Ronsard
1. Vie. — Pierre de Ronsard, gentilhomme comme J. du liellay. comme A. de Baïf, comme presque tous ses disciples et imitateurs, fut d'abord destiné à la vie de cour, à la carrière des armes et à la diplomatie. Page du dauphin fils de François l", puis du duc d'Orléans, enfin de Jac(iues V d'Ecosse, le jeune Ronsard voyagea beaucoup, apprit laiiglais, lallemand, lilalion, et se préj^araiL à suivre quelque ambassadeur, (juand presque subitement il devint .sourd. Alors, il se remit à l'étude, et s'enferma pendant près de sept années au collège de Coqueret, sous la discipline de Jean Daurat, éminent helléniste, avec un certain nombre de jeunes gens animés comme lui d'une véritable passion pour les lettres anciennes. — En 1519, Ronsard constitue sa Pléiade, sorte de petite académie c<miposée de sept poètes la Pléiade est une constellation de sept étoiles) Ronsard, du Bellay. Ra't'f. .Todelle, Rémi Belleau, Pontus de Thyard et Daurat.
A partir de celte date. Ronsard n'a d'autre histnire que celle de ses «euvres. Notons seulement qu'il arrive ti*ès vite à jouir d'une immense réjjutation; il est j^rotégc par les rois Henri II,
8i I,ES (il{A?ïl>S l':OKI VAINS IUANÇAIS
("-luirlcs IX cl Ilcmi III ; il esl iccherché par tout ce que la 1 cour ot la \ ilK- comptciil de plus puissant: Michel de rilospital, le duc dAujou. Calhciine de Médicis, Marie Stuarl. Honssard esl C()nd)lé de pensions et de bénéfices : il lut tilulaire de l'abbaye de Hello/.ane, de l'abbaye de Gi'oi.\-\'al, du prieuré de Saint-Cosme-en-l'lsIe. ('omnie il aimait beaucoup la campagne, il vivait peu à Paris, et c'est vraiment (Vaprès nature ([u'il a chanté la forêt de Gastine ou la fontaine Bellerie. 11 voulut mourir à Saint-Cosme-en-risle, en Touraine, et s'y faire enterrer. Son oraison fimèbre fut prononcée à Paris, au collège de Boncour, par le cardinal du Perron.
2. Les Odes de Ronsard (1550-53). — Dans les quatre premiers livres d'odes cpi'il publia en 1550, Ronsard se fait surtout l'imitateur de Pindare, d'Horace et d'Anacrcon. Pindare était, de tous les poètes lyriques grecs, le moins accessible à des Français; Ronsard, en limitant, est pédantes(iue et obscur. Ses odes Au roy Henri II sur la paix, à Michel de illospital, au Comte d'Anguien sur la victoire de Cérisoles, sont pénibles souvent jusqu'à l'incohérence. Plus accessibles sont les odes imitées d'Horace ou d'Anacréon (A la fontaine Bellerie. VAniour voleur de miel]. — Déjà cejjendant quelques petites pièces où se faisait sentir plutôt linfluence italienne, telles que : Mignonne^ allons voir si la rose... et Au rossignol, nous révèlent un autre Ronsard, nioins hanté par ses souvenirs de collège.
Cassandre (1553).
L'originalité de Ronsard n'est pas dans Vinvention du thème. Au moyen âge, dans la poésie française, dans la poésie provençale, en Italie, et, au xvi'^ siècle, chez presque tous les poètes, on retrouve cette comparaison de la jeunesse et de la rose. Mais Ronsard, avec cette donnée banale, crée une petite scène en trois parties, — i"= strophe : il y a tableau, et geste : « Allons voir si... » ; et il semble que la conversation se poursuive, tandis qu'à pas lents, le long d'une allée de grand jardin français, le poète et la jeune fille se dirigent vers la rose qu'ils ont admirée le matin. — 2^' strophe : on les voit devant la rose flétrie, et les réflexions du poète trahissent l'expression des physionomies. — 3= strophe : le poète tire une conclusion de cette petite scène
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu cette vêprée
2. Déclose. Oc clore, fermer, on a composé ëc/ore et dcclore, ouvrir. Analyser limage formée par rohe... soleil...). — 4. Vêprée, dérivé de vespre, soir, comme soirée de soir.
