Mémoires et Journal de l’abbé Le Dieu, I
137. Sur Bossuet précepteur du Dauphin, voir les articles de 1865, p. 121 et 143-144.
138. « Bossuet, dans une Instruction sur le style oratoire, a écrit : « Les poètes aussi sont de grand secours. Je ne connais que Virgile et un peu Homère. » (Article sur Pierre de Ronsard, 20 octobre 1855; C. L. XII, 80.) Cf. Sur le style et la lecture des Ecrivains et des Pères de l’Eglise (Œuv. complètes de Bossuet.... Bar-le-Duc, 1863; IV, 440.)
139. Cf. Mémoires et Journal de l’abbé Le Dieu, I, 168; — et Horace : Satires, II, iv. (Édition Garnier frères, p. 257.)
140. A un endroit de Port-Royal, Sainte-Beuve dit de M. de Harlay de Champvallon, archevêque de Rouen, puis de Paris, « et l’homme qui servit le plus efficacement Louis XIV pendant la plus grande partie de son règne, dans le gouvernement de clergé et dans sa politique ecclésiastique, » que ce prélat « avait la connaissance pratique des hommes et du maniement des assemblées, » tandis que « Bossuet donnait les théories et les doctrines ». (IV, 111.)
A un autre endroit, Sainte-Beuve avait écrit : « Il m’est échappé, une fois, de dire du grand règne qu’il m’apparaissait comme un pont magnifique, orné d’admirables statues. Cette image est surtout vraie si on l’applique aux idées : elles ont traversé ce pont et passé dessous, pour reparaître aussitôt après et plutôt grossies. On conçoit donc le cri d’alarme des Chrétiens vigilants; et ce qui m’étonne même, dans un autre sens, c’est l’espèce de tranquillité avec laquelle Bossuet, installé dans sa chaire d’évêque à l’époque la plus solennelle, du grand règne, et comme au milieu du pont, paraît considérer l’ensemble des choses et l’accepter pour stable, sans entendre dessous (lui prophète) ou sans dénoncer du moins la voix des grandes eaux. Dans ces sublimes Oraisons funèbres de Condé et de la Palatine, il ht comme avaient fait les héros vaillants qu’il célébrait : il recouvrait d’un voile sacré l’incrédulité première et profonde; il entonna le Te Deum de triomphe sur des tombeaux. » Puis cette note : « On m’oppose (et j’aime à constater l’objection) quelques passages très significatifs de Bossuet, l’un tiré de l’Oraison même de la Palatine, et où il apostrophe le siècle comme trop raisonneur et philosophique : « Siècle vainement subtil, où l’on veut pécher avec raison, où la faiblesse veut s’autoriser par des maximes, où tant d’âmes
insensées cherchent leur repos dans le naufrage, etc. » [Or. funèb., I, 138] et les autres tirés de ses Sermons, et qui semblent attester particulièrement une longue prévoyance. Ainsi, dans le sermon pour le second dimanche de l’Avent, sur la Divinité de la Religion, lequel fut prêché à la Cour, Bossuet s’élève contre ces esprits libertins et railleurs qui croient trancher d’aussi sérieuses questions par des demi-mots et des branlements de tête, puis il ajoute : « Mais c’est assez combattre ces esprits profanes et témérairement curieux. Ce n’est pas le vice le plus commun, et je vois un autre malheur bien autrement universel dans la Cour. Ce n’est point cette ardeur inconsidérée de vouloir aller trop avant; c’est une extrême négligence de tous les mystères. Qu’ils soient ou qu’ils ne soient pas, les hommes trop dédaigneux ne s’en soucient plus, et n’y veulent pas seulement penser; ils ne savent s’ils croient ou s’ils ne croient pas, tout prêts à vous avouer ce qu’il vous plaira, pourvu que vous les laissiez agir à leur mode et passer la vie à leur gré... Ainsi je prévois que les libertins et les esprits forts pourront être décrédités, non par aucune horreur de leurs sentiments, mais parce qu’on tiendra tout dans l’indifférence, excepté