pourtant Malebranche faisait école... On a une lettre très belle et vigoureuse de Bossuet à l’un d’eux (21 mai 1687) : « Je n’ai pu trouver que depuis deux jours le loisir de lire le discours que vous m’avez envoyé... Je suis bien aise de peser ces choses avec une liberté tout entière, et sans être distrait par d’autres pensées; et si jamais j’ai apporté du soin à la compréhension d’un ouvrage, c’est de celui-là. Car, comme vous autres, messieurs, lorsqu’on vous presse n’avez rien tant à la bouche que cette réponse : On ne vous entend pas, j’ai fait le dernier effort pour voir si enfin je pourrai venir' à bout de vous entendre. Je suis donc très bien persuadé que je vous entends autant que vous êtes intelligible; et je vous dirai ingénument que je n’ai pas trouvé dans vos discours ce que vous nous promettiez autrefois à Monceaux et à Germiny, c’est-à-dire un dénoûment aux difficultés qu’on vous faisoit. Vous nous dites alors des choses que vous vous engagiez de faire avouer à votre docteur ; et moi je vous donnai parole aussi

NOTES

que, s'il en convenoit, je serois content de lui. Mais il n’v a rien de tout cela dans votre discours; ce n’est au contraire qu une répétition, pompeuse à la vérité et éblouissante mais enfin une pure répétition de toutes les choses que j’ai toujours rejetees dans ce nouveau système : en sorte que plus le me souviens d’être chrétien, plus je me sens éloigné des idées au’ il nous présente. H

“ Et afin de ne vous rien cacher, puisque je vous aime troD pour ne pas vous dire tout ce que je pense, je 11e remarque en vous autre chose qu un attachement, tous les jours de plus en plus aveugle, pour votre patriarche, car toutes les propositions que je vous ai vu rejeter cent fois, quand je vous en ai découvert 1 absurdité, je vois que, par un seul mot de cet infaillible docteur, vous les rétablissez en honneur. Tout vous plaît de cet homme, jusqu’à son explication de la manière dont Dieu est auteur de l’action du libre arbitre comme de tous les autres modes, quoique je ne me souvienne pas d’avoir jamais lu aucun exemple d’un plus parfait galimatias. Pour l’amour de votre maître, vous donnez tout au travers du beau dénoûment qu’il a trouvé aux miracles dans la volonté des Anges • et vous n’en voulez pas seulement apercevoir le ridicule. Enfin vous recevez à bras ouverts toutes ses nouvelles inventions » [ Correspondance de Bossuet, III, 367-370.]

« Bossuet fait voir que la manière dont Malebranche se pinue d’expliquer naturellement le Déluge, et qui peut s’étendre aussi bien à tout autre événement extraordinaire, tend à ruiner le miracle proprement dit, c’est-à-dire la dérogation aux lois générales. Malebranche, en effet (et c’est même là son seul pas en avant), essaie de rester chrétien avec le moins de miracles possible. Or, les miracles autant que les prophéties sont une des grandes preuves de la divinité du Christianisme. Cette lettre d’une rude et belle franchise, nous montre Bossuet dans toute son attitude militante, et, pour ainsi dire, la veille d’un combat Il s’arme, il est prêt à s’armer, il demande une dernière fois ou plutôt il offre la paix, et par là il entend la soumission de l’adversaire à la vérité. Une ou plusieurs conférences, qui ne permettraient ni ambiguïté ni faux-fuyants dans les questions et dans les réponses, lui paraissent le moyen le plus sûrce n’est point par lettres qu’on traite de ces choses, dit-il’ c’est de vive voix : « Pour entrer en preuve sur cela, il faudrait faire un volume; c’est pourquoi en deux mots je vous dirai que si vous voulez travailler utilement à réconcilier mes sentiments avec ceux du Père Malebranche, il me paroît nécessaire de procurer quelques entrevues, aussi sincères de sa part qu’elles le seront de la mienne, où nous puissions voir, une bonne fois si nous nous entendons les uns les autres. S’il veut du secret dans cet entretien, je le promets; s’il y veut des témoins, j’y consens; et je souhaite que vous en soyez un. S’il se défie de ne pouvoir pas satisfaire d’abord à mes doutes, il pourra prendre tout le loisir qu’il voudra; et comme je ne cherche qu’un véritable éclaircissement qui me persuade qu’il a plus de raison que je n’ai pensé, qu’il ne s’écarte pas autant que je l’ai cru de la saine théologie, j’aiderai moi-même à ce dessein. Cela

xvii' siècle. — Ecrivains et Orateurs religieux.

NOTES

est de la dernière conséquence; car, Pou[' ne Y^ur^'et de la muler, je vois non-seulement en ce point de la Nature < x ae Grâce! mais encore en beaucoup d’autres articles très impor tants de la religion, un grand combat se préparer cornue l'Église, sous le nom de la philosophie cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, a mon avis mal entendus, plus d’une hérésie; et je prévois que les consec^lcej en tire contre les dogmes que nos peres ont tenus, la vo rendre odieuse et feront perdre à l’Eglise tout le fruit qu elle en pouvoit espérer pour établir dans l’esprit des philosop es la divinité et l’immortalité de l’àme... » [Correspondance de

Bossuet, III, p. 371-372.] , . , ,

<( Il commence à s’apercevoir de 1 inconvénient pour la religion et du danger que renfermait le principe de Descaites et le

premier point de sa méthode : .

