‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 90 sur 261 · BAJAZET · texte numérisé non relu

BAJAZET

Qui? moi, madame?

ROXA.NE

Oui, toi. Voudrais-tu point encore Me nier un mépris que tu crois que j'ij^nore ? \e prétendrais-tu point, par tes fausses couleurs, IT) Déguiser un amuur qui te retient ailleurs ; Et me jurer enfin, d'une bouche perfide, Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide?

i:;. Toi, remarquer ce passage du cous au la, déjà employé par Hacine dans le rule dllermione. Ces changements correspondent avec un naturel parfait aux mouvements mêmes d'une passion jalouse.

LnS GUANDS KCRIVAINS FRANÇAl!^

IJA.1AZET

Atalide. madame î 0 ciel ! qui vous a dit...

ROXANE

Tiens, perfide, re^^arde, et démens cet écrit.

BA.IA7.ET, après avoir reçjHrdé In leflre.

Je ne vous dis plus rien : cette lettre sincère D'un malheureux amour contient tout le mystère ; Vous savez un secret que. tout prêt à s'ouvrir, Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir. J'aime, je le confesse, et devant que votre âme. Prévenant mon espoir, m eût déclaré sa flamme, Déjà plein d'un amour dès l'enfance fermé, A tout autre désir mon cœur était formé. ^'ous me vintes offrir et la vie et l'empire; Et même votre amour, si j ose vous le dire. Consultant vos bienfaits, les crut, et sur leur foi De tous mes sentiments vous répondit pour moi. Je connus votre erreur. Mais que pouvais-je faire ? Je vis en même temps quelle vous était chère. Combien le trône tente un cœur ambitieux î Un si noble présent me fit ouvrir les yeux. Je chéris, j'acceptai, sans tarder davantag^e, L'heureuse occasion de sortir d'esclavage, D'autant plus qu'il fallait l'accepter ou périr : D'autant plus que vous-même, ardente à me l'offrir, ^"ous ne craig^niez rien tant que d'être refusée ; Que même mes refus vous auraient exposée ; Qu'après avoir osé me voir et me parler, Il était dangereux pour vous de reculer.

20. Cet écrit, c'est la lettre trouvée sur Atalide ûvanouie. et par laquelle bajazet lui jure un éternel amour. — 25. ï)evant que... avant que. — 32. La phrase pourrait être plus claire ; elle est très fine et très juste. Le sens est : comme vous m'aimiez, vous vous êtes attachée à moi par vos propres bienfaits, et vous vous êtes fait illusion sur mes sentiments.

WII' SIKCLfi '2'2i

Cependant, je n'en veux pour témoins que vos plaintes,

Ai-je pu vous tromper par des promesses feintes ? [45

Sonf^ez comlMcn de fois vous m'avez reproché

Lu silence témoin de mon trouble caché :

Plus reifet de vos soins et ma gloire étaient prodies,

Plus mon cu'ur interdit se faisait de reproches. 50

Le ciel, qui m'entendait, sait bien qu'en môme temps

.le ne m'arrêtais pas à des vœux impuissants :

Et si l'elfet enfin, suivant mon espérance,

l']ùt ouvert un champ libre à ma reconnaissance.

J'aurais, par tant d'honneurs, par tant de dignités, 55

Contenté votre orgueil et pa}é vos bontés,

Que vous-même peut-être...

ROXANE

Et que pourrais-tu faire?

Sans l'ofTre de ton cceur, par où peux-tu me plaire ? Quels seraient de tes vœux les inutiles fruits? Ne te souvient-il plus de tout ce que je suis? 60

Maîtresse du sérail, arbitre de ta vie. Et même de l'État, quWmnrat me confie, Sultane, et ce qu'en vain j'ai cru trouver en toi. Souveraine d'un cœur qui n'eût aimé que moi : Dans ce comble de gloire où je suis arrivée, 65

A quel indigne honneur m'avais-tu réservée? Traînerais-je en ces lieux un sort infortuné, \'il rebut d'un ingrat que j'aurais couronné, De mon rang descendue, à mille autres égale. Ou la première esclave enfin de ma rivale ? "70

Laissons ces vains discours; et, sans m'importuner. Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner? J'ai l'ordre d'Amnrat, et je puis t'y soustraire. Mais tu n'as qu'un moment : parle.

r'tl. M'entendait, mo comprenait. — T'f. Qu'on lise et qu'on relise avec nttpnlion ces is vers: le style en est dune telle simplicité qu'il ne .«semble pas possible d'y changer un mot : la ver.>-ificiiliou ne coule rien à la sûreté

'2'2'2 li.s gkands kckivains français

i!A.iazi:t

Que l'auL-il faire ?

