La Tragédie
1 . La tt Cléopàtre » de Jodelle. — On a vu plus haut que les mystères avaient été interdits par arrêt du Parlement en 1548. En 15.j2. fut représentée la première tragédie classique, Clèopâlre, I^auteur de cette pièce était un jeune homme, Etienne Jodelle, qui faisait partie de la Pléiade, et qui joua lui-même le rôle de la reine d'Egypte. — Avant Jodelle, des érudits avaient écrit des tragédies en latin, à lïmitation de celles de Sénèque, ou publié des traductions envers des tragédies grecques; mai» Jodelle eut Ihonneur de produire la pren^ière œuvre originale, et de réaliser, assez maladroitement d'ailleurs, les conditions réelles et durables du genre auquel Corneille et Racine devaient donner sa forme parfaite, — Cette pièce, en cinq actes et en vers, est tirée de la Vie de César par Plutarque. Au moment où couit mence l'action, Antoine vient de mourir, et Gléopâtre est décidée à le suivre. Octave se dispose à pardonner : mais Cléopàtre lui demande seulement la vie de ses enfants, et un récit, au cinquième acte, nous apprend qu'elle s'est donné la mort, ^ C'est déjà, on le voit, une action prise toi\t près de sa fin, qui se passe toute en discussions et en analyses morales, et qui se termine par la mort de Ihéroïne. Cléopàtre, comme les tragédies antiques a des chœurs placés à la fin de chaque acte. — Les représentations de Cléopàtre, dans la cour de l'hôtel de Reims (à Paris) et au collège de Boncour, furent accueillies avec enthousiasme. Le roi Henri II y assista, et donna au jeune auteur une gratification de 500 écus. Les membres de la Pléiade organisèrent à Arcueil une sorte de triomphe bachique, où l'on promena un bouc couronné de fleurs et de lierre, en chantant le pœan. — L'année suivante, Jodelle écrivit une autre tragédie, tirée de YÉnéide de Virgile. Bidon se sacrifiant: mais cette pièce ne fut probablement pas représentée.
\Vl" SIÈCLE l-i3
1'. Robert Garnier (153i-l590\ — Robert Garnier fit imprimer sept traf^édies, dont les principales sont Porcie, (homélie, les Juives, et une traf;i-coniéclie. Bradanianfe. Garnier, qui s'inspire de riiisloire romaine et de la Bible, est remarquable par l'éloquencc et par la lojfique de ses dialogues; son style est ferme, plein de traits à la fois spirituels cl brillants : c'est un précurseur de Corneille.
3. Montchrestieu 7 lOiîl . — Montchrestien a traité lui aussi des sujets antitiues ou bibliques : Sopfionishe, David, Aman ; mais sonœuvi*e la plus originale est l'Écossaise ou Marie Stuart '^1605 où les caractères de Marie Stuart et d'h^lisabeth sont bien étudiés, et qui est écrite en un style dont l'aisance et la douceur font souvent songer à Racine.