\\l'' sii:c[,E S,*)
Les plis de sa robe pourprée, ')
Va son teint au vcMre pareil.
Las ! vovez comme eu peu d'espace,
Miguouue, elle a dessus la place.
Las ! las ! ses beautés laissé choir !
0 vraiment marâtre Nature, 10
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mif;nonne,
Tandis que votre âge lleuronne
En sa plus verte nouveauté, 1.')
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette Heur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
(Odes, liv. L)
Et surtout, le poète personnel, le poêle qui mêle ses senli-
lents mélancoliques à la description de la nature, apparaissait
léjà dans l'admirable pièce qui suit, tirée du IV' livre des Odes :
La fuite de la jeunesse (1550).
Voici une petite pièce qui demande A être analysée très mcthodiquement. et qui -."st le type achevé du lyrisme personnel de Ronsard. On remarquera que la première strophe contient le thcinc repris dans les quatre strophes suivantes : rocbets, bois, antres, ondes. On fera ressortir la construction antithétique de chaque strophe, et l'harmonie admirable de la dernière, où les allitéralious ne sont plus, comme chez Marot, des plaisanteries, mais de savantes combinaisons de syllabes destinées à produire une musique. Hntin, la pièce une fois analysée, il sera facile de faire des rapprochements avec plusieurs passages de Lamartine, d'autant plus que les deux poètes ont une source conuuune, Pétrarque.
(^uand je suis ving^t ou trente mois Sans retourner en \'endômois,
T. Las latin. Lissum . latiijué. Exclaïualion qui (^^•ijuivuul à : ■■ (Juf je -uis inalheurcux ! « Nous n'usons plus (|ue du composé Jti'las!— 0. Choir, lombei-.— li. Fleuronne, formé de fleuron, petite fleur.
so
Lb.s »iKAM»S liCRIVAlNS fHANCAI»
Plein (le j3ensées vag^abondes,
Plein (1 un remords et d'un souci,
Aux rochers je nie plains ainsi. 5
Aux bois, aux antres et aux ondes.
M Rochers, bien que soyez a<j;e/.
De trois mille ans, vous ne changez
Jamais ni d'état ni de forme :
Mais toujours ma jeunesse fuit, 10
Et la vieillesse qui me suit
De jeune en vieillard me transforme.
« Bois, bien que perdiez tous les ans
En hiver vos cheveux mouvants
L"an d'après qui se renouvelle 15
Renouvelle aussi votre chef :
Mais le mien ne peut derechef
Revoir sa perruque nouvelle,
« Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verts les genoux, 20
Le corps habile et la main bonne :
]\Iais ores, j'ai le corps plus dur,
Et les genoux, que n'est le mur
Qui froidement vous environne.
« tJndes, sans fin vous promenez, 25
Et vous menez et ramenez
Vos flots d'un cours qui ne séjourne :
Et moi, sans faire long séjour,
o. Pensées, forme trois syllabes: — un remords, un souci : nous dirions (le remords, de souci .. — 12. Remarquer la répétition voulue: vieillesse vieillard. — 14. Cheveux, s'employait alors Iréquemment pour feuillage (cf. plus loin cj^inière). Il est resté en botanique pour désigner certaines plantes : cheveux-d'évéque. chcveux-de-Vénus, cheveux-de-paysans. — 16. Chef (caput) tête. — 18. Perruque, ce mot désignait soit la chevelure naturelle, soit une chevelure artificielle., soit le feuillage des arbres. Ronsard l'a fréquemment employé dans ce dernier sens. Ici il joue donc sur le mot. — 20. Verts, dans le sens figuré de vigoureux. =- "^2. Ores, maintenant.
w i" sii:ci-K S*
Je m'en vais de nuit et de jour
Au lieu d'où plus ou ne retourne... » M)
{Odes, livre W , ix.)
3. Les « Amours » de Ronsard. — Sous ce titre iVAmonrs, Uonsaid a publié trois recueils : en 1552, les Amours de Cis- .s<» n Jre ; celte Cassandre était la fille de Bernard Salviati, seigneur florentin établi en France ; elle fut l'ancêtre d'A. de Musset. Les pièces qui composent ce l'ecueil sont en jurande partie (les sonnets, imités de Pétrar((ue^ et dont certains ont beaucoup de g'ràcc ou d'émotion; — en 1556, les Amours de Marie ; Marie Dupin était, dit-on, une jeune fille de l'Anjou. Dans ce recueil figurent quelques-uns des plus beaux sonnets de Ronsard, en particulier celui qu'il consacre h Lu mort de Mnrie.
