Li;S CJHAMiS hCKIVAINS FRANÇAIS
Tu ne saurais marcher dans cet auj;usLc lieu,
Tu n'y peux faire un pas, sans y trouver ton Dieu ;
El lu n'y peux rester sans renier ton père,
Ton honneur qui te parle et ton Dieu qui t'éclaire. 165
Je te vois dans mes l)ras et pleurer et frémir;
Sur ton front palissant Dieu met le repentir:
Je vois la vérité dans ton cœur descendue ;
Je retrouve ma fille après l'avoir perdue.
Et je reprends ma g-loire et ma félicité 170
En dérobant mon sang à Tinlidélité.
nérestan Je revois donc ma sœur !... et son âme...
ZAÏRE
Ah ! mon père, Cher auteur de mes jours, parlez, que dois-je faire ?
LUSIGNAN
jVrôter, par un seul mot, ma honte et mes ennuis ; Dire: Je suis chrétienne.
ZAÏRE
Oui... seigneur... je le suis. 175
LUSIGNAN
Dieu, reçois son aveu du sein de ton empire !
{Zaïre, acte II, se. 3.)
163. Comparer un mouvevïeut analogue dans le plaidoyer du vieil Horace pour son fils [Horace', acte V.) — 175. Lusig-nan et Néreslan ignorent lamour réciproque de Zaïre et dOrosmane ; ils ne se doutent pas que Zaïre doit se déchirer le cœur pour répondre si simplement: Je le suis. Le spectateur, qui est dans le secret, prévoit la situation terrible qui se prépare pour elle. — 176. Zaïre va recevoir de Nérestan, son frère, un billet qui lui fixe le rendez-vous et l'heure du baptême. Ce billet est intercepté par Orosmane, dont la jalousie a été excitée par les hésitations de Zaïre. Se croyant trompé par elle, il l'attend au passage et la poignarde. Puis il i-econnait son erreur, lorsque Nérestan, devant le cadavre de Zaïre, s écrie : <■ O ma sœur : », et pour se punir de sa méprise, il se tue. Ce dénouement est imité de VOihello de Shakespeare.
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Aprtîs Zaïre, \''oltairc rc\ient à raiiLiquilc avec la Mort de César (1732), pièce toute politique, et qui ne contient aucun rôle de femme. — Alzire (1736) se passe au Pérou, dont le gouverneur Gusman est tué par son rival Zamore, et lui pardonne : cette scène est une des plus belles du thè;\tre de Voltaire. — Mahomet ou le Fanalisme (!"»-) nous représente tous les fondateurs de relij^ion comme des imposteurs. Cette thèse est compliquée d'un mélodrame assez invraisemblable qui s'achève par deux reconnaissances. — Avec Mérope 1743), nous revenons encore à l'antiquité. Cette pièce a longtemps été considérée comme la plus parfaite de l'auteur. Nous en citons une scène.
Mérope (1743)
Mérope est veuve de Cresplionte, roi de Mcsscne. Il lui reste un fils, Égisthe qu'elle a fait élever loin d'elle pour le soustraire à l'usurpateur du trône, Polyphonte, — Egisthe revient ; Mcrope le prend d'abord, sur de fausses apparences, pour le meurtrier de son fils ; elle le recoun.iît bientôt pour son lils lui-même. Mais le tyran Polyphonte, qui a des soupçons sur l'identité de ce jeune homme inconnu, en qui il redoute de trouver le légitime héritier du trône, feint de servir la haine de Mcrope en donnant ordre de tuer Égisthe : alors la mère pousse le cri involontaire qui trahit son fils, mais qui assure momentanément sa vie. — C'est donc un coup de théâtre, habilement amené par tout ce qui précède, et qui ne peut avoir tout son effet que sur la scène.
POLYPHONTE, ÉROX, ÉGISTIIi:, EURYGLKS, MÉROPE, ISMÉNIE, g.vrdes*.
MÉROPE
Remplissez vos serments ; songez à me venger ; Qu'à mes mains, à moi seule, on laisse la victime.
POLYPHONTE
La voici devant vous. Votre intérêt m'anime. Vengez-vous ; baignez-vous au sang du criminel ;
* Polyphonie, tyran et usurpateur de Messène ; Erox, son favori ; Égisthe, lils de Mérope : Euryclès, conlident do Mérope ; Isménie, confldenle de Mi-rope. — 2. Mcrope tient parLirulièriiUienl à eetle condition. Elle feiat davoir reconnu en Égistiie le meurtrier de son lils, mais elle veut que Polyphonte remette le prétendu coupable à sou entière discrétion.
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Et sur son corps sanglant je vous mène à l'autel. 5
MÉROPE
Ah, (lieux !
KGisTiiE, k Polyphonie.
Tu vends mon sang- à Ihymen de la reine. Ma vie est peu de chose, et je mourrai sans peine ; Mais je suis malheureux, innocent, étrang-er ; Si le ciel t'a fait roi, cest pour me protéger. J'ai tué justement un injuste adversaire. 10
Mérope veut ma mort ; je l'excuse, elle est mère ; Je bénirais ses coups prêts à tomber sur moi : Et je n'accuse ici qu'un tyran lel que toi.
POLYPHONTE
Malheureux ! oses-tu, dans ta rage insolente...
MÉROPE
Eh! seigneur, excusez sa jeunesse imprudente; 15
Élevé loin des cours et nourri dans les bois. Il ne sait pas encor ce qu'on doit à des rois.
POLYPHONTE
Qu'entends-je I quel discours 1 quelle surprise extrême ! Vous, le justifier I
MÉROPE
Qui, moi, seigneur ?
POLYPHONTE
Vous-même.
De cet égarement sortirez-vous enfin ? 20
De votre fils, madame, est-ce ici l'assassin ?
5. Polyphonie veut épouser Mérope, veuve du roi légitime ; c'est ainsi quil alTermira sa puissance. — 6. Égisthe ignore, en ce moment, qu'il est le fils de Mérope. Son gouverneur, le vieux Narbas, a cru devoir le lui cacher, pour éviter toute imprudence de sa part. Mais on voit combien de suppositions sont nécessaires pour que le coup de théâtre se produise. — 10. L'adversaire qu'Égistheatué était précisément un assassin envoyé contre lui par Polyphonte.
Win SIICLF J'IJ
MEROPE
Mon iils, de tant de rois le déplorable reste, Mon lîls, enveloppé dans un piège funesle, Sous les coups d'un barbare...