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grince, mais ne se brise ni ne s ébrèolie. Quand lioland voit qu'il ne peut briser son épée, en soi-même il commence à la plaindre : « Eh ! Durandal, comme tu es claire et blanche 1 .\u soleil comme tu luis et flamb(')ies I Charles était aux vallons de Maurienne ^, quand Dieu cui ordonna du ciel par un an^'e, qu'il te remit à un comte capitaine ; alors le gentil roi, le g-rand roi, me la lei^nit. Avec elle, je lui conquis TAnjou et la Bretagne, je lui conquis le Poitou et le Maine
(Roland continue h énumérer toutes les conquêtes qu'il a faites pour Charlemagne . )
Roland frappe sur une pierre brune : il en abat plus {(ue je ue pourrais vous dire. L'épée g^rince, mais ne se brise ni ne se rompt . Elle rebondit vers le ciel. Quand le comte voit quil ne la brisera pas, tout doucement il la plaint en lui-même. « Eh ! Durandal. comme tu es belle et sainte I Dans ton pommeau doré il y a bien des reliques. Il y a une dent de saint Pierre et du sang de saint Basile, et des cheveux de monseigneur saint Denis, et du vêtement de sainte Marie ; il n'est pas juste que les païens te possèdent, c'est par des chrétiens que tu dois être servie. Ne tombe pas aux mains d'un lâche 1 »
Roland sent que la mort va le saisir; de la tète elle lui descend sur le cœur. En courant il va sous un pin, sur l'herbe verte il se couche la face contre terre ; sous lui, il met son épée et son olifant. Il tourne sa tête vers la nation païenne, et s'il le fait, c'est qu'il veut , en vérité, que Charles dise ainsi que tous les Français, cpi'il est mort, le noble corrite, en conquérant.
Le comte Roland sest étendu sous un pin ; vers \\ispagne il a tourné son visage. De plusieurs choses il se met à se souvenir : de tout le pays qu il a conquis, le baron, de douce France, des hommes de son lig^nage,
:{. Maurienni', on Savoie.
10 LES GKA.NPS IXKIVAINS FRANÇAIS
de Charlemagne, du seigneur qui l'a nourri. Il ne peut s'empêcher d'en pleurer et d'en soupirer. Mais il ne veut pas se mettre soi-même en oubli ; il confesse ses péchés, il prie Dieu de lui faire miséricorde : « Vrai père qui jamais ne mentis, qui ressuscitas saint Lazare d'entre les morts, et qui préservas Daniel des lions, g'uéris mon âme de tous périls, pour les péchés que je commis pendant ma vie. » Il offrit à Dieu le gant de sa main droite ^, et de sa main saint Gabriel l'a pris ^. Sur son bras, Roland a tenu sa tête inclinée : les mains jointes il est allé à sa fin. Dieu lui a envoyé son ange chérubin, et saint Michel du Péril de la mer. Avec eux, saint Gabriel est venu. Ils emportent l'âme du comte en Paradis. fvers 2259-2396)
Mort d'Aude.
Charlemagne, de retour à Aix-la-Chapelle, annonce à la sœur d'Olivier, Aude, la mort de Roland, son fiancé. — On appréciera la sobriété puissante de cette scène.
L'empereur est revenu d'Espagne. Il se rend à Aix, le meilleur lieu de France. Il monte au palais et entre dans la salle. Aude, une belle dame, est venue à lui. Elle dit au roi : « Où est Roland, le capitaine, qui me jura de me prendre pour épouse ? » Charles est oppressé par la douleur. Ses yeux pleurent, il tire sa barbe blanche. « Sœur, chère amie, c'est d'un homme mort que tu me parles : mais, en échange, je t'endonnerai un plus considérable ; c'est Louis, je ne peux mieux te dire, il est mon fils et il possédera mon empire. » Aude répond : « Ce discours me paraît étrange. Ne plaise à Dieu, ni à ses saints, ni à ses anges, qu'après Roland je reste vivante! ■>■> Elle perd la couleur, elle tombe aux pieds de Charlemagne ; pour
4. C'est le geste du vaincu qui se met à la discrétion du vainqueur; Roland ne se rend qu'à Dieu.
5. C'est ici seulement que l'on voit apparaître dans la Chanson de Roland un eu de merveilleux et de surnaturel.
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toujours elle est morte. Que Dieu ait pitié de son àme ! Les barons français la pleurent et la plaig^nent.
(vers 3705-372'2)