« De ces mêmes principes mal entendus, un autre inconvénient terrible gagne sensiblement les esprits : car, sous prétexte qu ’il ne faut admettre que ce qu on entend clairement (ce qui, réduit à certaines bornes, est tres-ventable), chacun se donne la liberté de dire : J’entends ceci, et je n entends pas cela ; et, sur ce seul fondement, on approuve et on rejette tout ce qu’on veut, sans songer qmoutre nos idees claires et distinctes, il y en a de confuses et de generales qui ne laissent pas d’enfermer des vérités si essentielles, qu on renverseroit tout en les niant. Il s’introduit sous ce pretexte une liberté de juger, qui fait que, sans égard a la tradition, on avance témérairement tout ce qu’on pense; et jamais cet exces n’a paru, à mon avis, davantage que dans le nouveau système . car j’y trouve à la fois les inconvénients de toutes les sectes, et en particulier ceux du Pélagianisme... » [Op. cit., p. 61Z-6/à.\

« Il insiste pour une explication prompte avec un admirable sentiment où l’autorité et la charité se confondent, et avec un geste de cordialité impérieuse : .

« Je ne demande pas que vous m’en croyiez sur ma parole; mais si vous aimez la paix de l’Église, procurez 1 explication de vive voix que je vous propose, et menez-lu à sa fin. tant que le Père Malebranche n’écoutera que des flatteurs, ou des gens qui, faute d’avoir pénétré le fond de la théologie, n’auront que des adorations pour ses belles expressions, il n’y aura point de remède au mal que je prévois, et je ne serai point en repos contre l’hérésie que je vois naître par votre système. Ces mots vous étonneront; mais je ne les dis pas en l’air : je parle sous les yeux de Dieu, et dans la vue de son jugement redoutable, comme un évêque qui doit veiller à la conservation de la Foi. Le mal gagne; à la vente je ne m’aperçois pas que les théologiens se déclarant en votre faveur; au contraire, ils s’élèvent tous contre vous; mais vous apprenez aux laïques à les mépriser ; un grand nombre de jeunes gens se laissent flatter à vos nouveautés. En un mot, ou je me trompe bien fort, ou je vois un grand parti se former contre l’Église, et il éclatera en son temps, si de bonne heure on ne cherche à s’entendre, avant qu’on s’engage tout à fait... » [Op. cit., p. 374.]

NOTES

* r°ut cela est beau de sentiment, de ton et de vérité fie cadre orthodoxe catholique étant donné et devant être maintenu). M. de Bausset a fort relevé la perspicacité et la prévoyance de Bossuet écrivant ces choses en 1687 : pour moi, j y admire toute la puissance et la grandeur; car, pour la perspicacité, Bossuet ne l’avait pas eue autant que d’autres. 1 ascal, qui n était que de quatre ans plus âgé que lui, pressentait ces conséquences de la philosophie cartésienne dès 1658. ue plus, Bossuet s’exagère un peu le danger quand il croit que 1 ennemi va entrer dans l’Eglise du côté de Malebranche et par les hauteurs métaphysiques, de même qu’il se trompait quand il croyait de grande importance et utilité qu’on eût cnasse de France quelques Sociniens cachés parmi la foule aes Protestants. L’invasion du Socinianisme et de ce qui s ensuit allait se faire plus simplement et tout au-dedans, à la française, par les Lettres Persanes, par Fontenelle (au moment meme où il louait et critiquait si indifféremment Malebranche), par Voltaire, par le Bégent, par tout le monde.

« Toutefois, dans cette éloquente lettre, on voit le théologien en Bossuet ou mieux encore le Père de l’Église qui se redresse de toute sa hauteur sacrée. — Louis XIV et Bossuet 1 le dernier grand roi non parvenu qui trône, le dernier grand théologien reconnu et qui fasse oracle! » ( Port-Royal , V, 365-3b9.)

Dans son Traité de la Nature de la Grâce, Malebranche, entre autres choses que cite Sainte-Beuve, avait écrit : « Les disputes en matière d’explications de théologie semblent être des plus inutiles et des plus dangereuses; et elles sont d’autant plus à craindre que les personnes mêmes de piété s’imaginent souvent qu’ils ont droit de rompre la charité avec ceux qui n’entrent point dans leurs sentiments. On n’en a que trop d’expériences, et la cause n’en est pas fort cachée. Ainsi, c’est toujours le meilleur et le plus sûr de ne point se presser de parler des choses dont on n’a point d’évidence, et que les autres ne sont pas disposés à concevoir. »

Et Sainte-Beuve ajoute : « Or, Malebranche, en voulant expliquer philosophiquement le mystère de la Nature et de la Grâce, allait faire précisément le contraire de ce qu’il disait là, et il allait donner droit contre l’écueil si bien signalé par lui. Que voulez-vous? il avait sa passion aussi à satisfaire, son génie spéculatif qui avait besoin de matière et d’exercice, son ambition qui le poussait, chétif et déshérité qu’il était du côté du corps, à se dédommager dans l’ordre de l’esprit et à conquérir, s’il se pouvait, toute l’étendue intelligible, comme d’autres l’univers.

« Arnauld, consulté sur le manuscrit de ce traité, avait été d’avis de ne pas publier, Bossuet également : Malebranche passa outre, et Arnauld se décida à le réfuter. Il y fut directement engagé par Bossuet lui-même, qui était alors en commerce de lettres avec M. de Neercassel. Bossuet entrait dans une grande impatience dès qu’on abordait ces manières de Grâce, ténèbres et abîme selon lui. Il secouait sa tête impérieuse, il faisait taire, il aimait qu’on se tînt tranquille.

NOTES

Ici il vit bien que ce serait d’une excellente tactique d’opposer Arnauld comme adversaire à Malebranche, de l’occuper sur un terrain, où d’embarrassant qu’il était, il deviendrait tout d’un coup utile, et ferait la police de l’Eglise, bien loin de 1 inquiéter : c’était double profit. Arnauld, du reste, n’avait guere eu besoin d’être excité. » (Op. cit., 375-376.) Voir la n. 51.

