Op . cit., III, 606-609; titre : Sur Massillon
576. Ces petits points signalent une suppression. Voici le passage supprimé : « L’état général de la prédication à cette lin du siècle est très bien donné dans cette même lettre par M, Vuillart, au point de vue janséniste, mais avec le désir d’être impartial :
« Les Jésuites sont fort humiliés ici de leur petit nombre de prédicateurs et de leur médiocrité de talent, pendant que l’Oratoire en fournit tant de si habiles. On ne parle que du seul Père Gaillard (jésuite) qui fasse quelque figure à Saint- Jacquesde-la-Boucherie. Encore a-t-il eu d’abord si peu d’auditeurs que le curé de la paroisse s’en plaignoit au prône et recommandoit avec insistance à ses paroissiens de le venir entendre, comme un de nos grands vicaires m’en a assuré. On auroit beau le recommander dans le voisinage de Saint-Jean, où prêche le Père Hubert, et de Saint-Gervais, où le Père Massillon brille de plus en plus, on l’abandonneroit comme est abandonné le jésuite de Saint-Nicolas-des-Champs, si le public n’avoit pour lui quelque reste de prévention favorable. Il est certain qu’il a bien du bon, et plus que ses confrères. Sa morale n’est pas relâchée. C’est celui des Jésuites, avec le Père de La Rue, qui prêche le mieux. Le Père Bourdaloue ne prêche plus que rarement. Massillon suffira,... » etc.
577. Dans son article du 31 octobre 1864 sur le Journal et les Mémoires de Mathieu Marais, Sainte-Beuve écrit : « Ce n’était pas un sectateur du style raffiné ni un écrivain néologique que Massillon, un des beaux noms littéraires de la Régence. Il n’obtient pourtant pas entièrement grâce aux yeux de Marais. Notre avocat est injuste envers le grand et l’aimable orateur; il le juge un peu à la légère et d’après les on-dit. Nous citerons pourtant le passage, parce que 1 ou revient à s’occuper de Massillon aujourd’hui, qu’un savant abbé prépare une édition, la première exacte de ses Sermons f C’est l’édition de l’abbé Blampignon mentionnée à la note 516. j et parce que la biographie de l’éloquent prélat sera nécessairement remise sur le tapis. C’est à propos de 1 établissement d’une Chambre ecclésiastique dont Massillon est nommé membre, que Marais dit de lui (novembre 1720) :
i Ce Père Massillon, à présent évêque, a prêché pendant vingt ans à Paris avec un applaudissement extraordinaire, an le regardait comme un apôtre; mais on reconnaît à pré-
NOTES
sent que c’était un faux apôtre et un déclamateur qui a joué la religion. J’y ai été trompé comme les autres et séduit par son bel esprit et son exacte prononciation qui pénétrait l’âme. Il y a quelques années qu’on fit courir le bruit d’une galanterie qu’il avait eue avec la marquise de L’Hôpital. Ses amis disaient que c’était une calomnie; mais feu Mme la Dauphine (la duchesse de Bourgogne), qui en était bien informée et qui avait une lettre de ce commerce, assura la Cour de la vérité de l’histoire, et on en fit des chansons qui ont passé avec le temps. A présent, cela se renouvelle; il s’est poussé à la Cour; il a prêché devant le Roi de jolis petits sermons courts, polis et gracieux; on lui a donné un évêché, et aussitôt on a vu le père de l’Oratoire plus jésuite qu’un jésuite même et tout à fait dans l’intrigue de la Constitution. » [Journal et Mémoires de Mathieu Marais publiés par M. de Lescure, Paris, 1863, I, 487-489.]
« Tout cela est injuste et forcé. Je crois l’avoir dit ailleurs, l’explication morale qu’il convient de donner de Massillon me paraît plus simple. Ce talent admirable d’orateur moraliste et tendre, cette âme charmante, virgilienne et racinienne, ce panégyriste de la Madeleine repentie, après une première saison d’austérité et de ferveur, s’était apaisé comme il est naturel, s’était même attiédi du côté de la foi et était arrivé, sur la fin, à plus de sagesse humaine peut-être que divine. Je ne suis pas assez janséniste pour lui jeter la pierre.» (N. L. IX, 53-54.)