‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 222 sur 261 · SOC) I,ES GRANDS ÉCRIVAINS I-RANÇATS · texte numérisé non relu

SOC) I,ES GRANDS ÉCRIVAINS I-RANÇATS

tiques. Mais son titre le plus séricuv est une llnloire de la littérature française, en 4 vol. Il est difficile de trouver un ouvrap:e qui soit en plus complète opposition, par les théories, ]>ar la nicthode et par le style, avec les articles de Sainte-Beuve. Tandis ({ue celui-ci étudie scparément chaque écrivain, et s'efforce de se plier à sa nature dcsprit, afin de l'expliquer et de le faire goûter en lui-même, Nisard soumet tout le développement de notre littérature à une loi. II définit ainsi sa critique : « Elle s'est fait un idéal de l'esprit humain dans les livres : elle s'en est fait un du f,^énie particulier de la France, un autre de sa langue ; elle met chaque auteur et chaque livre en regard de ce triple idéal. Elle note ce qui s'en rapproche : voilà le bon : ce qui s'en éloigne : voilà le mauvais. » Quel est donc cet idéal"! «C'est l'expression de vérités générales dans un langage parfait, c'est-à-dire parfaitement conforme au génie du pays qui le parle, et à l'esprit humain. » Aussi considère-t-il le xvir siècle comme le point culminant, ou plutôt comme le plateau très élevé, où conduisent d'abord par une suite de degrés inégaux le moyen âge et le xvi* siècle, et doù l'on redescend, par le xviii" siècle, jusqu'à nous.

Le défaut de ce système est de rendre Nisard tout à fait injuste pour le mo^^en âge, pour la Renaissance et pour le xviii" siècle. De plus, le critique affecte un ton tranchant et doctoral, qui peut déplaire aux lecteurs de Sainte-Beuve et de Saint-Marc Girardin.

Mais aussi, que de chapitres vraiment admirables sur Cor^ neille, Racine, Pascal, Molière, Bossuet. bref svu' tous ceux qui peuvent s'expliquer par eux-mêmes, se détacher presque de leur temps.au moins dans leurs chefs-d'œuvre, et entrer dansl'ajbsoiu. Là, Nisard'prouve une intelligence supérieui-e des qualités pi'Oprement nationales ; il s'en établit le défenseur contre toutes les altérations internes ou externes : il se défie des littératures étrangères propres à dénaturer notre esprit. Bref, s'il manque de sens historique et de curiosité, il a laissé un monument durable, parce qu'il pense et qu'il apprend à penser.

Les fables de La Fontaine (1844).

Tous les élèves ont étudié, dès les premières classes, les fables de La Fontaine. Cette page de critique aura donc pour eux cet avantage de « mettre au point » leurs propres impressions. En l'analysant, ils auront surtout à justifier, par des exemples puisés dans leurs souvenirs, le jugement de Nisard. — D'autre part, ils sentiront avec quel art simple et méthodique ce morceau est composé : i"' Un petit préambule de cinq lignes, où k sujet çst posé ; 2° quatre paragraphes cpas.içrés à l'utilité

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des ("ables, a) pour les infants, h) pour les jeunes f^i'ns, c) pour Vhomtni' mûr, d) pour le vieillard. —- C'est une petite dissertation littéraire en raccourci, un modèle de devoir sur La Fontaine.

On lit les tables à tous les àg^es de la vie, et les mômes fables; et à chaque clg'e elles donnent tout le plaisir qu'on peut tirer dini (^uvra^e de l'esprit, et un profit proporlionné,

l);ins renfance, ce n'est pas la morale de la table qui frappe, ni le rapport du précepte à l'exemple ; mais on s'y intéresse aux propriétés des animaux et à la diversité des caractères. Les enfants y reconnaissent les mœurs du chien qu'ils caressent, du chat dont ils abusent, de la souris dont ils ont peur; toute la bassecour, où ils se plaisent mieux qu'à l'école. Pour les animaux féroces, ils y retrouvent ce que leur mère leur en a dit, le loup dont on menace les méchants enfants, le renard qui rôde autour du poulailler, le lion dont on leur a vanté les micurs clémentes. Ils s'amusent sini^ulièremeut des petits drames ^ dans lesquels figurent ces personnages ; ils y prennent parti pour le faible contre le fort, pour le modeste contre le superbe, pour l'innocent contre le cou[)able. Ils en tirent ainsi une première idée de la justice. Les plus avisés, ceux devant lesquels on ne dit rien impunément, vont plus loin ; ils savent saisir une première ressemblance entre les caractères des hommes et ceux des animaux, et j'en sais qui ont cru voir telle de ces fables se jouer dans la maison paternelle. L'esprit de comparaison se forme insensiblement dans leurs tendres inlellig^ences. Ils apprennent par le livre à reconnaître leurs impressions, à se représenter leurs souvenirs. En voyant peint si au vif ce qu'ils ont senti, ils s'exercent à sentir vivement.

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