S96 LES"^GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
ré^Mon eiissenl élé foiilciuis dans un cratère commun dune dimension fabuleuse.
Au-dessous de cette mag^nilique ceinture, les détails du tableau se dessinent parfois avec une prodij^ieuse neltelé.On disliiig-ue une seconde, une troisième, et par enilroitsunequatrième enceinte de montagnesé^alement variées de formes, s'abaissant par deg^rés vers le niveau central des trois rivières qui sillonnent ce qu'on peut appeler la plaine; mais cette plaine n'est quune apparence relative ; il n'est pas un point de sol qui nait été soulevé, tordu ou crevassé par les convulsions géologiques. Ces accidents énormes ont jailli du sein de celte vallée, et dénudés par l'action des eaux, ils foj-meiil aujourd'hui ces dykes monstrueux qu'on trouve déjà en Auvergne, mais qui se présentent ici avec d'autres formes et dans de plus vastes proportions. Ce sont des blocs d'un noir rougeâtre qu'on dirait encore brûlants, et qui, au coucher du soleil, prennent l'aspect de la braise à demi éteinte. Sur leurs vastes plates-formes, taillées à pic et dont les flancs se renflent parfois en forme de tours et de bastions, les habitants bâtirent des temples, puis des forteresses et des églises, enfin des villages. Le Puy est en partie dressé sur la base d'un de ces dykes, le rocher Corneille, une des masses homogènes les plus monumentales qui existent, et dont le sommet, jadis consacré aux dieux de la Gaule, puis à ceux de Rome, porte encore les débris d'une citadelle du moyen âge, et domine les coupoles romanes d'une admirable basilique tirée de son flanc.
Cette basilique est elle-même un accident grandiose dans ce grandiose décor naturel. Elle se découpe, noire et puissante, sur les fonds vaporeux des lointains de la campagne, car dans ce tableau, vu d'ensemble^ l'horizon des Gévennes se détache seul sur le ciel, et là, je crois, est le secret de son magique aspect. Les
détails, vus ainsi comme repoussoirs à des perspectives profondes, prennent toute l'inij)(>rtanc'e (pi'ils ont elTectivement et se trouvent en proportion avec l'importance des masses lointaines. C'est Tisolement de Rome sur son ciel sans bornes qui fait que la grandeur réelle de ses monuments est dilïicilement' appréciable à celui qui en approche. Rome, c'est ici qu'elle devrait être située ! C'est ce j^-iiiantesque piédestal d'une seule roche qu'il eût fallu à la pensée de Micliel-An^e pour lancer dans les airs le dôme magistral de Saint-Pierre.
(Le marc/ ni s de \ il le mer, 95-98. Calmann-Lévy,
éditeur.)
2. Jules Sandeau (isi 1-18H;î^ a su mclcr le romanesque à la peinture des nmnus contemporaines dans Mademoiselle de In Seiglière (18 IH ci Sucs et Parchemins (1851) : ces deux romans ont élc mis à la scène, a\'ec la collaboration d'Kmile Au^ner, le premier sous le même titre, le second sous le titre du Gendre de M. Poirier.
.4. Octave Feuillet (1822-1890; a donné : le lioman d'un jeune homme pauvre (1858 , l'Histoire deSyhille (1S62!, M. de Camors (1867), Julia de Jre'cœnr (1872 , Honneur d'artiste (1890^ ; el au théâtre ; Dalila (1857), Chamillac (1886), sans compter plusieurs petites pièces. — Il choisit toujours ses héros dans le grand monde, qu'il excelle à peindre, sans haine comme sans com|)laisance. Un peu trop romanescjue et sentimental au début, il a montré beaucoup de lorce. sinon de j)rorondeur, dans M. de (]amors ei Jutia de Trécœur.
i. André Theuriet 1833-1906 est le peintre des forêts de France, qui lui servent de profond et poétique décor pour des intrig-ues d'un romanesque bourf;eois. Ses principaux romans sont : le Mariage de (jérard, Rai/monde, la Maison des deux Barbeaux^ Amour d'antan, etc.