A une jeune morte 1556).
On s'attachera particulicroment, d.ins l'analyse de ce sonnet, à l'clude des comparaisons.
Couime on voit sur la branche au mois de mai la rose En sa belle jeunesse, en sa première Heur, Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand Faube de ses pleurs au point du jour l'arrose :
La «;râce dans sa feuille et l'Amour se repose, 5
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur ; Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur, Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.
.\insi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient tii beauté, \0
La Parcpie t'a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
:tO D'où plus on. .. d'où jamais on...
tj. Odeur, ne se dit plus au sens de parfum. — 7. Battue de... On dirait aujourd'hui par. — 8. Déclose, ouverte ('/e-c/ciur7ere;, cf. tcLoro. — 11. La Parque. Les Parques (niyth.j flluicnl la vie humaine : Clotho tenait le fuseau, Lachf^sis, le fil, et Alropos le coupait. — 12. Obsèques signifie, au sens étymoloyrique, les olTrandesqui accompagnent {a h-sequi) la corps dans l'autre monde.
SS l.liS (IHANDS lk:HI\AlNS IHANCAIS
G f Ce vase plein de lait, ee panier plein de ilelirs, Afin que vit" et mort ton corps ne soit que roses.
Amours, livre II, '2'' partie, sonnet 4.)
IJTi. — Les Amours d' Hélène .Hélène de Surj^ères était fille d'honneur de Catherine de Médicis. C'est à elle que Ronsard a dédié ses derniers sonnets, parmi lesquels le i)lus connu est consacré à l:i vieillesse.
A Hélène 1574j.
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant, et filant, Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant: a Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. >>
Lors vous naurez servante oyant telle nouvelle, 5 Déjà sous le labeur à demi sommeillant, Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et, fantôme sans os.
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; 10
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Reg-rettant mon amour et votre fier dédain. Vivez, si m'en crovez, n'attendez à demain ; Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
(Sonnets pour Hélène, II, xlii.)
i. Les Élégies publiées en 1560, contiennent une des pièces les plus célèbres de Ronsard, son invective éloquente contre les bûcherons de la Forêt de Gastine.
A la forêt de Gastine (1560).
Ronsard habitait souvent en son abbaye de Croix- Val, dans le Vendômois, près de la forêt de Gastine ou Gâtine. Cette belle élégie lui a été inspirée directement par son amour de la nature. Mais il n'a pu se défendre de mêler à ses descriptions et à ses sentiments des souvenirs mythologiques souvent fâcheux et discordants.
3. Oyant, participe présent du verbe ouïr, entendre. — 7. Bruit, au sens de gloire. — 10. Myrteux, souvenir mythologique. Dans les Enfers des païens, les justes se promenaient dans les Champs-Elysées, sous des mvrtes.
X\ r SIFCLK
...Kcoute, bûcheron, arrête un peu le bras; Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas, Ne vois-tu pas le san<i, lequel dé;,^outte à force, Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? Sacrilège meurt rier, si on pend un voleur 5
Pour piller un butin tle bien peu de valeur, Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses Mérites-tu, méchant, pour tuer nos Déesses? Korèt, haute maison des oiseaux bocagers ! Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers 10
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière Plus du soleil dété ne rompra la lumière.
Plus lamoureux pasteur sur un tronc adossé, lintlant son llageolel à quatre trous percé, Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette, 1.")
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette : Tout deviendra muet, l^cho sera sans voix : Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois Dont Tombrage incertain lentement se remue. Tu sentiras le soc, le contre et la charrue : -0
Tu perdras ton silence, et haletants d'effroi Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.
.Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre, Où premier j'accordai les langues de ma lyre, Où premier j'entendis les flèches résonner 'iô
D'Apollon, qui me vint tout le cccur étonner : Où premier admirant la belle Calliope,
V. Nymphes, divinités des eaux, dos hois, ctr... Cell«s qui vivent dans Its ail)ies siipprllcnt ])Ius particulièrpmcnt Dryades (du mot grec drus, , |„-.nc). —5. Meurtrier ne doit former, comme plus loin au vers 3(i, que deux syllabes. — '•. Bocagers, qui vivent dans les bocages. — 11. Crinière, 11.89, note 14. — 17. Echo. Allusion à l'histoire de la nymphe Kchn, racontée par Ovide dans ses Métamorphoses, III. :^^s. — V.). Il ost question, dans ce iif'au versdescriplif. soit des ondulations du feuillage sous le vent, soit des déplacements de lombre sur le sol.— 20. Coutre (culler), le couteau placé 'Il avant du sc)C. dans la cliarrue. — 22. Satyres, Pans, dieux champêtres !<• la mytiiologie latine. — 2i. Premier, p«» ir la pri'mière fois: — langues, l«.-s cordfs;. ~ 2i>. Étonner, sens très fort, eonnne au x\ii' siècle. — 27. Calliope. .Muse de la poésie épique.
^M) /.ES «;ham»s Écrivais Français
.le cle\ iiis nmoLireiix de sa néuvaine Irope,
(xUiaïul sa main sur le IVoiit cent roses nie jeta,
Kl (le son |)roj)re lait Kutei-pe m'allaita. M)
Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées, De tableaux et de fleurs autrefois honorées, Maiulenant le dédain des passants altérés, Qui, brûlés en été des rayons éthérés, Sans plus trouver le frais de tes douces verdures, 35 Accusent vos meurtriers, et leur disent injures.
Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens, Arbres de Jupiter, germes Dodonéens, Qui premiers aux humains donnâtes à repaître. Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître 40 J^es biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers, De massacrer ainsi leurs pères nourriciers.
Que rhomme est malheureux qui au monde se fie ! 0 Dieux, que véritable est la philosophie. Qui dit que toute chose à la fin périra, 45
Et qu en changeant de forme une autre vêtira : De Tempe la vallée un jour sera montagne. Et la cime d'Athos une large campagne, Neptune quelquefois de blé sera couvert : La matière demeure et la forme se perd. 5(J
[Élégies. XXIII.)
28. Trope, troupe (latin h'oppus, turba ?; La néuvaine trope est la troupe des neuf Muses. — 30. Euterpe, Muse de la musique. —32. Tableaux. Chez les anciens, les personnes qui avaient échappé à un danger, par exemple à un naufrage, taisaient représenter la scène sur un tableau, et suspendaient ce tableau à un arbre sacré, ou dans un temple (cf. Horace, A'p. II, 3, 10-21). — 37. Couronne aux... Vous dont on faisait des couronnes pour... — 38. Dodonéens, de Dodone. Il y avait à Dodone, sur la colline du Tinarus, en Epire, un célèbre sanctuaire de Jupiter, entouré d'une forêt de chênes dont les bruissements étaient interprétés comme des oracles. Ronsard fait ensuite allusion à la tradition qui veut que les premiers hommes se soient nourris de glands, avant que Cérès leur eût donné le blé (cf. Virgile, Géorgiques, C 148). — 49. Neptune, pour la mer, dont Neptune est le dieu ; — Quelquefois, un jour, dans l'avenir. — oO. Ce dernier vers est une belle formule scientifique et poétique à la lois, inspirée sans doute à Ronsard par Lucrèce.
."). Les Discours. — Honsard n'est pas seulcmcnl un iniilat(.'ur des anciens et des Italiens, un pi)ète niélanci)li(iue, un peintre de la nature ; il a su s'intéri'sserà des questions d'aetualité, — adresser au jeune roi Chnriex /.Y des conseils pleins de couraj^e et de sajçesse, — discourir sur les mUèreg du teiups^ — faire des Ri'inonfrances an peuple de France. On a vrainieid i)laisir à fultMidre sonner ilans les robustes alexandrins dv ces Disi'ours des acci'nts qui partent tlun c<rur de Franeais et de chr-étien : cela repose de tant de mythologie et de péfrar(piisme : et rien ne prouve mieux la valeur poétique de Ronsard qui, parfois, s'annonce, dans ces généreuses tirades, c<.)nime un ancêtre de Corneille.
Discours des misères de ce temps 1563).
A CalheriDe de Médicis.