Sainte-Beuve montre aussi Bossuet dans la position

d’arbitre entre Port-Royal et l’abbé de Rancé. Dans un article sur Chateaubriand (15 mai 1844) il écrit : « Il [Rancé] connut de bonne heure Bossuet et s’était lié avec lui sur les bancs de l’école. « Il eut le bonheur, dit M. de Chateaubriand, de rencontrer aux études un de ces hommes auprès desquels il suffit de s’asseoir pour devenir illustre. » [Vie de Rancé, à la suite des Mélanges historiques et politiques, édit. Garnier freres, p. 421.] Le biographe s’est laissé aller à être modeste pour l’humble héros : Bossuet, on le verra tout à l’heure, s’exprimera plus librement : c’est lui qui revendiquerait pour lui-même le bonheur et l’honneur de s’être assis à côté de Rancé, de cet homme dont il ne parlait jamais sans être saisi d’une admiration sainte. » (P. C. I, 53.) — A la p. 66, à propos des discussions entre l’abbé de Rancé et Port-Royal, on ht : « Qu il suffise de dire que le respect des dignes adversaires eux-mêmes pour l’abbé de Rancé n’en subit aucune atteinte; que Nicole, approuvé en cela par Arnauld, s’écriait qu’il se ferait plutôt couper le bras droit que d'écrire contre M. de la Trappe, et que Bossuet, souvent pris pour arbitre en ces querelles révérentes, ne parlait des écrits de Rancé, de ceux-là mêmes en apparence excessifs, que comme d’ouvrages où « toute la sainteté, toute la vigueur et toute la sévérité de l’ancienne discipline monastique est ramassée ». [Dans un article de novembre 1834 sur Villemain, Sainte-Beuve rappelait que Bossuet avait montré l’abbé de Rancé « serré au centre, ferme et ramassé sur soi ». (P. C. II, 383.)]

« Ce fut Bossuet, continue Sainte-Beuve, dans l’article sur Chateaubriand, qui le contraignit à publier le livre de la Sainteté et des Devoirs de la Vie monastique ; lisant ce livre en manuscrit au retour de l’Assemblée de 1682 : « J’avoue, écrivait-il à Rancé, qu’en sortant des relâchements honteux et des ordures des casuistes, il me falloit consoler par ces idées célestes de la vie des Solitaires et des Cénobites. » [Lettre du 8 juillet 1682, Corresp., II, 308. Texte et faits rappelés aussi dans Port-Royal, IV, 67.] Dans cet article du 15 mai 1844, Sainte-Beuve écrit encore : « Peu de temps après cette mort [la. mort de l’abbé de Rancé], Bossuet qu’on ne se lasse pas de citer et dont on n’a cesse de se couvrir en telle matière, posait ainsi les règles à suivre et traçait sa marche à l’historién d’alors, tel qu’il le concevait : « Je dirai mon sentiment sur la Trappe avec beaucoup de franchise, comme un homme qui n’ai d’autre vue que celle que Dieu soit glorifié dans la plus sainte maison qui soit dans l’Eglise, et dans la vie du plus parfait directeur des âmes dans la vie monastique qu’on ait connu depuis saint Bernard. Si l’histoire du saint personnage n’est écrite de main habile et par une tête qui soit au-dessus de toutes vues

NOTES

humaines, autant que le ciel est au-dessus de la terre, tout ira mal. En des endroits, on voudra faire un peu de cour aux bénédictins, en d autres aux jésuites, en d’autres aux religieux en general. Si celui qui entreprendra un si grand ouvrage ne se sent pas assez fort pour ne point avoir besoin de conseil, le mélange sera a craindre, et par ce mélange une espèce de dégradation dans 1 ouvrage... La simplicité en doit être le seul ornement. J aimerois mieux un simple narré, tel que pouvoit faire Dom Le Nain, que l’éloquence affectée... » [Lettre à M. de Saint- André, curé de \areddes, 28 janvier 1701; Correspondance, XIII, 27-29.] On avait proposé à Bossuet même de se charger de cette vie; lui seul, aux conditions qu’il pose, était de force à 1 exécuter, mais il ne le put à cause de sa plénitude d’occupations. Sa pensée principale était que chaque parti chercherait à tirer le saint abbé à soi, et qu’il fallait au contraire l imiter, en se tenant, comme il avait fait, dans l’éloignement de tous les partis. » (P. C. II, 68-69.) — Dans sa Lvme chronique parisienne (4 juin 1844), Sainte-Beuve écrivit : « Le Rance de Chateaubriand a été une déception; les articles de M. Vinet, très beaux et très respectueux, expriment avec discrétion ce sentiment de regret qu’ont éprouvé les personnes sérieuses. J’ai cité, dans mon article de la Revue des Deux-Mondes, un passage de Bossuet qui indique les conditions à remplir dans une biographie de Rancé, voici ce passage : « Je dirai mon sentiment sur la Trappe... [voir le texte ci-dessus, jusqu’à].,, que l’éloquence affectée. » (Chroniques parisiennes, p, 221.)

— Bossuet fut aussi pris, en quelque sorte, comme arbitre entre Boileau et Perrault. — Sainte-Beuve, dans un article sur Charles Perrault (29 décembre 1851), rappelle la longue querelle qu’eurent ces deux auteurs et l’embarras d’Arnauld, qui était l’ami de l’un et de l’autre et à qui Perrault venait d'envoyer son Apologie des Femmes, réplique à la Satire contre les Femmes de Boileau. Sainte-Beuve écrit : « On finit par s’en rapporter dans cette grave affaire à Bossuet lequel donna moins de tort à Perrault que ne l’avait fait Arnauld... » Et Racine conclut la réconciliation. (C. L. V, 272.)

