Sous, le sol valait environ un franc de notre monnaie
3. On attachait les anguilles après des colliers appelés hardians de hart (corde).
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guilles sont à moi ; ce qui reste est pour vous ! v. Et quaud les marchands rentendirent, ils furent stupéfaits et sV'crièrenl : « \ oilà le j^oupil ! » Ils sautèrent de leur charrette, espérant prendre Renard. Mais celui-ci ne voulut pas les attendre : il |)arlit à toute vitesse.
l^cnard fait ensuite croire à Isengrin, le loup, qu'il a péché ces anguilles, la nuit, sur un étang glacé, en laissant pendre saqueuedans un trou de la glace. Le pauvre Isengrin donne dans le piège ; sa queue est prise par la gelée, et il est obligé d'en sacrifier la moitié pour échapper aux chasseurs. — A la fin. Renard est forcé de comparaître devant le tribunal de Noble le lion ; mais, quoique condamne, il trouve le moyen d'échapper au châtiment.
m. — Les Fabliaux (xm'-xiv'' sièclesi.
On appelle f'ahli;\ux ou fuhleaiix, oiei^ contes en vers, destines à faire rire et parfois à édifier. Nous en possédons environ 150, écrits aux xni" elxiv" siècles. Les uns sont très simples ctfondés sur une observation malicieuse ; d'autres contiennent une petite intrigue ingénieusement agencée ; enfin, quelques-uns ont une certaine élévation morale. Ces contes sont d'origine très diverse ; quelques-uns se retrouvent dans toutes les littératures populaires. Il ne faudrait pas juger des mœui's et des caractères du moyen âge d'après les types conventionnels ou forcés de petites liistoriettes destinées à provoquer le rire par leurs exagérations mêmes.
Nous donnons l'analyse de plusieurs fabliunx ; en citer un seul en entier serait fastidieux, le style n'ayant a raiment i)as d'originalité.
Le curé qui mangea des mûres. — Un curé revient d'une tournée ; il est à cheval. Passant près d'un buisson chargé de mûres, il s'arrête, et conmie il ne peut atteindre les mûres, il se place debout, en é(iuilibrc, sur la selle de son cheval. «Je serais bien attrapé, dit-il, si quelque mauvais plaisant criait : hue ! » Mais il prononce tout haut le mot hue ! Le cheval détale, et le curé tombe dans le buisson.
La vieille qui graissa la patte au chevalier. — On avait dit à une pauvre vieille, à ([ui le seigneur avait contiscjué sa vache, qu'elle devait, pour se la faire rendre, graisser l:i palte à l'intendant. Elle se rend au château, avec un morceau de lard, cl apercevant le seigneur qui se promène, les mains deriière le dos, elle s'approche doucement et lui graisse la patte.
Estula. - Ici l'éfiuivoque est amenée par le nom diui chien.
■'!' Li:S GHANKS KCHIX AINS FRANÇAIS
Eslulu. l^nleiKlaiil du hruil dans son jardin la nuit, un bourgeois envoie son lils {)c)ur appeler le chien. L'enfant crie: <• Estula ! » Un des voleurs, croyant que son complice le demande, répond : « Oui, j'y suis ! » L'enfant est convaincu que le chien parle, et va chercher le curé j)our l'exorciser. Quand celui-ci arrive, l'autre voleur, s'imaginant voir le i>remier qui apporte un mouton, dit : « J'ai un bon couteau, je vais le tuer tout de suite, de peur qu'il ne crie. » Le curé épouvanté s'enfuit, laissant son surplis à un buisson.
Les Perdrix. — Un vilain, nommé Gombaud, a pris deux perdrix ; il les donne à sa femme, pour qu'elle les fasse cuire, tandis qu'il ira inviter le curé à venir les manger a\ec eux. En l'absence de son mari, la femme, très gourmande, tâte aux perdrix, et finit par les manger toutes les deux. Le vilain revenu, la femme lui recommande d'aiguiser son couteau. Cependant le curé arrive, et la femme lui dit : o De perdrix, il n'y en a pas; Gombaud veut vous couper les oreilles ; voyez comme il aiguise son couteau. Sauvez-vous !» Et à son mari, elle crie : « Courez! le prêtre emporte les perdrix ! » Gombaud, son couteau à la main, galope derrière le curé, qui a le temps de gagner son presbytère et de s'enfermer au verrou.
