‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 68 sur 261 · Pour, ou échange de · texte numérisé non relu

Pour, ou échange de

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m'avez l'ait savoir, en \oici de notre village. .lamais les blés ne furent plus verts, ni les arbres niienx fleuris. Le soleil n'agit pas de toute sa force, comme il lit dès le mois d'avril de l'année passée, quand il brûla les herbes naissantes. Sa chaleur est douce et innocente, supportable aux têtes les plus malades. La fraîcheur et les rosées de la nuit viennent ensuite, et réjouissent ce qui lan^'^uirait sur la terre sans leur secours ; mais,^ ayant plutôt abattu la poussière que fait de la boue, il faut avouer qu'elles ne contribuent pas peu aux belles^ matinées dont nous jouissons. Je n'en perds pas le moindre moment, et les commençant justement à quatre heures et demie, je les fais durer jusqu'à midi.- Durant ce temps-là, je me promène sans me lasser, et] en des lieux où je puis m'asseoir quand je suis] las. Je lis des livres qui ne m'oblig^ent point à méditer, | et je napporte à ma lecture qu'une médiocre attention. Car en même temps je ne laisse pas de donner audience à un nombre infini de rossig^nols, dont tous nos buissons sont animés. Je juge de leur mérite, comme vous faites de celui des poètes au lieu où vous êtes. Et en efîet, si vous ne le savez pas, je vous apprends qu'il y a autant de différence de rossignol à rossignol que de poète à poète. Il y en a de la première et de la dernière classe. Nous avons quantité de Maillets^ et de*** ; mais nous avons aussi quelques Chapelains et quelques Malherbes ^. Le reste à une autre fois. Je suis. Monsieur, votre, etc.

Cet éloignement ne nuisait pas à sa célébrité ; au contraire. Sur tous les sujets d'actualité littéraire ou mondaine. Balzac écrivait à quelqu'un de ses amis, en jjarticulier à Chapelain ou

2. Marc de Maillet 1568-1628) eut auprès de ses confemporains une réputation de poète importun et médiocre. Saint-Amant l'a décrit dans le Poète crotte. Maillet a surtout écrit des épigramraes. — 3. On voit que Balzac, qui faisait si grand cas de Corneille, met Chapelain sur le même rang que Malherbe, à moins qu'il ne s'exprime ainsi par politesse, comme le Philinthe du Misanthrope.

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a (iniirarl ; et sos lettres étaient lues cL commentées dans la chuiiibre bleue. C/est ainsi (jnen 1()37. à l'occasion de la querelle ihi (!i(L il adresse à Studér\ une lettre fameuse.

Lettre à M. de Scudéry sur le Cid.

(27 août 1637.)

On sait que les reprcscntiitions triomphales du Cid, ]0uc en décembre 1636, déchaînèrent contre Corneille les colères de tous ses rivaux : c'est ce que l'on appelle la Querelle du Cid. Georges de Scudéry publia ses Observations sur le Cid, et en envoya un exemplaire à Balzac. Celuici avec des formules polies, répondit que sans doute Scudéry avait riason de relever dans le Cid des infractions aux règles d'Aristote ; mais que, tout bien considéré, l'accueil fait par le public à la tragédie de Corneille justifiait l'auteur. — Nous ne citons que la deuxième partie de la lettre ; on y sentira le désir de ne pas choquer ouvertement Scudéry, mais aussi une sorte d'ironie supérieure enveloppée dans des phrases à dessein surchargées, et qui semblent trahir les gestes et la physionomie d'un Alceste désireux de rester très coriect tout en disant le fond de sa pensée.

... Mais vous dites qu'il a ébloui les yeux du monde, et vous Taccusez de charme^ et denchautemeut. Je couuais beaucoup de gens qui feraient vanité d'une telle accusation, et vous me confesserez vous-même que la ma<;ie serait une chose excellente, si c'était une chose permise. Ce serait, à dire vrai, une belle chose de pouvoir faire des prodig^es innocemment, de faire voir le soleil quand il est nuit, d'apprêter des festins sans viandes ni officiers ^, de changer en pistoles les feuilles de chêne et le verre en diamants. C'est ce que vous reprochez à l'auteur du Cid, qui, vous avouant qu'il a violé les rc{^les de l'art, vous oblig^e de lui avouer qu'il a un secret qui a mieux réussi que l'art même, et, ne vous niant pas qu'il a trompé toute la cour et tout le peuple, ne vous laisse conclure de là, sinon qu'il est plus lin que toute la cour et tout le peuple, et que la

1. Charme, au sens étymologique du latin cirnien, incantation magique. — 2. Viandes , ?e disait alors de tous les mets (latin vi vendu, chose dont on vit ; Ofliciers. le mot se prenait alors dans un sens beaucouj) plus large qu'aujourd'hui: il s.e disait de tous ceux qui remplissent un of/ice. On dit encore un of/icier ministériel.

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