‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 24 sur 261 · II. — Le Théâtre comique · texte numérisé non relu

II. — Le Théâtre comique

1. Origines. — On croit que les jongleurs ne colportuicnt pas seulement des chansons de j^este et des romans, mais qu'ils avaient un répertoire dédits, de uionoloçjues, etc.. A deux ou trois, ils devaient jouer de petites pièces renouvelées du théâtre antique ou empruntées au fonds si riche des contes populaires. Mais nous ne connaissons aucun texte avant le XMi* siècle.

2. Adam de la Halle (1230-1288). — Du xm" siècle, nous avons deux œuvres isolées, et qui semblent prouver par leurs qualités de métier qu'elles appartiennent à un genre déjà traité et" mis au point». Ces deux comédies ont pour auteur. 4Jani de Ih Halle d'Arras, qui vers la fin de sa vie accompagna Robert d'Artois à Naples, et mourut probablement en Italie. Sa première pièce est une sorte de satire : elle a pour titre le Jeu de la Feuillée : sous une feuiilée tonnelle de verdure) se trouvent réunis plusieurs bourgeois d'Arras ; le poète lui-même 'maître Adam, son père (maître Henri) un médecin, un moine montreur de reliques, un fou et son père, le commun (le peuple), trois fées, la Fortune, etc. . . J/intrigue assez lâche de cette pièce n'est qu'un cadre dans lequel l'auteur place la satire très vive et persojuielle de sa propre famille, de ses amis d'Arras, de la politique, de la médecine, etc. . — La seconde pièce d'Adam de la Halle est très dilïérente : c'est une sorte d'opéra comique, sur un thème pastoral souvent traité par les lyriques : Robin et Marion. Marion, tout en gardant ses moutons, chante Robin qu'elle aime ; survient un chevalier qui ^•eut enlever la bergère; celle-ci le repousse, et Robin, suivi de ses amis, vient se réjouir et danser avec Marion. Nous citims ime partie du dialogue entre le chevalier et la' bergère. Mais la langue est du xni* siècle , c'est donc une traduction en prose aussi littérale que possible.

43. Fouiront, perceront. —44. Fosses, trous. — 47. Ce deruier vers est, en| soi, une réponse sublime ; il est aussi la clef de tout le mystère.

iJ /.ES GKA.NDs Écrivains français

Jeu de Robin et Marion

I'aii Akam \>i: i.A IIam.k XIII* SIÈCLE

Au début. Marion seule auprès de ses moutons, chante son liaucé Robin. Arrive un clicvalier et le dialogue suivant s'engage entre lui et la bergère.

LF. cnF\Ai,iER. — Dis-moi, ne vis-tu pas un oiseau voler par-dessus ces champs ?

MARION. — Sire, oui, je ne sais combien. Encore il y en a, en ces buissons, et chardonnerets et pinsons, qui chantent très joliment .

LE CHEVALIER. — Dicu maidc 1 belle au corps g^ent, ce n'est point ce que je demande, mais vis-tu par ici en avant vers cette rivière quelque cane ^ ?

MARION. — C'est une bête qui brait, jen vis hier trois^ sur ce chemin, tous charg-és, aller au moulin. Est-ce ce que vous demandez ?

LE CHEVAUER. — Or, jc suis très bien renseigné 1 dis-moi, vis-tu pas quelque héron ?

MARION. — Harengs - ? Sire, par ma foi, non : je n'en vis pas un depuis le Carême, que j'en vis manger chez dame Eme,ma grand-mère, à qui sont ces brebis.

LE CHEVALIER. — Ma foi, jc suis maintenant ébaubi, jamais je ne fus si raillé.

MARION. — Sire, par la foi, que vous me devez, quelle bête est-ce sur votre main ?

LE CHEVALIER. C'cst UIl faUCOU.

MARION. — Mange-t-il du pain?

LE CHE^'ALIER. — Xoii. muis bonuc viande.

1. Il y a ici, dans le texte du xni' siècle, un jeu de mots intraduisible. A cette époque, le inotane(a bref) signifie cane, la femelle du canard. Marion, pour se moquer du chevalier, affecte de comprendre âne (a long;.

2. Autre jeu de mots; les paysans, dans certaines régions, prononcent en on la finale en. Mais là encore, Marion fait une confusion volontaire.

