La bataille d'Aliscaiis (xii'= siècle
Dans cette Chanson de geste, la plus célèl)re du cycle de Guillaume d'Orange, le trouvère nous fait assister à la défaite de rarmée chrétienne parles Sarrasins, dans les plaines dAliscans lèpres d'Orange). Guillaume voit périr autour de lui ses meilleurs chevaliers, et son neveu le jeune Vivien ; resté seul, pour échapper aux ennemis, il se déguise en Sarrasin et fuit vers les remparts d'Orange. Mais là, sa femme, Guibourc, refuse de lui ouvrir les portes, et le renvoie au combat. — Nous donnons la traduction littérale de ce passage, un des plus originaux de notre vieille poésie.
Guillaume vient à la porte ; il appela le portier ; à haute voix il commença à crier : « Ouvre la porte, laisse le pont glisser; hàte-toi, frère, beaucoup en ai jj^rand besoin. » Quand le portier Tentendit ainsi presser, sur la tourelle il est allé s'appuyer ; il ne reconnut pas son coursier couleur de fer ni l'enseigne qu'il vit ilotter, ni le vert heaume, ni Técu à quartiers; il pensa qu'il fût quelqu'un de la nation ennemie, qui les voulait trahir et tromper. 11 dit à Guillaume : « Or, tirez-vous arrière, si d'un seul petit pas je vous vois approcher davantage, je vous donnerai tel coup sur ce heaume vergé ', que du cheval je vous ferai trébucher. Allez-vous-en, traitre trompeur ; Guillaume doit revenir de TArchant ^, pensez-vous maintenant que nous soyons bergers? '^ » Le comte dit : « Ami. ne t'émeus. Je suis Guillaume, le marquis au visage lier. Morts sont mes hommes, je n'y ai nul remède ; ils sont tués et hachés. » Dit le portier: « Un instant attendez. » De la tourelle il est très vite descendu, il \int à Guibourc,très haut s'est écrié : « Noble comtesse, hàtez-