Le "Vilain Mire {le Paysan Médecin). — Un vilain bat tous les jours sa femme ; celle-ci cherche une occasion de se venger. Viennent à passer deux messagers : la fille du roi a une arête de poisson dans le gosier et l'on a besoin tout de suite d'un mire (médecin). La femme du vilain dit aux messagers du roi que son mari est un excellent médecin, mais qu'il n'eii veut pas convenir avant qu'on l'ait roué de coups. Bien battu, et médecin malgré lui, le vilain suit les messagers à la cour. Devant la princesse, il fait des contorsions si grotesques que celle-ci, prise d'un fou rire, est délivrée de l'arête qui l'étranglait. — Dès lors, la réputation du prétendu mire est si bien établie qu'il lui arrive des malades de tous côtés. Pour s'en débarrasser, le vilain s'avise du stratagème suivant : il fait ranger devant lui tous les malades, et leur annonce qu'il les guérira tous avec les cendres du plus malade d'entre eux ; puis il les interroge successivement ; mais personne ne se soucie d'être brûlé, et chacun se déclare bien portant. Enfin le vilain, comblé de présents, retourne chez sa femme, et promet au roi de se tenir à sa disposition, sans qu'il soit besoin désormais de recourir à la bastonnade. — Molière s'est inspiré de ce fabliau pour le Médecin malgré lui.
Le Tombeur Notre-Dame {le Jongleur de Notre-Dame). — Un jongleur s'est retiré au monastère de Clairvaux. Il est très
ignorant et se désole de ne pouvoir prendre part aux exercices et aux ortîces. Cependant, il veut, à sa manière, honorer Notre- Dame, et, devant sa statue, il exécute tous les tours de son métier, jusqu'à ce ((u'il tombe de fatigue. Les autres moines le surprennent pendant ([u'il se livre à ces flévotions étranges. Bientôt ilmeurt, etia Vierge elle-même apparaît, avec desanges qui emportent en paradis l'àme du naïf tombeur.
La Housse partie [la couverture partagée). — Un riche bourgeois s'est dépouillé de tous ses biens pour marier avantageusement son fils. Celui-ci riiébergc dans son liôli-l pendant douze ans. Mais, un jour, sur les instances de sa femme, il ciiasse son vieux père de chez lui. << Donne-moi au moins, fait le vieillard, une couverture pour me garantir du froid. » Le fils envoie son petit garçon chercher à l'écurie une housse de cheval. Mais, avant de la donner à son grand-père, l'enfant en fait deux morceaux, et ne lui en remet que la moitié. Lamentations du vieillard ; reproches du père à l'enfant, qui lui répond : « L'autre moitié, je la garde pour vous ; quand vous m'aurez donné tout votre bien et que vous serez vieux, je vous chasserai à mon tour, et vous aurez de moi ce qu'il a de vous. » Le père comprend la levon, et le\ieillard reste à la maison.
Le Chevalier au barizel [barillel). — Un clievalier impie va troubler dans sa retraite un ermite, le vendredi saint. Par moquerie, il se confesse à lui. « Je ne vous impose qu'une pénitence, dit l'ermite ; allez me remplir d'eau ce barizel à ce ruisseau. » Le chevalier va plonger dans le ruisseau son barillet; il n^y entre pas une goutte d'eau. Fui'icux, il déclare qu'il ne prendra aucun repos, tant que le barillet ne sera pas rempli. Il part, s'en va d'un pays à l'autre, essayant toujours de remplir le barillet, et n'y parvenant jamais. Au bout d'un an. jour pour jour, il i^evient vers l'ermite ; il est épuisé, méconnaissable, mais aussi endurci et impénitent qu'à son départ. Devant ce misérable, l'ermite est saisi de pitié; il se met à pleurer et à prier Dieu qu'il fasse miséricorde à un si grand pécheur. L'émotion de l'ermite gagne enfin le chevalier. Une larme tombe de ses yeux dans la bonde du barillet qu'il porte vide à son cou: aussitôt, le barillet est rempli et l'eau en déborde. Alors, le chevalier repentant fait une confession sincère, et meurt samtement entre les bras de Termite.
Ces quelques exemples sutfisent pour montrer la variété et l'ingéniosité des fabliaux. Nous avons suivi dans ces analyses un ordre ascendant ; partis des historiettes les plus simples et les plus naïves, nous sommes arrivés à des contes sérieux et édifiants.
24 I.R» (.KAM»:* hr.Hi\AlN> KHA.Nt. MS
I\ . — Le Roman de la Rose mm'" siècle).
1. Formation. — Sons ce titre, nous avons un lonp poème couiposô (le deux parties fort inégales : la première, écrite par Ciuillaume de Lorris. vers 1230. est lanalyse. sous forme nlléiioriqiie. de l'amour timide et discret. 'L'allégorie est un piocédc par lequel on fait agir et parler comme des personnes vivantes, des Idées, des .Senf/men/.ç et. d'une manière générale, des Absfractioiiii. La peinture et la sculpture usent de l'allégorie, quand elles représentent la Paix, la Guerre, la Cliarité, sous la ligure d'êtres humains. — I^a deuxième partie du Roman de la Rose fut écrite environ quarante ans plus tard par Jean Clopinel, dit Jean de Meun. Celui-ci continue à développer le système allégorique établi par Guillaume de f^orris, mais il y mêle de la satire politique, sociale et religieuse.