...Las ! Madame, en ce temps que le cruel orage
Menace les Français dun si pileux naufrage,
Que la grêle et la pluie et la fureur des cieux
Ont Irrité la mer de vents séditieux,
l']l que Tastre jumeau ne daigne plus reluire, 5
Prenez le gouvernail de ce pauvre navire,
Kt malg"ré la tempête et le cruel effort
De la mer et des vents, conduisez-le à bon port.
La France à jointes mains vous en prie et reprie,
i^as 1 qui sera bienlôt et proie et moquerie 10
Des princes étrangers, s'il ne vous plaît en bref
Par \otre autorité apaiser son meschef.
Ha î que diront là-bas, sous les tombes poudreuses. De tant de vaillants rois lésâmes généreuses ? Que dira Pharamond, Glodion et Clovis? L")
Nos Pépins, nos ^L^r(els, nos Charles, nos Louis, «Jui de leur propre sang- versé parmi la guerre
V. De vents... .Vu luoycii de... — 'i. L'astre jumeau, conslcllalion dos (iéiiieaux ou dfs Dioscurts, Ciislor cl Pullu\, (|ui passaiuiil pour les j)rMlocteurs des navigateurs. — 8. Conduisez le à... Le s't-lide devant /» — K». Ellipse des articles définis. — 12. Meschef, ' mrs-rlir/^ mallieur, aiiidcnl .
\)'2 l.l'S (JKANUS KCUIVAINS FHANÇAIS
Ont acquis i\ nos rois une si belle terre?
Que (liront lant de ducs et tant d'hommes fj;-aerriers Qui sonl morts d'une plaie au combat les premiers, '20 Et pour l'^rance ont soulFert tant de labeurs extrêmes, La voyant aujourd'hui délruire par nous-mêmes ?
Ils se repentiront d'avoir tant travaillé, Querellé, combattu, guerroyé, bataillé, Pour un peuple mutin divisé de courag-e, 25
Qui perd en se jouant un si bel héritage, Héritage opulent, que loi, peuple qui bois Dans l'anglaise Tamise, et toi, More qui vois Tomber le chariot du soleil sur ta tête. Et toi, race gothique aux armes toujours prête, 'AO
Qui sens la l'roide bise en tes cheveux venter, Par armes n'avez su ni froisser, ni dompter.
6. Autres poèmes. — Signalons enfin, sans nous y arrêter : Les Hymnes, le Bocnije royal, les Éylognes, et surtout cette mallieureuse tentative de poème épique : La Franciade. Après avoir essayé d'être le Pindare de la France, Ronsard voulut en devenir rtionière. Il découvrit dans les Illustrations des Gaules de Jean Lemaire la singulière légende de Fi'ancus, fils d'Hector le troyen, venant fonder letroyaume de France; et il entreprit, sous les auspices du roi Charles IX, la Franciade; ainsi Virgile écrivait VÉnéide. Mais après le i" chant, le courage lui manqua; il abandonna cette entreprise artificielle et pédantesque. Les fragments de la Franciade sont d'une lecture pénible; d'autant plus que Ronsard, qui maniait en maître notre vers héroïque, l'alexandrin, eut la fâcheuse idée décrire son épopée en \-ers de dix syllabes.
7. Jugement sur Ronsard. — Après avoir été, de son vivant, célébré comme le plus grand de tous les poètes, Ronsard fut vite oublié et dédaigné. La réforme poétique de, Malherbe le relégua au rang des écrivains archaïques et obscurs. Ce n'est qu'au xix* siècle, grâce aux eiforts des romantiques qui remirent en honneur le sentiment de la nature et rindividualisme, que Ronsard reprit
18. Les poètes du xvi« siècle parlent peu de notre histoire. Il est bon de signaler cotte oxception. — 25. Courage, opinion.
\M' SIKCI.K 9.S
son rany. Au l'imcl, il claiL pliilôl lancrlro des ^mmiuIs classi([ues qui' celui des romantiques. iVest lui (jui jious avait initiés à la connaissance et à l'imitation de 1 antiquité ; c'est lui qui avait établi la division des genres et leurs lois : et son style était d'une allure oratoire et didactique. Cependant, il pouvait plaire aux roniantitiucs par la façon dont il sait associer la nature aux sentiments de Tànie. par sa mélancolie, par la richesse di" sa langue . Grand poète, il le fut; personne ne lui conteste plus ce titre: mais il est peu d'œuvi-es plus inégales que la sienne.
