‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 88 sur 261 · PYRRHUS · texte numérisé non relu

PYRRHUS

]^a Grèce en ma faveur est trop inquiétée : De soins plus importants je l'ai crue agitée, Seigneur; et, sur le nom de son ambassadeur. J'avais dans ses projets conçu plus de grandeur. Qui croirait en elTet qu'une telle entreprise 35

Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise : Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant, N'eût daigné conspirer que la mort d'un enfant? Mais à qui prétend-on que je le sacrifie? La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie? 40 Et, seul de tous les Grecs, ne m'est-il pas permis D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis? Oui, Seigneur, lorsque au pied des murs fumants de

[Troie, Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie, Le sort, dont les arrêts furent alors suivis, 45

Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.

22. Imitation de Virgile, Enéide. II. 274; et allusion aux exploits d'Hectou racontés dans ïtlidde (ÏUomère. — 3(i; iBu fil» d'Agamemnon, remarquer ici la valeur de la périphrase

Ilécube près d'Ulysse acheva sa misère;

Gassandre dans Argos a suivi votre |)ère :

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits ?

.\i-je enlin disposé du IVuit de leurs exploits? .")()

( )n craint (pi'avec Hector Troie un jour ne renaisse;

Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse.

Seij^neur, tant de prudence entraîne trop de soin :

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin.

,1e son{j;e quelle était autrefois cette ville Ô5

Si superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de TAsie ; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin :

.le ne vois que des tours que la cendre a couvertes,

Un lleuve teint de sang, des campagnes désertes, 60

{'n enfant dans les fers ; et je ne puis songer

Que Troie en cet état aspire à se venger.

Ah 1 si du fils dTiector la perte était jurée,

Pourquoi d'un an entier Tavons-nous dillerée?

Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler? 65

Sous tant de morts, sous Troie il fallait l'accabler.

Tout était juste alors : la vieillesse et l'enfance

En vain sur leur faiblesse appuyaient leur défense ;

La victoire et la nuit, plus cruelles que nous,

Nous excitaient au meurtre, et confondaient nos

[coups. 70 Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère. Mais que ma cruauté survive à ma colère, Que, malgré la pitié dont je me sens saisir, Dans le sang" d'un enfant je me baig^ne à loisir? Non, Seigneur : que les Grecs cherchent quelque autre

[proie ; 75

■\~ . Hécube, femme de Priaiu roi de Troie, iiière d'Hector. — 48. Cassandre. Mlle de Priam el d'Héeulie, qui prédisait en vain au.x Troyens leurs malheurs. Dans la trag'édie d'Kschyle, Affamemnon, (Gassandre 'est immolée par Clyteaineslre.

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(JiTils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie : De mes inimitiés le cours est achevé ; I/Mnii'c sauvera ce que Troie a sau^'é.

Andromaque, acte I, se, ii.) Britannicus 1669).

Racine avait remporté un éclatant sticccs avec Audromaqxie. Mais les partisans du vieux Corneille déclaraient Racine incapable de réussir dans la tragédie historique. Celui-ci accepta le déti et chercha dans Tacite un sujet qui lui permît de développer des sentiments ro)nfl//jy. Il choisit l'histoire de Néron et de Britannicus, et la suivit fidèlement ; mais il limita son action qui devait se passer en vingt-quatre heures. Il ne voulut peindre en Néron que le monstre naissant, afin que le personnage restât humain et pût exciter sinon la sympathie, du moins l'intérêt des spectateurs. (Voir sa Préface.)

Analyse. — duand Agrippine, veuve de Domitius, a épousé l'empereur Claude, celui-ci avait un fils, Britannicus. Grâce aux intrigues d'Agrippine, Néron, fils de son premier mariage, est devenu le gendre de Claude et, à la mort de celui-ci, il a été proclamé empereur par les légions. Agrippine n'avait agi ainsi que pour exercer elle-même le pouvoir. Sentant que Néron veut se dégager de sa tutelle, elle le menace de ce Britannicus qui pouvait encore revendiquer l'empire. Alors Néron, poussé par l'affranchi Narcisse, déclare qu'il se débarrassera de Britannicus par le poison ; d'autant plus qu'il aime Junie, fiancée de Britannicus qui est ainsi, à un double titre, son rival. Cependant l'excellent Burrhus est parvenu à toucher le cœur de Néron, et à lui arracher la grâce de Britannicus. Mais Narcisse finit par l'emporter, et Britannicus est empoisonné dans un festin. Junie se retire chez les Vestales, et Narcisse est lapidé par le peuple.

Narcisse décide Néron au crime.

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