I. — Théâtre sérieux: Miracles et Mystères
I. Origines et définitions. Le Ihcàtre séiieux au moyen (l'^c a des origines religieuses, comme le théâtre grec. Dans les lérémonies de l'Eglise, le clergé introduisait des scènes, accompagnées de chants liturgiques, telles que VAdorulion des ber- (jcrs, à Noël : VAdorulion des mages, à lEpiphanic ; la Passion du Christ, la liésurreclion, etc. . . De plus, on joiinil certaines paraboles, telles que les Vierges sages et les Vierges folles. Peu à peu, ces spectacles ayant pris plus d'importance, et risquant de troubler l'oftice proprement dit, le clergé les fit représenter sous le porche de l'église, et le latin fut abandoimé pour la langue romane. Enfin on construisit des théâtres spéciaux, sur lesquels les drames religieux purent, sans perdre leur caractère édifiant, se développer davantage. — On appelle miracles les pièces tirées de la vie des saints ou de la légende de la sainte Vierge ; et mystères (plus exactement mistères, les pièces dont le sujet est emprunté à l'Ancien et au Nouveau Testament, en pai-ticulier au récit de la Passion.
-. Les plus anciennes pièces connues sont : a) Le drame dWdam ;xii* siècle), histoire de la tentation et de la chute d'Adam et d'Eve, de leur expulsion du Paradis terrestre, et du meurtre d'Abel par Gain ; il y a dans ce drame un remarquable dialogue entre Eve et Satan ; — b) Le jeu de sainl Nicolas (xiir siècle), dont l'action se passe en Palestine pendant les Croisades : un vieillard qui a seul échappé au massacre des chrétiens par les Sarrasins, est sauvé de la mort par l'intervention de son patron saint Nicolas qui oblige des brigands à restituer un trésor placé s<jus la surveillance de ce vieillard ; — c) Le miracle de Théophile, de Hutebeuf" (xiii* siècle). Un clerc du nom de Théophile a, par ambition, lait un pacte avec Satan ; il est délivre grâce à la sainte ^'icrge.
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•!. Les Miracles de Notre-Dame (xiv siècle). — Comme on viciil, de \c voir parles exemples précédents, le genre des miracles fut très lépandu en France dès le xnr siècle. Ces pièces devaient se jouer aux fêles patronales, dans les puis (réunions à la fois ncitdémirfues et religieuses). Mais on célébrait surtout dans les puis le culte de Notre-Dame, à laquelle ou consacrait d'innombral)les miracles. Nous avons précisément conservé un recueil, composé au xiv« siècle, contenant qunranle miracles de ivoire-Dame, formant probablement le répertoire d'un même pui. Les sujets, très \ariés, souvent très harilis, sont empruntés les uns à l'histoire {Berle, femme du roi Pépin, Boherl le diable), tantôt à des légendes qui figuraient dans des recueils de contes du xin* siècle [le chevalier qui vendu sa femme au diable).
1. Les Mystères. — a) Le Mystère eut un vaste drame, de 30 à 60.000 vef's, en plusieurs journées, et dont le texte suit d'assez près celui de l'Ancien ou du Nouveau Testament. — b) Lb Mystère se joue sur un théâtre assez différent de nos théâtres modernes : sur la scène, sont juxtaposées de petites constructions {mansions, maisons) figurant en réduction les principaux lieux dans lesquels l'action doit se dérouler. Ainsi. DU voyait (d'après une miniature de la Passion de \'alenciennes, 15i7) les lieux suivants : le paradis (un peu surélevé, sorte d'échafaud sur lequel trône Dieu, et où l'on monte par une échelle), une salle, Xazareth, le Temple, Jérusalem, un Palais, la maison des évêques, la îner, les limbes, Venfer (placé souvent en sous-sol, et d'où s'échappaient les diables, par une porte qui figurait une gueule de dragon). Ainsi les décors étaient mis une fois pour toutes sous les yeux des spectateurs, et les acteurs se déplaçaient en suivant l'action. — c) Il n'y avait pas d'acteurs de profession. Des clercs, des écoliers, des artisans, groupés en confréries (dont la plus célèbre fut celle des Confrères de la Passion à Paris), se distribuaient les rôles et les jouaient souvent avec talent, toujours avec conviction. — d) Les Mystères atteignirent à la fin du xv« et au début du xvi'^ siècle leur apogée. Mais, en 1548, un arrêt du Parlement en interdit la représentation. Les protestants, déjà nombreux en France, critiquèrent ces spectacles qui donnaient souvent lieu, il faut l'avouer, à un singulier mélange du sacré et du profane. On aurait pu croire que le genre se transformerait, et que, du miracle ou du mystère sortirait une forme de drame historique moderne. Il n'en fut rien, et notre tragédie classique devait venir exclusivement de l'imitation des anciens.
