I.un à Montmartre et Taulre au château de 1-îicotre
Toutefois, redressant leur entrepas tortu,
Ils guidaient la jeunesse au chemin de vertu.
Son nez haut relevé semblait faire la nique
A 10 vide Nason, au Scipion Nasique, 10
< U 1 maints rubis balais, tous rougissants de vin,
Montraient un hac itlr à la Pomme de pin,
l"t, prêchant la vendange, assuraient en leur trogne
<Ju"un jeune médecin vit moins qu'un vieil ivrogne.
Si barbe sur sa joue éparse à l'aventure, [')
' 'il lart est en colère avecque la nature,
l'ii bosquets s'élevait, où certains animaux,
U^ii des pieds, non des mains, lui faisaient mille maux.
<Juant au reste du corps, il est de telle sorte,
U'u'il semble que ses reins et son épaule torte '20
lusse guerre à sa tète, et, par rébellion.
'Qu'ils eussent entassé Ossa sur Pélion.
Tellement qu'il n'a rien en tout son attelage
U'iii ne suive au galop la trace du visage.
- Gesl-à-dire que le blanc de céruse et la pommade noussent pu
iissir à lui refaire le Icint. — i. Le blnnc d'Espagne eut renié Mahomet
l'iH fjui' d'ontroprendre de blanchir ca cormoran. — G. Montmartre
I au nord i\c Paris. Bicèire au midi. Façon pittoresque de dire qu'il
" he. — 7. Entrepas, intervalle. — 9. Nique (étym. allemande). •> tleste
l'^quel on hoclio la tèle en signe de bravade •> (Darmesleler). — 10.
■>on étail le iiurnom du poète latin Ovide ; Nasica, celui d'une branche
.1 raniille des Scipi(His. Nasus veut dire, en latin, /i^-v ; séj'io de jeux de
•s. — 11. Rubis balais, !<■ rubis fui dt-couvert à Balaschon, près de
uHrkande (Turkçstan russe). De là l'épitljèle de halach, donnée en
i>e au rubis. 11 s'agit ici des boulons rouges qui ornent le nez du
i ml. — \t Pomme de Pin, cabaret situé près du Pont-Xutre-Danie.
I itur signifie en latin : par ici on vu... C'est-à-dire son nez aurait pu
vir d enseigne à un cabaret. — 2o Torte, fera, de lorl ou lon-i. Cf,
'>nqe torso, — 2i. Les Titans, pour escalader l'Olympe, .nvnicii»
issé 1 un sur l'autre le]mont Ossa et le mont Pélion-
Pour sa robe, elle liiL autre qu'elle n'était '2')
Alors qu'Albert le Grand aux fêtes la portait.
Mais toujours recousant pièce à pièce nouvelle,
Depuis trente ans c'est elle, et si ce n'est pas elle :
.\insi que ce vaisseau des Grecs tant renommé,
Qui survécut au temps qui l'avait consommé. 30
Une teig-ne affamée était sur ses épaules.
Qui traçait en arabe une carte des (iaules,
J>es pièces et les trous semés de tous côtés
Représentaient les bourg:s. les monts et les cités,
Les filets séparés, qui se tenaient à peine, 35
Imitaient les ruisseaux coulant dans une plaine.
Les Alpes, en virant, lui grimpaient au collet,
Et Savoy, qui plus bas ne pend qu'à un filet. i
Les puces et les poux et telle autre quenaille l
Aux plaines d'alentour se mettaient en bataille, 40
Qui les |)laces dautrui par armes usurpant,
Le titre disputaient au premier occupant
In mouchoir et des gants, avec ignominie, Ainsi que des larrons, pendus en compagnie, Lui pendaient au côté, qui semblaient, en lambeaux, 45 Crier, en se moquant : vieux linges, vieux drapeaux! Ainsi ce personnage, en magnifique arroi Marchant pedetentim s'en vint jusques à moi. Qui sentis à son nez, à ses lèvres décloses, Qu il fleurait bien plus fort, mais non pas mieux que
froses. 50
(Satire X.)
20. Albert le Grand 119.3-1280;. dominicain, fut un des plus illustres maitres de l'Université de Paris. Régnier veut dire que la robe du pédant semblait remonter au xiii« siècle. — 28. Et si, et pourtant. — 29. Ce vaisseau... Allusion au navire Argo. sur lequel les Argonautes avaient fait leur célèbre voyage, et que l'on conservait, dit la légende, en réparant au fur et à mesure les pièces détériorées par le temps. — 31. Une teigne, teigne se dit proprement dun petit insecte qui ronge les étofTes et les livres: puis d'une plaie du cuir chevelu. Il s'agit ici d'une partie sale et usée formant tache sur la robe. — 32. En arabe, avec des arabesques. — '?,0. Quenaille picard ?). pour canaille. — 47. Arroi équipage. — 4>5. Pedetentim. du latin pcrlcm. pas à pas. — 4-'. Décloses, ouvertes. — "•'•. Fleurait, sentait.