— Sainte-Beuve a parlé de la Satire contre les Femmes, dans Port-Royal. « Cette Satire, dit-il, trouva des désapprobateurs, même parmi les chrétiens, et Bossuet l’estimait beaucoup moins irréprochable et moins édifiante que ne le faisait Arnauld. » Et il cite ce texte de Bossuet : « Les poètes et les beaux esprits chrétiens prennent le même esprit (que les Païens) : la religion n’entre non plus dans le dessein et dans la composition de leurs ouvrages que dans ceux des Païens. Celui-là s’est mis dans l’esprit de blâmer les femmes ; il ne se met point en peine s’il condamne le mariage, et s’il en éloigne ceux à qui il a été donné comme un remède; pourvu qu’avec de beaux vers il sacrifie la pudeur des femmes à son humeur satirique, et qu’il fasse de belles peintures d’actions bien souvent très-laides, il est content. » [(Bossuet, Traité de la Concupiscence, chap. XVIII.) (P, 52.)] ( Port-Royal , Y, 501-502.)

Mais 1 ’Epître de Boileau sur l’Amour de Dieu eut, au con-

NOTES

traire, le sufîrage de Bossuet. « On conçoit, en se plaçant au cœur du dogme, — écrit Sainte-Beuve, que cette Epitre XIIe enlevât Bossuet, qui avait trouvé à redire a la Satire contre les Femmes. Il y a un billet de lui à Renaudot (169o) où on lit : « Si je me fusse trouvé ici, monsieur, quand vous m’avez honoré de votre visite, je vous aurais propose le pèlerinage d’Auteuil avec M. l’abbé Boileau, pour aller entendre de la bouche inspirée de M. Despréaux, l’hymne celeste de l’Amour divin. » [Correspondance de Bossuet... (lettre du

2 mai 1695), VII, 75-76.] , „

« Despréaux, l'abbé Renaudot, l’abbe Boileau (de 1 Arcnevêché) dont il s’agit ici, voilà bien un groupe de Jansénistes honnêtes gens, de la fin, — entre Bossuet et M. de Noailles. » (Port-Royal, Y, 508-509.) Quelques pages après il est question de la récitation, par Boileau, de son Epitre, Bossuet étant présent. Bossuet, de même que l’archevêque de Pans, pressa Boileau de faire imprimer cette Epitre, tous deux « soutenant que tous les sermons du monde et toutes les dissertations théologiques ne pourraient jamais produire l'effet qu elle produira, principalement par cet apologue (la Prosopopee) qui jette un ridicule achevé sur le sentiment des attrition-

naires. » (P. 512.) , , ,

— Sainte-Beuve a parlé aussi de Bossuet a propos de Pascal. Au t. II de Port-Royal, dans un passage sur Pascal et Montaigne, il dit : « Dans un de ses sermons pour l’Avent, Bossuet parlant de la réforme morale du genre humain et des surhumaines difficultés qu’elle présente : «Aussi, dit-il, la philosophie l’a-t-elle tenté vainement. Je sais qu’elle a conservé de belles règles et qu’elle a sauvé de beaux restes du débris des connoissances humaines; mais je perdrais un temps infini si je voulois raconter toutes ses erreurs. » Et, du geste de Scipion entraînant le peuple au Capitole : « Allons donc rendre nos hommages à cette équité infaillible qui nous règle dans l’Evangile. J’y cours; suivez-moi... » [Sermon sur la divinité de la Religion (Sermons, 1, 244-245).] C’est ce que va dire Pascal, et non moins impétueux, après toutefois qu’il aura dénoncé et poussé à bout dans Montaigne le contre-pied d’Epictète. » (P. 386.)

Au t. III du même ouvrage : « Ce qu’on ne saurait trop remarquer... c’est que,, d’une part... les Provinciales sont censurées, mises à l’ Index à Rome, brûlées à Paris, et que, d’autre part, leurs conclusions triomphent irrésistiblement et qu’elles triomphent, non pas seulement dans le public, mais au sein des Pouvoirs de l’Etat; que les maximes des Casuistes jésuites, dénoncées par elles, sont incriminées par les Curés en corps, censurées par la Sorbonne elle-même, condamnées par plusieurs Papes, et avec une singulière énumération par Innocent XI en 1679; et que finalement l’Assemblée du Clergé de France de 1700, reprenant un dessein interrompu de l’Assemblée de 1682, qualifie et flétrit à l’unanimité, par l’organe de Bossuet, l’oracle gallican, les Propositions capitales de la morale relâchée. De ce côté, pour Pascal, le gain de cause est assez complet, ce semble, et il suffirait d’entendre les tempêtes de M. de Maistre à ce propos pour n’en pas douter. (De l’Eglise

NOTES

gallicane, liv. II, chap. xi.) Il est vrai que cette Assemblée de 1700, en atteignant aussi quelques Propositions du dogme janséniste, fit et voulut faire œuvre de juste milieu; mais le plus fort coup, et qui eut tout son retentissement, fut celui qui frappait sur la morale relâchée. C’est alors que Bossuet, au moment où il provoquait la censure en ce sens, s’avança jusqu’à dire : « Si, contre toute vraisemblance, et par des considérations que je ne veux ni supposer ni admettre, l’Assemblée se refusait à prononcer un jugement digne de l’Eglise gallicane, seul j’élèverois la voix dans un si pressant danger; seul je révélerois à toute la terre une si honteuse prévarication; seul je publierois la censure de tant d’erreurs monstrueuses. » C’est-à-dire, seul je reprendrais et pousserais l’œuvre des Provinciales, en vigilant Evêque que je suis.

« Ainsi le pur dogme janséniste échoue; cette haute reprise de l’idée de grâce au pied de saint Augustin et de saint Paul n’est pas agréée, et un vague nuage de Semi-Pélagianisme (comme diraient les nôtres), ou tout au moins une rédaction prudente, enveloppe et sauve les embarras de l’Eglise catholique gallicane, qui se sent comme pressée en cet endroit entre Calvin, d’une part, et le bon sens déjà philosophique de l’autre. Mais la réforme de Port-Royal dans la Pénitence est généralement admise; mais surtout la dénonciation morale contre les Casuistes ennemis obtient son plein effet; les ordures des Casuistes, comme les appelle encore Bossuet, sont rejetées hors du temple; les étables d’Augias sont vidées. A Pascal remonte la gloire de ce travail d’Hercule. On peut dire que, dans ce grand procès de la morale chrétienne gallicane, qui, gagné du premier jour, ne se jugea en dernier ressort qu’en 1700, si Bossuet tint finalement la balance, c’était Pascal qui avait apporté le glaive. » (P. 214-216.)

