‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 164 sur 261 · I.FS GHANnS i:CKIVAINS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

I.FS GHANnS i:CKIVAINS FRANÇAIS

Je me souviens, à ce sujet,

D'avoir été témoin d'un fait Fort étonnant et difficile à croire :

Mais je l'ai vu ; voici l'histoire.

Près d'un bois, le soir à Técart,

Dans une superbe prairie. Il

Des lapins s'amusaient sur Therbette fleurie,

Ajouer au colin-maillard.

(( Des lapins ! direz-vous, la chose est impossible. » Rien n'est plus vrai pourtant; une feuille flexible Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait, 15

Et puis sous le cou se nouait,

Un instant en faisait l'alfaire.

Celui que ce ruban privait de la lumière Se plaçait au milieu ; les autres alentour

Sautaient, dansaient, faisaient merveilles, 20

S'éloignaient, venaient tour à tour

Tirer sa queue ou ses oreilles.

Le pauvre aveugle alors, se retournant soudain, Sans craindre pot au noir jette au hasard la patte :

Mais la troupe échappe à la hâte ; 25

Il ne prend que du vent ; il se tourmente en vain.

Il y sera jusqu'à demain.

Une taupe assez étourdie.

Qui sous terre entendit ce bruit,

Sort aussitôt de son réduit, .30

Et se mêle de la partie,

Vous jugez que, n'y voyant pas,

Elle fut prise au premier pas.

u Messieurs, dit un lapin, ce serait conscience, Et la justice veut qu'à notre pauvre sœur 35

24. Pot au noir, pot dans lequel on met le noir, le, cirage . De là quelque objet désagréable à toucher, ou dont le contact peut laisser des traces fâcheuses. Cette expression, souvent prise au sens figuré (Cf. Liitré, an mot Pot), renferme, appliquée au Colin-Maillard, une sorte de calembour. — 34. Conscience^ il y aurait scrupule à...

Nous fassions un peu de faveur :

Elle est sans veux et sans défense Ainsi je suis d'avis... — Non, répond avec feu La taupe ; je suis prise, et prise de bon jeu ; Mettez-moi lo bandeau. — Très volontiers, ma chère, 40 Le voici; mais je crois qu'il n'est pas nécessaire Que nous serrions le niuud bien fort.

— Pardonnez-moi, monsieur, reprit-elle en colère. Serrez bien, car j'y vois... Serrez, j'y vois encor. »

(I, 18.) La Lanterne magique (1792).

Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les vers Sont d'un style pompeux et toujours admirable, Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable, Et tâchez de devenir clairs.

Un homme qui montrait la lanterne mag^ique 5

Avait un sing^e dont les tours

Attiraient chez lui grand concours.

Jacqueau (c'était son nom), sur la corde élastique.

Dansait et voltigeait au mieux,

Puis faisait le saut périlleux ; 10

Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne,

Le corps droit, fixe, d'aplomb,

Notre Jacqueau fait tout du long

L'exercice à la prussienne.

In jour qu'au cabaret son maître était resté, 15

(C'était, je pense, un jour de fête),

Notre singe en liberté

\'eut faire un coup de sa tète.

11 s'en va rassembler les divers animaux

Qu'il peut rencontrer dans la ville. "20

Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux,

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