les plaisirs et les affaires. » [Sermons, I, 243-244.] Ce remarquable passage, qui semble prophétiser l’indifférence finale, tenait toutefois très peu compte, on le voit, de la crise menaçante et de l’assaut violent qui s'apprêtait; on dirait que le coup d’œil de Bossuet saute par-dessus Voltairej Dira-t-on que, s’il ne prévoyait pas cela en particulier, il était d’avance préparé à tout; lui qui, dans son sermon sur l’Eglise, la faisait parler avec un si admirable et si sublime langage? « Mes enfants, je ne m’étonne pas de tant de traverses, j’y suis accoutumée dès mon enfance. Ces mêmes ennemis qui m’attaquent, m’ont déjà persécutée dès ma jeunesse... Regarde mon antiquité, considère mes cheveux gris ! Ces cruelles persécutions dont on a tourmenté mon enfance, m’ont-elles empêchée de parvenir à cette vénérable vieillesse? Si c’était la première fois, j’en serois peut-être troublée : maintenant la longue habitude fait que mon cœur ne s’en émeut pas. » \Sermons, 1, 712.] En ce sens, Bossuet aurait dit en quelque sorte au xvme siècle : « Je te connais d’avance; je t’ai déjà vu dans le passé. Pourtant, ce Siècle, dans sa guerre contre le Christianisme, devait avoir des caractères imprévus et tout nouveaux; or, ce sont justement ces signes qui me paraissent avoir échappé au grand Evêque de la monarchie. — Enfin, à la veille de sa mort; il ne pensait qu’à donner ses Ecrits sur la Grâce et à réfuter le cardinal Sfondrate. Eh ! il s’agissait bien alors de Sfondrate 1 » (Port- Royal, III, 304-306.)
141. Dans son portrait de Joseph de Maistre (juillet-août 1843), Sainte-Beuve écrivait : « Un fait positif et piquant, c’est que, dans ce terrible ouvrage du Pape, beaucoup de choses ont été (qui le croirait?) adoucies, plus d’un trait relatif à Bossuet, par exemple. » Ces adoucissements furent dus à l’influence de M. Déplacé, de Lyon. (Port. Litt.. II. 446.)
Un peu plus loin (p. 447) : " C’est dans ce fameux pamphlet
xvir siècle. Ecrivains et orateurs religieux.
NOTES
[de l’Eglise gallicane dans- son rapport avec le Souverain Pontife] qu’il s’attaque plus expressément à Bossuet et à Pascal, à Port-Royal et au Jansénisme. »
Dans un Appendice à ce volume, Sainte-Beuve écrivait encore à ce propos des adoucissements de J. de Maistre : « Nous avions dit que plusieurs passages relatifs à Bossuet avaient été adoucis sur le conseil de M. Déplacé; une lettre de M. de Maistre au curé de Saint-Nizier (22 juin 1819) en fait foi ; « J’ai toujours prévu que votre ami appuierait particulièrement la main sur ce livre V (qui est devenu l’ouvrage sur l 'Eglise gallicane). Je ferai tous les changements possibles, mais probablement moins qu’il ne voudrait. A l’égard de Bossuet, en particulier, je ne refuserai pas d’affaiblir tout ce qui n’affaiblira pas ma cause. Sur la Défense de la Déclaration, je céderai peu, car, ce livre étant un des plus dangereux qu’on ait publiés dans ce genre, je doute qu’on l’ait encore attaqué aussi vigoureusement que je l’ai fait. Et pourquoi, je vous prie, affaiblir ce plaidoyer? Je n’ignore pas l’espèce de monarchie qu’on accorde en France à Bossuet, mais c’est une raison de l’attaquer plus fortement. Au reste, monsieur l’abbé, nous verrons. Si M. Déplacé est longtemps malade ou convalescent, je relirai moi-même ce Ve livre, et je ne manquerai pas de faire disparaître tout ce qui pourrait choquer. J’excepte de ma rébellion l’article du jansénisme. Il faut ôter aux jansénistes le plaisir de leur donner Bossuet: Quanquam, o... I » [Œuv. compl. de J. de Maistre, XW, 178.] (P. 516-517.)
142. Quintilien : Institution oratoire, liv. X, chap. I, Œuvres, édition Garnier frères, III, 150.