‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 21 sur 261 · Merci, pitié, miséricorde. — ^>. Quant de, quant à · texte numérisé non relu

Merci, pitié, miséricorde. — ^>. Quant de, quant à

Klle est pieça dévorée cl pourrie.

El nous, les os. devenons cendre et poudre.

De noire mal personne ne s'en rie.

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre! 10

Si vous clamons frères, pas n'en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice ; toutefois vous savez

Que tous hommes n'ont pas bon sens assis.

l^\cusez-nous. puisque sommes transis, l.")

lùivers le llls de la Vierj^e Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l'infernale fondre.

Nous sommes morts : âme ne nous harie,

NTais priez Dieu que tous nous veuille absoudre I '20

La pluie nous a bues et lavés

l'>t le soleil desséchés et noircis ;

Pies, corbeaux nous ont les yeux caves

Et arraché la barbe et les sourcils ;

Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis: '2.")

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie.

Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de noire confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! '.]0

Envoi.

Prince Jésus, qui sur tous as maîtrie,

(îarde qu'Enfer n'ait de nous sei^nieurie :

A lui n'avons que faire ni que soudre.

Hommes, ici n'a point de moquerie.

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! 3.">

7. Pieça, depuis longtemps. — 11. Si vous clamons frères, si nous vous appelons frères. — 14. « Que tous les hommes n'ont pas le bon sens en équilibre. - — 15. Transis, morts. — 19. Ame ne nous harie, qu'aucun homme ne nous injurie. — 21 . Bues, lessivés cf. htiaiulerie . - 2;i. Caves, creusés. — Î5. Rassis, en repos. — 31. Maitrie. maîtrise, souvcrainelé. — 33. Soudre. fsolvere), paver.

Grands écrirnins. ~

'.W i.i:s (;i{A\ns kCuivains ihançais

r>. Charles d'Orléans (1391-146â'i. Celui-ci est un prince du sang, fils de Louis d'Orléans et de Valentine de Milan; son fils de\ int roi sous le nom de Louis XII. Fait prisonnier à la bataille dA/.iueoui-l lil.'i , il fui retenu captif en Anj^lcterrc pendant vin^t-cinq ans. ])c retour en France, il s'établit au château de lilois. i>ù il liut une sorle de cour liltéi'aire. On ne publia ses poésies qu'en 17:U.

Moins profond, moins réaliste que ^'illon. (îharles d'Orléans a cependant certaines qualités du vrai poète. Il a des accents sincères pour chanter et pour regretter la France ; il exprime l'amour sous une forme gracieuse et mélancolique; il célèbre le printemps avec de jolis traits descriptifs. Sa versification est aisée, élégante, spirituelle. II est lancètre de Marot et de "Voiture.

Encore est vive la souris.

Charles d'Orléans composa cette ballade pendant sa captivité en Angleterre. Le bruit de sa mort avait couru en France : il proteste contre cette nouvelle avec indignation et avec esprit.

Nouvelles ont couru en France,

Par maints lieux, que j'étais mort ;

Dont avaient peu déplaisance

Aucuns qui nie baient à tort ;

Autres en ont eu déconl'ort 5

Qui m'aiment de loyal vouloir,

Comme mes bons et vrais amis.

Si fais à toutes gens savoir

Quencore est vive la souris.

Je nai eu ni mal ni g^revance, 10

Dieu merci, mais suis sain et fort.

Et passe temps en espérance

Que paix, qui trop longuement dort,

S'éveillera, et par accord

A tous fera liesse avoir. 15

Pour ce, de Dieu soient maudits,

Ceux qui sont dolents de veôir

Qu'encore est vive la souris.

3. Déplaisance, déplaisir. — 4 . Aucuns, quelques-uns. — Haient, hai'ssent. — .5. Déconfort, découragement. — 7. Si, aussi, c'est pourquoi. — 9. Vive, vivante. — 10. Grevance, ennui. — 15. Liesse, joie. — 17. Veoir, voir. Il faut conserver cette orthographe archaïque, le raot comptant pour deux syllabes dans le vers.

MOVKN AUÊ IV.}

Jeunesse sur moi a puissance,

Mais \'ieillesse fait son ell'ort 'Jd

De m'avoir en sa gouvernance.

A présent faillira son sort ;

Je suis assez loin de son port.

De pleurer vueil garder mon hoir ;

Loué soit Dieu de l^aradis, 'iri

Qui ma donné force et pouvoir,

Qu'encore est vive la souris.

Envoi.

Nul ne porte pour moi le noir ; (Jn vend meilleur marché drap g^ris ; Or, tienne chacun pour tout voir 30

Qu'encore est vive la souris.

Lliallado -iO.]

Rondeau

SUK LE PRINTEMPS

Charles d'Orléans a chanté lu nature, comme les trouvères dont il est le dernier représentant. Certes, il ne faut pas chercher dans ce rondeau un sentiment très vif des beautés naturelles, mais c'est un joli et gracieux tableau.

Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie, Et s'est vêtu de broderie De soleil raiant, clairet beau.

Il n'y a bête ni oiseau 5

Qu'en son jargon ne chante ou crie :

Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie.

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent en livrée jolie 10

2i. Vueil, veuille. Il faut encore conserver ici l'orthographe du xv siècle, sinon le vers serait faux ; — Hoir, héritier. — 30. Voir, vrai.

i. Raiant, (rad/flo/em), rayonnement (cf. rai, du latin radium, et son dérivé rayon). Daulres textes portent linjanl (de luire; ou luisant. — «i. Qu', f|ui.

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