2. Analyse de la première partie. — Guillaume nous raconte un songe qu'il fit en sa vingtième année : il lui sembla que. se promenant dans la campagne, il arrivait sous le mur d'un grand verger : dans le verger où il pénètre, Guillaume rencontre des figures allégoriques telles que Déduit (Plaisir), Amour. Beauté. Courtoisie... Il admire un buisson de roses, et particulièrement une de ces roses, qui représente allégoriquement la jeune fille aimée. Certains personnages tels que Bel-Accueil, Courtoisie, .Amour, etc.. l'aident à approcher de la rose: d'autres, tels que Danger Orgueil , Male-Bouche Médisance . Peur. Honte, l'en empêchent. Enfin Jalousie fait emprisonner Bel-Accueil... Ici se termine la partie du poème composée par Guillaume de Lorris.
Nous en extrayons les Conseils de Courtoisie.
Conseils de Courtoisie.
(GuiLLALME DE LoRRIS.I
Courtoisie apprend à Guillaume comment il doit se conduire dans le monde pour y avoir du succès. C'est une spirituelle satire des manières élégantes du xni* siècle, et en même temps une sorte de civilité puérile et hontiéte.
« Sois sage et aimable, parle avec douceur et mesure aux o^raiids et aux humbles : et quand tu iras par les rues, prends l'habitude de saluer les gens le premier : et si quelqu'un a devancé ton salut, garde-toi de rester muet, mais aie bien soin de répondre sans aucun retard. Ensuite, fais attention à ne dire aucun mot déplacé.
Mt»YliN Atii: "JO
aucune mauvaise plaisanterie... Je ne tiens pas pour courtois un homme dont la conversation serait malhonnête. Sois serviable à Fé^arcl des dames ; honore-les toutes ; et pour les obliger n'épargne point ta peine. Et si tu entends quelque médisant qui parle mal des femmes, blàme-le, dis-lui de se taire. Ag-is, si tu le peux, de manière à plaire aux dames et aux demoiselles, et qu'elles entendent bien parler de toi : elles t'en estimeront davantage. Toutefois, point d'orgueil ; pour celui qui est intelligent et prudent, l'orgueil est une folie et un péché, et l'orgueilleux ne peut contraindre son cœur à la soumission. Habille-toi, selon ta fortune, de beaux vêtements et chausse-toi bien ; une belle robe ^, de beaux ajustements donnent beaucoup de prestige à un homme. Aussi dois-tu t'adresser à un bon tailleur, qui sache faire des pointes élégantes et des manches bien ajustées. Renouvelle souvent tes souliers à lacets ou tes bottes ; mais ne les porte pas si étroitement ajustés que les vilains se moquent de toi, en demandant comment tu y es entré ou comment tu pourras en sortir. Sois toujours d'une parfaite propreté ; lave tes mains et tes dents ; ne laisse pas tes ongles noirs. Attache tes manches, peigne tes cheveux ; mais ne te farde pas ! Si tu es habile en quelque exercice où tu puisses plaire, je te recommande de ne pas le nég"liger... Si tu te sens ag-ile et léger, nhésitc pas à sauter; si tu te tiens bien à cheval, pique en avant et en arrière ; si tu sais rompre des lances, tu peux par là te faire beaucoup estimer... Si tu as la voix claire et pure, ne refuse pas de chanter, quand on te le demande : bien chanter embellit beaucoup. Il con\ ient à un jeune chevalier de savoir jouer de la viole et de la tlùte, et de danser ; de pareils talents servent à sa fortune. »
1. Les hommes, au xiii" siùcle, portaient des robes comme costume Cio ville.
2b LES GKANUS ÉCKIVAINS IllANÇAlS
3. Analyse de la deuxième partie. — On y trouve d'abord un discours, on deux mille \ ers, adressé pai- Huison au jeune chevalier qui pleure l'eniprisonnement de Bel-Accueil. Une science pédanlesqiie renij)lace k's aimables el subtiles analyses de la première partie. Le poète fait la satire du mariage, disserte sur les origines de la société, du pouvoir royal, etc.. Après un premier assaut de la tour, voici un long discours de Nature, exposé encyclopédique des connaissances scientiliques du moyen âge. Enfin, la tour est prise : Danger. Honte et Peur s'enfuient; et Bel- Accueil, délivré, pcrnicl au chevalier de cueillir la rose. — Le système allégorique n'est plus dans cette seconde partie qu'une sorte de cadie, dans lequel le poète a placé des théories et des critiques; mais les hardiesses de certains passages contre les rois ou contre les moines ' Faux-Semhlant) lui sont communes avec presque tous les auteiu\s de fabliaux et de farces. 11 n'y a rien là de bien original ni de très courageux.
Le Boman de la Bose est, de tous les ouvrages de ce temps, celui qui eut le plus de vogue, et celui dont le succès fut le plus durable. Au xvi* siècle encore. Marot en publia une nouvelle édition, et la Pléiade, qui condamnait toute la poésie du moyen âge, faisait grâce au Boman de la Bose.