5. « La Passion •> dWmoul Gréban. — Pai^mi les innombrables mystères de la Passion, le plus célèbre est celui qui fut
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écrit \ oi» le iiiilii'u ilu xv" siècle (1452) par Arnonl Gréban. Ce mystère comprend 35.000 vers, et 400 personnages. Il y a d'ahord un prolofrne : Adam, dans les limbes, invoque le Uéilempleur promis, tandis (jue. tlans riùiler, les diables cliantenl la perte du ^eniv humain. Au ciel, devant Dieu, Miséricorde et Paix, entament un procès («intre Justice et \'érité ; la Rédem[)tir)n est décidée ;elle provtKjiif la joie des Justes dans les limbes, et la fureur des démons. Puis le mystère suit le texte de l'Evangile, depuis TAnnonciaticni et la naissance du Messie jus((u"i\ la Passion proprement dite et à la Résurrection Lauleur. tout en restant lidèle à ce texte, sait liabili'inent dé\ eloppei' cei'taines scènes : ainsi l'entrée triomplialc du Christ à Jérusalem le jour des Rameaux, le dialogue des soldats qui flagellent le Christ, le reniement de saint Pierre, le désespoir de Judas, etc..
A la lin du \v« siècle (i486), Jean Michel reprit et développa une partie seulement du précédent mystère, en 65.000 vers. Il ilunna plus d'importance à certains rôles comme celui de Pilate, aux scènes de diableries^ et il sut écrire en un style fléjà presque classique un admirable dialogue entre Jésus et la \'ierge.
<f La Passion », de Jean Michel 1486 . Diutof/iie (le yolre D<ime et de Jésus.
Cette scelle est presque célèbre. On veut bien reconnaître que le c;\r.-ictère de l.i Vierge a été reconstitué dune façon vraisemblable et pathétique, et que celui du Christ a une noble simplicité bien conforme à la tradition. — Nous citons seulement la fin d'un long dialogue entre la Mère et le Fils. A la prolixité qui est le défaut habituel des poètes de ce temps, et de Jean Michel en particulier, se substitue ici une vive et énergique concision.
NOTRK 1>AME. () 111011 fils, mOll Dicil Ct lllOll sItC,
Je le mercy très liunibiemeiil
Que tu n'as pas tolalemenl
Obéi à ma volonlé.
Excuse ma l'ra^ilité 5
Si par humaines passions
Ai fail telles pélilions
Qui ne sont mie recevahlcs .
Tes paroles sont raisonnables
3. Que. <!»• ce qu<\ — *^. Mie du lai in mic-im, miette) renforcr la négalion (cf. goutte, pus. point >.
LKS GRANDS KCRIVAINS FRANÇAIS
Et tes volontés très hautaines, 10
l'"l les miennes ne sonl qnluimaines.
Pour ce la cli\ine sagesse
h^xcuse l'humaine simplesse
De moi ton indig^ne servante.
Qui, damour maternel fervente, 15
Ai fait telles requêtes vaines.
JKSLS. — Elles sont douces et humaines,
Procédantes de charité ; Mais hî divine volonté A prévu qu'autrement se fasse. 20
NOTRi: DAMF. — Au moius veuillez, de votre n;-race. Mourir de mort brève et légère !
jKSus. — Je mourrai de mort très amère
NOTRE UAMT. — Xou pas fort vilaine et honteuse !
JÉSUS. — Mais très fort ignominieuse. 25
NOTRE DAME. — Doucques bien loin, s'il est permis î
JÉSUS. — Au milieu de tous mes amis.
NOTRE DAME. — - Soit doucques de nuit je vous pri !
JÉSUS. — Mais en pleine heure de midi.
NOTRE DAME. — Mourcz donc comme les barons I 30
JÉSUS. — Je mourrai entre deux larrons.
NOTRE DAME. — Quc cc soit SOUS terre, et sans voix !
JÉSUS. — Ce sera haut pendu en croix.
NOTRE DAME. — Vous scrcz au moins revêtu ?
JÉSUS. — Je serai attaché tout nu. 35
NOTRE DAME. — Attcudcz l'âge de vieillesse !
JÉSUS. — En la force de ma jeunesse.
NOTRE DAME. — Nc soit votrc SBUg répaudu
JÉSUS. — Je serai tiré et tendu
Tant qu'on nombrera tous mes os; 40 Et dessus tout mon humain dos Forgeront pécheurs de mal pleins,
10. Très hautaines, tes volontés sont toutes puissantes. — 12. Pour ce... Pour cela, que ta divine sagesse excuse... — 40. Nombrera. comptera. — 42. Forgeront, fropperont l'sens très fort).
MU Y EN Alili
I^uis t'ouiront et pieds el mains De fosses el plaies très grandes.
NoTKi: DAMi:. — A mes maternelles demandes iô
Ne donnez que réponses dures !
jÉsuîs. — Accomplir faut les l^crilures.