III. — Les premiers salons
Pendant la première moitié du xvin* siècle, on peut signaler trois principaux salons : la Cour de Sceaux, le salon de M™* de Lambert, et celui de M"" de Tencin.
1 . La Cour de Sceaux et la duchesse du Maine. — La duchesse du Maine, petite-fille du Grand Condé. était une personne menue, vive, endiablée, qui, très honnêtement, mais très librement, avait résolu de samuser. Vax 1699, alors que ^'ersailles était devenu fort triste, elle fait de Sceaux une nouvelle cour, où ce ne sont que divertissements, fêtes champêtres et nocturnes, lectures de vers, représentatii:)ns de tragédies et de comédies, et conversations sur tous les sujets, depuis l'astronomie jusqu'à la politique. Le << Voiture » de cette cour fut pendant longtemps Malézieu, qui avait été précepteur du duc du Maine et qui avait enseigné les mathématiques au duc de B(jur- -«»gne.
ili Ll.N (.KA.NDS KCHIVAINS FRANÇAIS
On recevait ù Sceaux tous les ^'cns de lettres : Voltaire, KontenelUî, les poètes (iliaulicu et La Farc, La Motte, l'abbé (ienest, célèbre par ses tragédies et par son nez ù la Cyrano, Tabbc de Poli^rnac. auteur de V Anti-Lucrèce, etc..., y fréquentèrent assidûment.
Un gros orag'c dispersa cette cour spiriluelle et frivole. La conspiration de (^ellaniare amena l'arrestation de la duchesse, qui resta j)lus d'un an à la Bastille. Mais, à peine sortie de prison, la duchesse reprit son train de vie, et Sceaux redevint le rendez-vous des beaux esprits. Elle avait alors auprès d'elle, comme <« femme de chambre », M"» Delaunay (à qui elle fit épouser plus tard le baron de Staal, capitaine aux irardes suisses), et qui nous a laissé des Mémoires singulièrement piquants en leur élégante simplicité '.
2. La marquise de Lambert 1647-1733;. — C'est vers 1690 que Mra« de Lambert ouvrit son salon, qui devint surtout littéraire de 17J0 à 17.5o. La réunion y était moins mêlée et plus sérieuse qu'à la Cour de Sceaux. Chez elle, pas de divertissements frivoles ; on cause et on lit. La préciosité y renaît, et avec elle une certaine décence de langage et une délicatesse de propos qui étaient la réaction nécessaire contre la liberté ou le libertinage de la Régence. D'autre part, son salon est moderne: les anciens y sont raillés, finement sans doute, mais on s'oriente franchement vers une littérature nouvelle. La Molle. Fontenclle, le marquis d'Argenson, l'abbé de Saint-Pierre. Montesquieu, Marivaux, le président Hénault,M"« Delaunay, furent ses principaux habitués 2.
M"' de Lambert, moins grande dame en cela que M"^ de Rambouillet, ne résistait pas à la tentation de lire à ses invités ses propres ouvrages. Elle laissa imprimer, en 1726 et 1728, ses Avis d'une mère à son fils et ses Avis d'une mère à sa fille, puis différents traités [l' Amitié, ta Vieillesse), des portraits, des discours, etc., qu'elle avait composés pour son salon. Ses deux premiers ouvrages ont une réelle valeur pédagogique et morale, et n'ont pas cessé d'être réimprimés.
3. Mme de Tencin (16f^l-1749;. — C'est en 1726 queM-"* de Tencin commença à recevoir dans son hôtel de la rue Saint-Honoré ; ce salon n'eut tout son éclat qu'après la mort de M"'® de Lambert (1733). Le ton en est plus libre, et la société y est plus nombreuse et plus mêlée. Ce n'est plus la préciosité qui y règne, mais déjà la philosophie. La maîtresse de maison a plus de fami-
1. M"* de Staal-Delauriây moai-ut en 1750 ; ses Mémoires furent imprimés en IToo. — 2. Son hôtel était rue de Richelieu, à l'angle de la rue Colbert.
XV m' SlîiCLE
liarité et de boiilKiniie ; elle aniionee la hourj^eoise M""» Geof frin. On voit chez elle : Fontenelle, Marivauv. Montesquieu, La MoHe. Duclos, (l'Api;:enlaI, Marmonlel, Ilelvétius. des financiers, (les étra ngers.
M"" de Tencin a elle-même écrit des romans : le Cotttle île ninminçies et le Siège fie Calais, qui ne sont pas sans mérite, <'t (jui fiii-enl atti'ibués à son ne\"eu Pont-de-\'eyle.