TII. — Joachim du Bellay (1525-4 r.oO).
1. Vie. — Né à Lire, près d'Angers, Joachim du Bellay appartenait à une illustre famille. II étudiait le droit à Poitiers, quand, en I jI" ou 15i<S, il iit la rencontre de Ronsard ; sa vocation poétique se détermina ce jour-là. Atteint, lui aussi, de surdité, il se porta avec ardeur vers l'étude des anciens et surtout des Italiens. En 1548, il publia le manifeste de la nouvelle école ; en 1550, il donna son premier recueil de vers, VOlive. Mais il n'avait pas tout à fait renoncé à la carrière diplomati(|ue, et en 1551 il accompagna à Home, connue secrétaire, son oncle le cardinal Jean du Bellay. Sil fut sensible aux beautés de la ville éternelle, qu'il chanta dans les Antiquités de Rome, il soutï'rit de sa situation subalterne, et se plaignit dans les Ueijrels. Devenu entièrement sourd, il regagna la France en 1558, et mourut à l'âge de trente-cinq ans.
2. Œuvres. — Le recueil de sonnets intitulé VOlive est dédié à M"* de Viole (dont Olive est l'anagramme) ; du Bellay, dans cet ouvrage, imite surtout Pétrarque. — Les Antiquités de linine sont aussi un recueil de sonnets: du Bella^^ y chante la grandeur et la décadence des Romains. Il y prouve un certain sens du pittoresque, et surtout il atteint à une majestueuse gravité. — Le troisième recueil de sonnets est le plus original, le plus personnel : dans les Regrets, du Bellay s'inspire à la fois de ses souvenirs et de ses haines : tantôt il est satirique, et tantôt mélancr»lique.
La grandeur romaine (1558).
Pendant son scjour à Rome, Du Bellay semble avoir profondément senti, devant les ruines du passé, la grandeur du peuple conquérant. Dans ce sonnet, il expose, sous une forme hyperbolique et ingénieuse, l'<ét»;ndue de l'empire rom.iin.
94 I.KS C.MANhS KCUnAI.NS 1IIAN(;AIS
Qui voiulrail li^'^urcr la Romaine «grandeur, En ses dimensions, il ne lui faudrait querre A la ligne, et au ploiiil), nu compas, à l'équerre, Sa lonj^ueur et lar^'-eur, hauteur et jirofondeur ;
Il lui faudrait cerner d'une égale rondeur ')
Tout ce que TOcéan de ses longs bras enserre, Soit où TAstre annuel échaulVc plus la terre, ^
Soit où souille Aquilon sa })lus grande froideur.
Home fut tout le monde, et tout le monde est Rome, ' Et si par mêmes noms mêmes choses on nomme, 10. Comme du nom de Rome on se pourrait passer ;
I^a nommant par le nom de la terre et de Tonde : .
Ainsi le monde on peut sur Rome compasser. Puisque le plan de Rome est la carte du monde. ;
[Antiquités de Borne, sonnet xxvi.)
Les Français à Rome (1558). ^
Dans ses Regrets, Du Bellay nous a laissé des croquis satiriques très spirituels. Il peint ici les allures de quelques-uns de ses compatriotes, dont il explique le succès par le caractère. C'est pour n'avoir pas voulu se plier à ces procédés de courtisan, qu'il n'a pas réussi, pendant son séjour à Rome.
Marcher d'un grave pas et d'un grave sourci. Et d'un grave souris à chacun faire fête, =
Balancer tous ses mots, répondre de la tète, |
Avec un Messer no. ou bien un Messer si ;
Entremêler souvent un petit è cosi, 5l Et d'un son servitor contrefaire l'honnête.
Et, comme si Ton eût sa part en la conquête, -
Discourir sur Florence et sur Naples aussi ; |
2. Querre, chercher (latin qaeerere). — 3. Auplomb.au fil à plomb. — 7. L'Astre annuel, le soleil ; — Plus, le plus. — 13. Compasser, mesurer au . compas .
4. Messer no : Monsieur, non : — Messer si : Monsieur, oui. — 3. E cosi, c'est ainsi. — 0. Son, forme abrégée, en italien, pour sono, je suis.