MOVEN Ar.F {'^

MARioN. — Celte bête ? Ref^ardez, elie a la lèle en cuir ' . Et où allez- vous ?

LK CHEVALIER. \'ers la rivière.

MARION. — Hohin n'est pas de rette manière, lui lui, il y a bien jilus de ^ailé. Dans notre village, il fail beaucoup de bruit quand il joue de sa musette.

LE CHEVALIER. — Or ditcs, doucc ber<;eretlc', aimeriez-vous un chevalier?

.MARION. — Beau sire, tirez-vous arrière, je ne .sais ce que chevaliers sont. Sur tous les hommes du monde je n'aimerai que Hobin. 11 vient au soir et au matin, à moi, tous les jours et par habitude, et il m'apporte de son fromage. Encore en ai-je dans ma robe, et un gros morceau de pain, qu'il m'ajjporte pour dîner.

(Scène II.)

3. Les genres comiques du XV"' siècle. — Pendant le xiv siècle, nous; ne trouvons aucinie pièce cmnique ; tout ce répertoii'e a été perdu on transformé, et ne nous est connu que par des remaniements du .\v^ siècle. — Au .\v% trois genres sont à la mode : a) la farce, qui est la fornie encore réduite, mais authentique, de la véritable comédie de mœurs el d'intrigue ; elle emprunte S(juvent son scénario à une historiette connue, à un conte ancien, mais elle renouvelle ces données traditionnelles par l'observation directe des mœurs et des types du temps. Ainsi Pulhelin. le Cuvier, le Pâté et la Tarte, sont, dans des genres différents, des études de mceurs, et, plus poussées, seraient presque des comédies de caractères. Nous allons revenir sur Pulhelin. — h< La moralité est un genre didactique et allégorique, fort ennuyeux, mais fort goùt(' au XV siècle. Ainsi, pour opposer la vie d'un honnête homme à celle d'un étourdi qui devient un coquin, on compare liien- \visé et Mal- Avisé : pour donner ime le^on de sobriété, et faire ressortir les dangers de la gourmandise, on écrira la (Condamnation (le Banquet. — r) La sotie ou sottie est une pièce d'actualité satirique, un pamphlet mis à la scène. La plus célèbre est le Jeu du Prince des sols de Pierre Gringoire, joué en 1512 ; le poète y attaque violenmienl le pape Jules II , alors en lutte contre le

1. Le faucon porte, quand il e>t sur le poing du chasseur, uo haperon de cuir .

-44 i.KS CKANDS ^:(:Hl^.\l^s i-haN(.;.\is

roi Louis XII. — </) Knfin, il faut signaler le monologue et le sermon joyeux, courtes pièces satiriques ou burlesques.

l. Les Confréries joyeuses. — Pas plus que les miracles ou les mi/stères, les pièces c<jniiqucs n'étaient jouées par des acteurs de profession. — Les farces étaient représentées, et peut-être aussi les moralités, par les Clercs de la basoche {Basoche désigne le Palais de justice) : les clercs de procureurs, de grelliers, de conseillers au Parlement, etc.. formaient une ou plusieurs associations qui jouissaient de certains privilèges (élection d'un roi, droit de battre monnaie, etc.). Chaque année, au printemps, la Basoche était en fête pour la plantation du mai: c'est probablement à cette occasion que les clercs jouaient des farces ou des moralités. — Les sotties formaient le répertoire des sots ou Enfants-sans-souci. Ce sont encore des clercs et des étudiants, mais plus jeunes et plus libres. Pour donner leurs représentations, les Sots portaient le costume des fous de cour : mi-partie jaune, mi-partie vert, avec le chapeau à ^Telots et à oreilles d'âne, et la marotte. Par-dessus ce costume, ils plaçaient un insigne particulier au rôle qu'ils incarnaient ; et ainsi se trouvait figurée la philosophie de la sottie, à savoir que tous les hommes sont fous, et qu'ils ne diffèrent que parle genre ou le métier dans lequel ils exercent cette folie.

5. Les principales farces.-- L'Avocat Pathelin. Le texte le plus ancien de Pa^/ie/i/i est celui qui a été imprimé en 1470, mais qui doit n'être qu'un remaniement d'une version plus ancienne. Quel en est l'auteur? on l'ignore. Lesuns l'ont attribué à Villon, d'autres à un certain Pierre Blanchet.

Pathelin 1470).

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