Formation de la tragédie. — Ses règles
J . On a vu (p. 1 i5 que la première tragédie, dans lordre des dates, fut la C Lëop A tr e d' Etienne Jodelle, représentée au collège de Boncour à Paris, en 1552. Nous avons signalé ensuite les tragédies de Robert Garnier et de Montclirestien. — D'autre part, dès la fin du xvi« siècle, et surtout dans les premières années du xvlI^ on discute sur la théorie: c'est Jules César Scaliger qui donne cette définition : « la tragédie est l'imitation par des actions dune fortune illustre, avec un dénouement malheureux, en un style grave et en vers. » Et c'est lui qui semble avoir le premier formulé la règle des trois unités. — Après lui. on trouve de nombreuses Préfaces dans lesquelles les auteurs eux-mêmes expliquent leur méthode ; la plus célèbre de ces préfaces est celle que Mairet a écrite en tête de Silvanire (1631).
2. Règles essentielles de la tragédie classique. — Pendani plus de deux siècles, la tragédie a suivi les règles suivantes :
a) Les trois unités : unité d'action : l'intérêt d'une tragédie doit être concentré sur un seul fait, ou sur une cris( morale : tout doit s y rapporter : tout doit tendre à un dénoue ment logique, qui règle la situation des personnages; — unité d< temps : cette action doit être courte, et n'occuper vraisembla blement qu'une durée de vingt-quatre heures ; — unité de lien un seul décor pour tous les actes ; ce décor doit être asse neutre pour que toutes les scènes delà tragédie puissent vrai semblablement s'y dérouler ; ce sera un portique, un vestibule une salle de palais, etc.
Boileau a résumé ainsi les trois unités :
Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
{Artpoét., III, 45-46.)
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h L'action doil être ilhislre ; c"est-à-dire cnij^riiiitco à la l'i^ende ou à l'histoire, et avoir pour héros principaux des personnages d'un rang élevé.
c) L'action doit être peu chargée, et conduite par l'analyse ii<»s sentiments, plutôt que par une intrigne. Sur la scène, les pei-sonnages exposent et développent leurs e/<i^s J'.i me : pendant les enlr'actes ou derrière la coulisse, se passent les faits, .[ue nous ap|>renons ensuite par des récits et par leurs conséi[uences sur les passions des héros.
d) Le dénouement est tragique, c'est-à-dire que, sauf exceptions Le Cid, Cinnu, Bérénice), un ou plusieurs personnagt'S meurent, soit par le fer, soit par le poison. En eil'et, dune situation vraiment /r<if/tr//ie, il est souvent diflicile de sortir autrement que parla mort.
e) Le style de la tragédie est noble, soutenu ; il peut aller jusqu'au sublime et revenir à une digne simplicité ; mais toute r.uniliarité. tout conii([ue lui est interdit.
■i. La tragédie n'est pas seule à la mode au début du xvii"
nocle. La faxeur du public se partageait alors entre plusieurs
•nres sérieux qui. après le succès du Cid, cédèrent presque
iitièrement la place à la tragédie. Il y avait entre autres : la Iragi-coniédie, sorte de mélodrame aristocratique, de cape et
1 épée, invraisemblable et romanesque, et dont le dénouement '-^t toujours heureux ; — et la pastorale, qui nous était venue
1 Italie {VAminta du Tasse est de 1573) et qui mettait en scène ik's bergers de convention, animés des sentiments les plus raflinés.