Quelques pages avant (p. 202), Sainte-Beuve avait rapporté une anecdote, souvent citée, dit-il, et « racontée par Voltaire ». « L’évêque de Luçon, fils du célèbre Bussi, m’a dit qu’ayant demandé à M. de Meaux quel ouvrage il eût mieux aimé avoir fait, s’il n’avait pas fait les siens, Bossuet lui répondit : « Les Lettres Provinciales... » (Le siècle de Louis XIV, chap. xxxn : des Beaux-Arts ; édit. Garnier frères, in-12; p. 402.) Voilà ce qu’on peut appeler des couronnes. » En note Sainte-Beuve ajoute cette remarque : « Cet évêque, le plus aimable des hommes de Cour, avait le travers d’être le plus moliniste des prélats : et il y aurait à soupçonner Bossuet de lui avoir voulu faire une malice dans sa réponse, si telle chose que la malice pouvait s’associer à l’idée de Bossuèt. »

— Au sujet des Pensées' de Pascal, Sainte-Beuve dit : « Image d’un homme qui s’est lassé de chercher Dieu par le seul raisonnement, et qui commence à lire l’Ecriture, — c’est la seconde et magnifique ouverture du plan de Pascal, la seconde Genèse, et celle qui mène directement à la vie. Pascal fait encore parcourir à son homme en peine, et qui commence à saisir quelques lueurs d’espoir, divers endroits du même livre. » Suit cette citation de la Préface d’Étienne Périer : « Il lui faut prendre garde qu’il n’y est plus parlé de l’homme

que par rapport à cet état de faiblesse et de désordre; qu’il y est dit souvent que toute chair est corrompue, que les hommes sont abandonnés à leurs sens, et qu’ils ont une pente au mal dès leur naissance. Il lui fait voir encore que cette première chute est la source non seulement de tout ce qu’il y a de plus incompréhensible dans la nature de l'homme, mais aussi d’une infinité d’effets qui sont hors de lui et dont la cause lui est inconnue. Enfin, il lui représente l’homme si bien dépeint dans tout ce livre, qu’z'Z ne lui paraît plus différent de la première image qu’il lui en a tracée. » Sainte-Beuve reprend : « Ceci est capital; voilà le cercle qui se rejoint; voilà l’anneau moral du livre saint qui rejoint l’anneau moral de cet autre livre, le cœur de l’homme. Nous n’avons malheureusement pas tout ce développement de Pascal, cette exégèse morale de l’Ancien Testament; mais bien qu’il n’ait pu être indifférent d’entendre passer par sa bouche la morale de Moïse, de David, de Salomon, avec je ne sais quoi de la voix plus douce d’un .Joseph, on y supplée aisément pour le fond. Son neveu Etienne Périer nous a donné avec précision l’enchaînement. » Sainte- Beuve a ajouté, en note : « Relire dans la préface d’Etienne Périer la suite du passage précédent : « Ce n’est pas assez d’avoir fait connaître, etc... » — Bossuet semble s’être chargé de remplir cette lacune laissée chez Pascal, en ébauchant dans sa ni6 et [sq] ive Elévation de la septième semaine, les misères morales de l’homme déchu; il y prend pour texte le chapitre xLe de Y Ecclésiastique. Je renvoie le lecteur à ses grandes pages : « Le déluge des eaux n’est venu qu’une seule fois, celui des afflictions est perpétuel et inonde toute la vie dès la naissance... Il est enfant d’Adam, voilà son crime. C’est ce qui le fait naître dans l’ignorance et dans la faiblesse, ce qui lui a mis dans le cœur la source de toutes sortes de mauvais désirs; il ne lui manque que la force pour les déclarer... » [Elévations à Dieu... p. 167 et 168.] C’est en ces termes approchants que Pascal aurait amené l’homme à se reconnaître au moral dans l’Écriture comme en un plein miroir, et, confondu de la ressemblance, à s’écrier : Ce livre est le vrai ! » ( Port- Royal , III, 443-444.)

— Sainte-Beuve a aussi parlé de Bossuet, à propos de Pascal, à deux endroits de sa critique. D’abord dans un article sur les Pensées et fragments de Lettres de Biaise Pascal (1er juillet 1844), où il dit : « Chacun porte dans sa philosophie et sa théologie son humeur, ce qu’on oublie trop. Pascal avait l’humeur inquiète et mélancolique : de là son coup d’œil un peu visionnaire. Bossuet avait l’humeur calme : de là en partie sa sérénité de coup d’œil. Et cela indépendamment de la grandeur de leurs esprits et de la nature des idées. » (P. C. Y, 215.)