XVII'" SIÈCLE t61
Mais Régnier n'est pas seulement un satirique descriptif, d'un réalisme pittoresque. Comme Boiloau, dont il est vraiment l ancêtre, sinon le modèle, il prend parti dans les querelles littcraires de son temps. Il défend Ronsard et sa libre conception Ac la poésie, contre Malherbe. Sa neuvième satire mériterait '1 être citée tout entière; nous ne pouvons en donner ([u un I Vagment caractéristique :
Contre Malherbe et son École (1606).
Régnier, dans cette célèbre satire IX, adressée à Nicolas Hapin (avocat 1-esprit, excellent critique, et l'un des auteurs de la Satyre Mèitippéc), :.ique Malherbe et ses disciples. D'abord amis, Malherbe et Régnier se • iiillcrent, dit-on, le jour où Malherbe aurait dit à Desportes, oncle . satirique : « Votre potage vaut mieux que vos vers. » Mais ce ne fut qu'une occasion. Au fond, les deux poètes ne pouvaient s'entendre: représentent deux tendances absolument contraires.
. . Comment! il nous faut donc pour faire une œuvre •Jui de la calomnie et du temps se défende, [grande ijiii trouve quelque place entre les bons auteurs, Parler comme à Saint-Jean parlent les crocheteurs ! llncore je le veux, pourvu qu'ils puissent faire 5
ijue ce beau savoir entre en l'esprit du vulgaire, l'A quand les crocheteurs seront poètes fameux. Alors sans me fâcher je parlerai comme eux. Pensent-ils des plus vieux olfensant la mémoire l'ar le mépris d autrui s'acquérir de la gloire? 10
l'A pour quelque vieux mot étrang^e ou de travers, Prouver qu'ils ont raison de censurer leurs vers ? Alors qu'une œuvre brille et d'art et de science, La verve quelquefois s'égaye en la licence... Cependant leur savoir ne s'entend seulement 15
'vfu'à regratter un mot douteux au jugement. Prendre garde qu'un (/ui ne heurte une diphtongue,
». Les crocheteurs, allusion à uno boutade célèlnv de Malhcriie, qui, Ujii Hacan. renvoyait ses disciples aux crocheteurs du Port-au-Foin lace Saint-Jean ou place de (jrèvej comme aux mailres absolus de la
■ ligue française. — 7. Poètes, ne forme ici que deux syllabes; dans la
■ rsiliialion classique et romantique, il compteraiL pour trois. — 14. egaye en la licence, se donne lègiliuiemenl certaines libertés. — 17.
••■t^h' de ['hiatus, lioib.au dit < Art poi'-tu[uo,l) : Gardez «ju' une voyelle courir trop hâtée. Xt' soit «•/* srm rhpinin d'une voyelle lu>urt>''P.. (irands écrivHÏns ù
fl
(f)'-' I.IvS GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
l^picr si (les vers la rime est brève ou lonj;ue,
Ou bien si la voyelle à Taulre s'unissaiil
Ne rend point à l'oreille un vers trop lanj^uissant ; '20
VA laissent sur le vert le noble de rouvrag"e.
Nul ai^'-uillon di^•in n'élève leur courag-e ;
Ils rampent bassement, faibles d'inventions,
Et n'osent, peu hardis, tenter les fictions,
Froids à l'imaj^iner; car s'ils font quelque chose 25
C'est proser de la rime et rimer de la prose,
Que Fart lime et relime, et polit de façon
Qu'elle rend à l'oreille un agréable son ; '^
Et, voyant quun beau feu leur cervelle n'embrase,
Ils attifent leurs mots, enjolivent leur phrase, 30 .
Alï'ectent leur discours tout si relevé d'art, S
Va peignent leurs défauts de couleur et de fard. :^
{Satire IX.)
18. Malherbe avait défendu le premier de faire rimer une syllabe longue et une pyllabe brèAe (table et câble). — 20. Lancienne versi fication tolérait l'e muet non élidé quand il était précédé d'une voyelle. Ex. : vie. aimée, partie... Malherbe proscrivit cette licence. — 21. te vert, le pré. la terre ; — abandonnent, négligent. — 2o. L'imaginer, infinitif pris substantivement. — 2(j. Ce vers ne se comprend que si l'on entend rime dans le sens de rijlhine. Il y a là une sorte de jeu de mots.