LUCRECE
Quand mon mari coiiibaL en bon soldai de Rome,
Je dois ag'ir en femme ainsi qu'il fait en homme.
Nourrice, nous avons tous les deux notre emploi :
Lui, les armes en main, doit défendre son roi;
11 doit montrer l'exemple aux soldats qu'il commande ; 25
Mon devoir est ég^al, si ma tâche est moins grande.
Moi, je commande ici, comme lui dans son camp,
Et ma vertu doit être au niveau de mon rarng'.
La vertu que choisit la mère de famille,
C'est d'être la première à manier l'aiguille, 30
La plus industrieuse à filer la toison,
A préparer Thabit propre à chaque saison,
Afin qu'en revenant au foyer domestique,
Le guerrier puisse mettre une blanche tunique.
Et rende grâce aux dieux de trouver, sur le seuil, 35
Une femme soigneuse et qui lui fasse accueil.
— Laisse à d'autres que nous les concerts et la danse.
Ton langage, nourrice, a manqué de prudence.
La maison d'une épouse est un temple sacré
Où même le soupçon ne soit jamais entré, 40
Et son époux absent est une loi plus forte
Pour que toute rumeur se taise vers sa porte. . .