— Puis, dans un article sur l’édition Havet des Pensées de Pascal (29 mars 1852). Il y écrit : « Je me suis donné, pour varier cette lecture de Pascal, la satisfaction de relire tout à côté quelques pages de Bossuet et de Fénelon. J’ai pris Fénelon dans le traité de l’Existence de Dieu, et Bossuet dans le traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même ; et, sans chercher à approfondir la différence (s’il en est) de la doctrine, j’ai

NOTES

senti avant tout celle des caractères et des génies. » Suivent les quelques pages sur le traité de l’Existence de Dieu que nous avons recueillies à la note 515 3°; puis vient le passage suivant sur Bossuet : « Avec Bossuet le contraste de la méthode ne serait pas moins frappant. Quand même dans son traité de la Connaissance de Dieu, le grand prélat ne s’adresserait pas au jeune Dauphin, son élève, et quand il parlerait à un lecteur quelconque, il ne ferait pas autrement. Bossuet prend la plume, et il expose avec tranquillité les points de doctrine, la double nature de l’homme; la noble origine, l’excellence et l’immortalité du principe spirituel qui est en lui, et son lien direct avec Dieu. Bossuet professe comme le plus grand des évêques; il est assis dans sa chaire, il y est appuyé. Ce n’est pas un inquiet et un douloureux qui cherche, c’est un maître qui indique et confirme la voie. Il démontre et développe toute la suite de son discours et de sa conception sans lutte et sans effort; il ne souffre point pour prouver. Il ne fait en quelque sorte que promulguer et reconnaître les choses de l’esprit en homme sûr qui n’a pas combattu, depuis longtemps les combats intérieurs; c’est l’homme de toutes les autorités et de toutes les stabilités qui parle, et qui se plaît à considérer partout l’ordre ou à le rétablir aussitôt par sa parole. Pascal insiste sur le désaccord et sur le désordre inhérent, selon lui, à toute nature. Là où l’un étend et déploie l'auguste démarche de son enseignement, lui, il étale ses plaies et son sang, et dans ce qu’il a de plus outré, il est plus semblable à nous, il nous touche encore.

« Ce n’est pas que Pascal se mette complètement de pair avec celui qu’il ramène et dirige. Sans être évêque ni prêtre, il est lui-même sûr de son fait, il sait à l’avance son but, et laisse assez voir sa certitude, ses dédains, son impatience; il gourmande, il raille, il malmène celui qui résiste et qui n’entend pas : mais tout d’un coup la charité ou le franc naturel l’emportent; ses airs despotiques ont cessé; il parle en son nom et au nom de tous et il s’associe à l’âme en peine qui n’est plus que sa vive image et la nôtre aussi.

« Bossuet ne repousse point les lueurs ni les secours de l’antique philosophie, il n’y insulte point; selon lui, tout ce qui achemine à l’idée de la vie intellectuelle et spirituelle, tout ce qui aide à l’exercice et au développement de cette partie élevée de nous-mêmes, par laquelle nous sommes conformes au premier Etre, tout cela est bon, et toutes les fois qu’une vérité illustre nous apparaît, nous avons un avant-goût de cette existence supérieure à laquelle la créature raisonnable est primitivement destinée. Dans son magnifique langage, Bossuet aime à associer, à unir les plus grands noms, et à tisser en quelque sorte la chaîne d’or par laquelle l’entendement humain atteint au plus haut sommet. Il faut citer ce passage d’une souveraine beauté : « Qui voit Pythagore ravi d’avoir trouvé les carrés des côtés d’un certain triangle, avec le carré de sa base, sacrifier une hécatombe en actions de grâces ; qui voit Archimède, attentif à quelque nouvelle découverte, en oublier le boire et le manger; qui voit Platon célébrer la félicité de fceux qui

NOTES

contemplent le beau et le bon, premièrement dans les arts, secondement dans la nature, et enfin dans leur source et dans leur principe, qui est Dieu ; qui voit Aristote louer ces heureux moments où l’àme n’est possédée que de l’intelligence de la vérité, et juger une telle vie seule digne d’être éternelle, et d’être la vie de Dieu; mais (surtout) qui voit les Saints tellement ravis de ce divin exercice de connaître, d’aimer et de louer Dieu, qu’ils ne le quittent jamais, et qu’ils éteignent, pour le continuer durant tout le cours de leur vie, tous les désirs sensuels; qui voit, dis-je, toutes ces choses, reconnaît dans les opérations intellectuelles, un principe et un exercice de vie éternellement heureuse. » [De la Connaissance de Dieu et de soi-même, p. 256-257.] Ce qui porte Bossuet à Dieu, c’est plutôt le principe de la grandeur humaine que le sentiment de la misère. Il a une contemplation qui s’élève graduellement de vérité en vérité, et qui n’a pas à se pencher sans cesse d’abîme en abîme. Il vient de nous peindre cette jouissance spirituelle du premier ordre, qui commence par Pythagore et par Archimède, qui passe par Aristote, et qui arrive et monte jusqu’aux Saints; il semble lui-même, en l’envisageant dans ce suprême exemple, n’avoir fait que monter un degré de plus à l’autel.

« Pascal ne procède point ainsi : il tient à marquer davantage, et d’une manière infranchissable, la différence des sphères. Il méconnaît ce qu’il pouvait y avoir de graduel et d’ acheminant au christianisme dans la philosophie ancienne... Mis en regard de Bossuet, Pascal peut offrir au premier regard des duretés et des étroitesses de doctrine qui nous choquent. Non content de croire avec Bossuet et Fénelon, et avec tous les chrétiens, à un Dieu caché, il aime à insister sur les caractères mystérieux de cette obscurité; il se plaît à déclarer expressément que Dieu « a voulu aveugler les uns et éclairer les autres ». (Cf. Pensées, article VIII, 578; p. 228.] Il va se heurter par moments, s’aheurter (c’est son mot) aux écueils qu’il est plus sage à la raison, et même à la foi, de tourner que de découvrir et de dénoncer à nu; il dira, par exemple, des prophéties citées dans l’Evangile : « Vous croyez qu’elles sont rapportées pour faire croire. Non, c’est pour vous éloigner de croire. » [Pensées, article VIII, 568; p. 225.] 11 dira des miracles : « Les miracles ne servent pas à convertir, mais à condamner. » [ Op . cit., article XIII, 825; p. 311.] Comme un guide trop intrépide dans une course de montagnes, il côtoie exprès les escarpements et les précipices; on croirait qu’il veut braver le vertige. Pascal, contrairement à Bossuet, se prend aussi d’affection pour les petites Églises, pour les petits troupeaux réservés d’élus, ce qui mène à la secte : « J’aime, dit-il, les adorateurs inconnus au monde et aux Prophètes mêmes. » [Op. cit., article XII, 788, p. 301.] Mais, à côté, et au travers de ces duretés et de ces aspérités du chemin, que de paroles perçantes 1 que de cris qui nous touchent 1 que de vérités sensibles à tous ceux qui ont souffert, qui ont désiré, perdu, puis retrouvé la voie, et qui n’ont jamais voulu désespérer ! « Il est bon, s’écrie-t-il, d’être lassé et fatigué par l’inutile recherche du vrai bien, afin de

