II. — La Comédie
1. S'il va solution de continuité entre les mystères du moyeu âge et la tragédie classique inaugurée par Jôdellc, on peut affirmer (juc la comédie du xvr siècle est directement issue de la farce. Ct)nn'nc d'autre part elle se renouvelle et se fortilic par l'imitation de l'antiquité et par celle de l'Italie, elle prépare notre comédie classique du \vii« siècle.
2. L'auteur de Clêopâtre, Jodelle, a fait représenter, le même jour que sa tragédie, une comédie en cinq actes, ù neuf personnages, intitulée Eiigùne ou la lienconlre. La pièce est péiiible et obscure. — Vn autre membre de la Pléiade, Ucniy Belleau. a composé la Reconnue, j)ubliée seulement après sa mort en 1577. — On pourrait citer encore de nombreuses comédies jouées entre 1560 et 1600; mais un seul écrivain peut être considéré, après l'auteur de Pnihelin, comme un précurseur de Molière, c'est Lariiey.
3. Pierre Larivey 15éO-I611^. — D'origine italienne par son père, Larivey fut chanoine de Troyes, et publia en 1579 six comédies imitées de l'italien ; aucune d'elles ne fut jouée de son vivant. Les deux princii)ales sont : les Esprils et les Ecoliers. Donnons une rapide analyse des Esprits, où l'on retrouve des scènes imitées de Plaute V.iiîlulaire et de Tércncc 'lès Adelphes), et que Molière a lui-même reprises dans VÉcole des Maris et dans r.4uflre. Mais ajoutons que Larivey s'inspii-ait aussi dune comédie italienne, VAridosio de Lorenzino de Médicis.
Dans les Esprits. Larivey nous |)réscnte deux \ieillards, frères, fîifa/re. indulgent et généreux, et ^'érertn. mécliant et avare. Ccbiici a confié à Hilaire un de ses fils, Fortuné ; il élève lui-même son autre fils, f'rbain, et sa fîUc Laurence. L'intrigue est faite
I i ( Il .s (.itA.NUS l:CRl\ AINS IRANÇAIS
des obstacles que ces jeunes gens éprouvent dans leurs amours^ obstacles licurcuscmcnt levés à la lin de la pièce dont le dénou ment est le mariage d'Urbain avec l'Y'liciatic, de Fortuné av Apoline, et do Laurence avec Désiré. Mais les meilleures scènes, les scènes de caractère, sont créées par l'avarice de Séverin et la fourberie du valet Frontin. Séverin, voulant rentrer chez lui pour y déposer une bourse pleine d'or, en est empêché par Frontin qui lui déclare que sa maison est hantée par des esprits (d'où le titre de la pièce. Séverin, elTrayé, cache sa bourse dans un trou, sans se douter qu'il est épié pai* Désiré, l'amoureux de sa fille Laurence ; ses hésitations, ses craintes, ses prières, sont rendues avec une vérité comique digne de Plante et de Molière qui, ni l'un ni l'autre, n'olï'rcnt la même scène. Désiré, une fois que Séverin est parti, vole le contenu de la bourse. L'avare revient bientôt pour rc\oir « sa chère bourse » ; il la trouve pleine de cailloux. Alors, il éclate en lamentations, dans un monologue imité de Plaute, et que Molière à son tour a imité. La scène qui suit, avec Frontin, est également très amusante et très fine : c'est un développement ingénieux du monologue. Enfin à l'acte V, scène ^"I, et scène VIII, on trouve des qiiiproquos, dont Molière a su faire son profit, et quelques traits excellents, de ce que Ion appelle des mois de nature. Quand on rend à Séverin ses écus, il s'écrie : « O Dieu ! ce sont les mêmes 1... » Et quand on lui dit que son lils va épouser une jeune fille dotée de quinze mille francs : « Quinze mille francs 1 II sera plus riche que moi. »
Voici la plus célèbre scène des Esprits :
L'avare volé 1579 . ^
Ce monologue est imité de Plaute, mais avec cette notable différence que, dans ]es Esprits, tout sc- passe sous les yeux du spectateur, qui assiste à la découverte même du vol. Chez Plaute et chez Molière, la /i découverte est faite hors de la scène, et l'avare vient seulement exhaler ses plaintes et son désespoir devant les spectateurs.