ROXANI'

Ma rivale est ici : suis-moi sans clifFérer ; 75

Dans la main des muets viens la voir expirer;

I^t, libre d'un amour à ta gloire funeste,

\ iens m'engager ta foi : le temps fera le reste.

Ta grâce est à ce prix, si tu veux l'obtenir.

bajazi:t

Je ne Taccepterais que pour vous en punir; 80

Que pour faire éclater aux yeux de tout l'empire,

L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire,

Mais à quelle fureur me laissant emporter,

Contre ses tristes jours vais-je vous irriter î

De mes emportements elle n'est point complice, 85

Ni de mon amour même et de mon injustice :

Loin de me retenir par des conseils jaloux,

Elle me conjurait de me donner à vous.

En un mot, séparez ses vertus de mon crime.

Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime ; 90 .

Aux ordres d'Amurat liàtez-vous d'obéir;

Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr.

Amurat avec moi ne Ta point condamnée :

Epargnez une vie assez infortunée.

Ajoutez cette grâce à tant d'autres bontés, 95

Madame ; et si jamais je vous fus cher...

ROXANE

Sortez !

[Bajazet, acte V, se. iv.)

énergique de la pensée, elle en paraît la forme naturelle ; il y gronde un accent de fureur concentrée, qui proscrit toute élégance ; l'ironie y est juste et monte par degrés. Voilà le parfait Racine, celui qui n'a paft de style, qui trouve l'accent même de la nature : et cela lui arrive toutes les fois qu'il fait psivli^r Ja passion pure. — 76. Lesmuets, esclaves muets chargés des exécutions. — 96. Sortez ! faire remarquer à quel point l'expression, en soi la plus banale, peut devenir tragique et terrible quand elle est en situation.

wii^" sii;cM-: 2*23

Iphigénie (167^).

P Iphigénie est imitée du poète grec Euripide, mais Racine modifie sui certains points l'action et le dénouement. C'est ainsi qu'il rend Achille amoureux d'Iphigénie, tandis qu'Huripide nous dit seulement qu'Agamemnon s'est servi du prétexte de ce mariage pour faire venir sa fille à Aulis. Racine a supprimé le personnage de Ménélas et l'a remplacé par Ulysse. Ht surtout, il a changé le dénouement. Chez Euripide Iphigénie est étendue sur l'autel du sacrifice; un nuage l'enveloppe, elle disparaît, et l'on trouve à sa place une biche blanche. C'est Diane qui l'a enlevée et transportée en Tauride. Racine suppose au contraire que l'oracle a voulu désigner en réalité une autre Iphigénie, Eriph'le, qui, à la fin de la pièce, est contrainte de se sacrifier elle-même. Iphis;cuic est une des pièces les mieux construites et les mieux écrites de Racine : Voltaire la considérait couime le type parlait de la tragédie classique.

Analyse. — Les princes grecs se sont coalisés pour aller assiéger la ville de 1 roie ; leur flotte est réunie dans le port d'Aulis, sur le détroit de l'Euripe. Mais un calme prolongé retarde le départ ; l'oracle, consulté par Calchas, répond que, pour obtenir des vents favorables, Agamemnon, chef de l'expédition, doit sacrifiera Diane sa fille Iphigénie. Agamemnon. après une longue résistance, se décide à faire venir sa fille dans le camp des Grecs ; il donne pour prétexte qu'il veut la marier avec Achille. 11 essaye d'écarter C^lvlemnestre, sa femme, et de lui cacher le sacrifice. Au quatrième acte, Agamemnon attend sa fille à l'autel; mais Arcas son confident a tout révélé à Clytemncstre qui retient Iphigénie. Enfin le roi se décide à venir chercher lui-même la victime. Sa fille lui adresse une touchante prière ; Clvtemnestre éclate en reproches véhéments. Agamemnon voudrait obéira l'oracle, mais il est ému de pitié et il essaye de faire partir secrètement Iphigénie. C'est alors que la princesse Eriphile découvre aux Grecs la fuite d'iphigénic, et celle-ci doit se résigner à mourir. Achille, qui aime la fille d'Agamemnon. se prépare à la sauver de vive'force ; mais le grand-prêtre Calchas révèle à tout le camp que la victime désignée par l'oracle est Eriphile, et celle-ci se tue sur l'autel.

Prièrti dlphigénie.

AG.AMEMNOX, CLYTEMNKSTKi:, IPIIIGK.NIK,

.EGI.NE

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