NOTES

tendre les bras aux libérateurs. [Op. cit., article VI, 422, p. 177.] On n’a jamais mieux fait sentir que lui, ce que c’est que la foi; la foi parfaite, c’est « Dieu sensible au cœur, non à la raison. — Ou’il v a loin, dit-il, de la connaissance de Dieu à l’aimer ! » \Op. cit., article IV, 278; p. 145.] (C. L. V, 528, et 531-535.

Sainte-Beuve a parlé encore de Pascal a propos de

V Histoire universelle de Bossuet; voir sur ce point la note 196,

4° et 5°.

Notons enfin cette opinion de Bossuet sur le style de

Port-Royal. Sainte-Beuve la rapporte dans son t. IV (p. 133) : « Bossuet quelque part a dit : « Les livres et les préfacés de Messieurs de Port-Royal sont bons à lire, parce qu il y a de la gravité et de la grandeur; mais comme leur style a peu de variété, il suffit d’en avoir vu quelques pièces ». Bossuet n aurait pas dit cela des livres et du style de M. Hamon, qui tranchent sur l’uniformité de ces autres messieurs. »

115 Sainte-Beuve a, dans ses articles sur Bossuet, parle surtout des Sermons. Aux quelques remarques sur les Oraisons funèbres que l’on vient de lire, on en peut ajouter quelques autres qu’il a faites, incidemment, dans d’autres articles

1» Dans son portrait de Mme de Longueville (1er août 1840), il est amené à parler de l’oraison funèbre d Anne de Gonzague de Clèves, princesse Palatine. Il écrit : « Pourquoi Bossuet n’a-t-il pas célébré de Longueville comme il a iait cette

autre princesse pénitente, dont il prononçait 1 oraison funebie dans l’église de ces mêmes Carmélites du faubourg Saint- Jacques [le 9 août 1685], M. le Prince, qui lui demanda cet éloquent office pour la mémoire de la Palatine, n eut pas 1 idee, à ce qu’il paraît, quelques années auparavant, de lui exprimer le même désir à l’égard de sa sœur. En jugea-t-il l’accomplissement par trop impossible dans cette bouche retentissante . Les difficultés, en effet, étaient grandes; la pemtence meme de Mme de Longueville avait garde quelque chose de rebelle, Bossuet n’aurait pu dire ici bien haut, comme de la princesse Palatine : « Sa foi ne fut pas moins simple que naïve. Dans les fameuses questions qui ont troublé en tant de manières le repos de nos jours, elle déclaroit hautement quelle n avoit d’autre part à y prendre que celle d obéir a 1 Eglise. » [Or. funèb., I 130.] Port -Royal eût été un écueil plus périlleux a toucher aue la1 Fronde; on aurait pu encore, dans 1 arrière-fond, faire jusqu’à un certain point, vaguement pressentir M. de La Rochefoucauld, ou M. de Nemours, mais non pas M. Singlm.

(, Comme pourtant quelques traits du puissant orateur auraient fixé dans une majesté gracieuse, cette figure d éblouissante Dnguêur ce caractère d’ingénieuse et séduisante faiblesse d’une faiblesse qui ne fut jamais p us agissante que auand elle était plus subjuguée ! Comme elle se fut admirablement dessinée dans ce même fond de tempêtes et de tourb fffins civils où il a jeté pt détaché l’autre princesse 1 On connaît cette’ grande page' sur la Fronde, on ne la saurait tiop rouvrir fv renvoie. » Et, en note, Sainte-Beuve indique le passage; « depuis, dit-il, ces mots : « Pour la plonger entière-

NOTES

ment dans l’amour du monde... » jusqu’à cette phrase : « O éternel Roi des siècles, voilà ce qu’on préfère, voilà ee qui éblouit les âmes qu’on appelle grandes. » [Or. funèb. I, 112-114.] Puis, il conclut : « Il ne l’eût pas écrite autrement pour cette oraison funèbre absente, qui est un de mes regrets. » (P. F. 331- 332.)

2° Sainte-Beuve vient de rappeler le fameux morceau de Bossuet sur la Fronde. On peut noter ici que, dans son article intitulé : Connaissait-on mieux la nature humaine au XVIIe siècle après la Fronde qu’au XVIIIe avant et après 1789? (22 septembre 1862), marquant quel effet eurent sur les écrivains qui en furent les témoins les désordres de cette Fronde, il écrit, de Bossuet : « Bossuet n’a si bien peint, dans leur ensemble moral du moins, et dans leur aspect terrible et majestueux, les grands orages d’Angleterre qu’il n’avait pas vus et dont le sens politique lui échappait, que parce qu’il avait observé de près chez nous ces temps d’ébranlement où toutes les notions du devoir sont renversées, et où les meilleurs perdent la bonne voie. » (N. L. III, 228.)

Ces grands orages de l’Angleterre, Bossuet les a peints dans l’oraison funèbre de la reine d’Angleterre, Marie-Henriette de France. Sainte-Beuve a parlé de cette oraison, dans un article de Mme de Motteville (1er décembre 1851) où il fait entre cet auteur et Bossuet le rapprochement que voici : « La reine d’Angleterre, si magnifiquement célébrée par Bossuet nous a été peinte plus familièrement par madame de Motteville, qui l’avait beaucoup connue; et, cette fois, c’est elle qui met à cette figure, solennisée dans l’oraison funèbre, le grain de réalité. » (C. L. V, 176.)