Igiieiiriser chacun d'un baisement de main, lA, suivant la façon du courtisan romain. 10
(lâcher sa pauvreté dune brave apparence :
\ Oih» de cette cour la phis «grande vertu, hont souvent, mal monté, mal sain et mal vêtu, ^cins barbe et sans ar^^ent on s'en retourne en France.
[Les liegrets, sonnet i,.\\.\vi.)
Le beau voyage (1558)'.
Voici le plus célèbre sonnet de Du Bellay. L'amour de la patrie s'y exprime avec autant de sincérité que de poésie. La mythologie y est discrète, et crée seulement une belle antithèse avec les humbles vœux de l'exile.
Heureux (jui, comme Ulysse, a l'ait ini beau voyag^e Ou comme celui-là qui conquit la toison. Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, hélas 1 de mon petit village 5
Fumer la cheminée, et eti quelle saison
Heverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une j)rovince, et beaucoup davantage ?
Plus me plait le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux, 10
Plus que le marbre dur, me plaît l'ardoise fine ;
0. Seigneuriser, liailcr coinnie un «i-rand seigneur. — 11. Brave, se disait de rhabillenienl et était presque synonyme d'élrgant.
t. .\lInsion aux courses erranles d'LIyssc à son retour de Troie : c'est le sujet de l'Odussi'e d'Homère. — 2. Celui-là; Jason, qui a conquis la toison d'or, et qui fit. lui aussi, un beau voyage, sur le navire .Vrg-o. avec ses compagnons, les Argonautes. — :!. Usage, expt'rience. — 7. Clost endroit fermé, potit jardin. — 11. L'ardoise fine, l'Anjou est le pays d'où ï'on extrait la meilleure ardoise. I5en)art|ue/. comme les (•pilhètes sont bien choisii's et i>i<)i opposées.
'Jt5 I.K.s (iKANUh ÉCHI\ AINS KKANÇAlrt
l^lus mon Loire «gaulois que le Tibre latin, Plus mou |)clit l.iré que le mont Palatin, 1^1, plus tjue lair marin la douceur an^e\ine.
Le H Iie(/re(s, \.\\i.)
— II faut eiiiin. pour nioutrer la souplesse du talent de J. du Bellay, citer la célèbre Chanson dn Vanneur.
Chanson du Vanneur.
Cette petite pièce ar été traduite du latin d'André Navagero (1455- 1529). Elle met en scène un paysan de l'antiquité dédiant des fleurs aux vents dont le souflle l'aide à vanner son blé. — La première strophe est Vadressc, avec énuniération des attributs; dans la seconde sont groupées comme en un bouquet les fleurs off^ertes par le vanneur; la troisième contient \a prière, et nous donne la silhouette vivante du personnage.
A vous troupe lég^ère,
Qui daile passagère
Par le monde volez,
Et dun sifflant murmure
L'ombrag^euse verdure 5
Doucement ébranlez,
JolFre ces violettes.
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses, 10
Tout fraîchement écloses,
Et ces œillets aussi.
De votre douce haleine Eventez cette plaine,
12. Loire, la Loire 'le luascuUn ici s'explique par le latin masculin Liger). — 13. Lire, petit village d'Anjou, patrie de du Bellay, est situt-, en face d'Ancenis, à 3 kilomètres au sud de la rive gauche de la Loire. — 14. Du Bellay excelle à terminer un sonnet sur un vers à rime féminine, qui donne une impression plus fuyante et plus légère ; cf. le sonnet précédent.
2. Dalle, avec une aile. — 3. Ombrageuse, qui donne de l'ombrage. Ne s'emploie i)lus qu'au sens figuré et subjectif. — lu. Vermeillettes, diminutif dans le goût italien.
Eventez ce séjour : IT)
Ce pendant que j'ahanno A mon blé, (jue je vanne A la chaleur du joui*.
[Direr.s Jcu-r rustiques.)
— J. ilu Hi'Uay a aussi coril une ix'uiaiMjuable satire intitulée Le Poète courlisan, dans laquelle, reprenant un des points les plus importants tle sa Défense et illiistrafinn, il essaye dinspireiaux poètes le sentiment de K'ur dignité.