Sainte-Beuve a parlé encore de cette oraison funèbre dans Port-Royal, où il rappelle une lettre de M. Le Camus, qui, dit-il, « nous apprend que la reine Henriette d’Angleterre est morte sans sacrement, ce que, — dit-il encore, — l’Oraison funèbre de Bossuet a traduit et enveloppé de la sorte : «... Elle étoit si bien préparée que la mort n’a pu la surprendre, encore qu’elle soit venue sous l’apparence du sommeil. » [Or. funèb., I, 33.] Sainte-Beuve ajoute : « La vérité est presque toujours couverte d’une draperie ou d’un voile. Ce que nous nous efforçons de faire ici, c’est de la découvrir et de l’apercevoir, à travers quelques trous pratiqués çà et là dans le rideau. » (IV, 537 n.)

3° Il y avait déjà un rapprochement du même genre, à propos de l’Oraison funèbre du prince de Condé, dans l'article du 10 février 1851, sur Bussy-Rabutin. Bussy-Rabutin raconte que, la veille de la bataille des Dunes, Turenne dormit à peine ; « car, dit-il, j’ai trop bonne opinion de lui pour croire qu’ayant une bataille à donner six heures après, où sa vie était la moindre chose dont il s’agît, il pût dormir aussi tranquillement que si le lendemain il n’eût eu rien à faire. Et quand on nous vient conter que, le jour de la bataille d’Arbelles, on eut peine à réveiller Alexandre, je crois que, si cela fut, il faisait semblant de dormir par vanité ou qu’il était ivre. Pour moi, qui suis naturel [souligné par Sainte-Beuve], je

NOTES

ne dormis qu’une heure. Après qu’on m’eut réveillé je ne pus me rendormir... » [ Mémoires de Bussy-Rabutin, nouvelle édition avec préface et notes par M. Ludovic Lalanne, II, 60. (Flammarion, 1882.)] On sait bien en quoi le Turenne de Bussy ne ressemble point au Condé de l’Oraison funèbre, duquel Bossuet dit, avant Rocroy : « On sait que le lendemain, a l’heure marquée, il fallut réveiller d’un profond sommeil cet autre Alexandre. » [Or. funèb. I, 185.] Je laisse à ceux qui ont eu l’honneur de se trouver à pareille fête, à côté des héros, le soin de décider lequel des deux récits leur paraît le plus voisin de la vérité. » (C. L. III, 369.)

4° Autre rapprochement de ce genre encore dans un article sur l’abbé de Saint-Pierre (5 août 1861). Celui-ci au sujet de Michel Le Tellier. Sainte-Beuve y dit : « Bossuet pourtant s’oublie dans une Oraison funèbre jusqu’à faire de 1 ancien secrétaire d’Etat Le Tellier, de cet homme d’esprit doucereux et fin, une majestueuse figure de chef de justice et un pendant de L’Hôpital, on n’est pas fâché d’entendre 1 abbe de Saint- Pierre réduire la figure à ses justes proportions... » (L. L. XV,

5° Dans un article du 19 juillet 1852 sur Madame, duchesse d’Orléans, il est parlé de la mort de cette princesse et de son oraison funèbre prononcée par Bossuet; quand Madame tut nrès de mourir, elle se confessa au docteur Feuillet, chanoine de Saint-Cloud, « grand rigoriste >-. Puis : « On était allé chercher en toute hâte à Paris M. de Condom, Bossuet. Le premier courrier ne le trouva point chez lui; on en dépêcha un second et un troisième. Elle était à l’extrémité, elle venait de prendre le dernier breuvage quand il arriva. Ici la Relation du sevère docteur Feuillet change de ton et s’émeut sensiblement . « Elle fut aussi aise de le voir, dit-il, comme il fut afflige de la trou\er aux abois. Il se prosterna contre terre et fit une prière qui me charma ; il entremêlait des actes de foi, de confiance et d amour. » \Récit de ce qui s’est passé « à la mort chrétienne de Son Altesse Rouale Henriette- Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans », par M. Feuillet... p. 13. (Paris, 1686, in 4».)]

« Prière de Bossuet prosterne a genoux au lit de mort de Madame, épanchement naturel et prompt de ce grand cœur attendri, vous fûtes le trésor secret où il puisa ensuite les grandeurs touchantes de son Oraison funebre, et ce que le monde admire n’est qu’un écho retrouve de ces accents qui jaillirent alors à la fois et se perdirent au sein de Dieu avec

gerComnm Bossuet achevait de parler, ou pendant même qu’d i ^ ? m — ...... 1 ■ . ï Hnnniar miplrme chose dont elle

s app avait

politesse de son

esprit ■ « Donnez à M. de Condom, lorsque je serai morte, 1 emeraude que i’avals fait faire pour lui. » C’est ce dont Bossuet sS souvenu dans l’Oraison funèbre : « Cet art de donner agréablement au’ elle avait si bien pratique durant sa vie.

NOTES

l’a suivie, je le sais, jusque dans les bras de la mort. » [Or. funèb., I, 60.] (C. L. VI, 316.)

— Sur l’oraison funèbre de la princesse Palatine, v. la n. 140.

116. Le titre de cet article et des deux suivants est Mémoires el Journal de l’abbé Le Dieu, sur la Vie et les Ouvrages de Bossuet, publiés pour la première fois par l’abbé Guettée. Les deux premiers volumes, ainsi que Sainte-Beuve le rappelait dans une note, venaient de paraître chez Didier, quai des Augustins.

117. « Bossuet, en maint de ses beaux endroits, a bien souvent imité ou simplement traduit Chrysostome. » (Port- Royal, I, 404.)

Page 1