Les danses du xin° siècle paraissent avoir été fort
posées. Les prédicateurs les condamnent surtout à cause des rvefrains qui les accompagnaient,
La dame traita demoiselle Denyse avec la plus grande courtoisie, l'assurant que personne ne saurait jamais son secret, et qu'elle serait bien mariée : elle n'avait qu'à choisir dans toute la contrée celui qu'elle préférerait. Sa mère, mandée par un message, accourut pleine de Joie; la dame lui fit croire que Denyse s'était faite fille-Dieu, et qu'elle l'avait enlevée à une de ses compagnes qui, un soir, l'avait amenée chez elle.
Pourquoi vous en dire plus long, Ni leurs paroles raconter ?
Tant fut Denyse chez la dame Que les deniers furent payés.
Après, n'ont guères attendu Qu'elle fut à son gré lotie;
A un chevalier fut donnée,
Qui l'avait autrefois requise.
Elle eut nom madame Denyse
Et fut à moult plus grand honneur Qu'en habit de frère Mineur.
Cet agréable conte a été plus ou moins directement imité par les « nouvelliers ». Il paraît aussi que l’histoire véritable, origine probable du conte, s'est reproduite sous Henri [IT à Paris, en 1577 : la demoiselle s'appelait en religion frère Antoine.
Un des fableaux de Rutebeuf rentre dans la catégorie des « Miracles de Notre Dame », car on donnait ce titre non seulement aux miracles dramatisés, mais encore aux miracles narrés. C'est l’histoire du Sacristain et de la femme du chevalier. Ce miracle avait été commandé à Rutebeuf par un certain Benoît,
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FABLEAUX. k 171
sur le nom duquel il joue avec un indéniable mauvais goût :
Que ce soit en la benoîte heure
Que Benoît, qui son Dieu adore,
Me fait faire une benoîte œuvre! ete.
Il souhaite de bien gagner l'argent qui lui a été promis pour son travail, ce qui amène un dévelop-. pement sur les marchés et les marchands : il faut être honnête dans ses marchés, si on veut être bien traité au Jour du Jugement dernier. Il faut aussi se garder de l'envie, qui ressemble à un hérisson : « de toutes parts sont les poinçons ». Suit un portrait de l'Envieux, qui se retrouve identiquement dans la la Voie de Paradis. Rutebeuf va raconter l’histoire de deux personnes « qui ont été exposées à l’envie du diable », et c'est ainsi que le récit se rattache à l’introduction, qui en paraît d’abord fort éloignée.
La dame d'un chevalier avait toutes les vertus et toutes les piétés. Elle était surtout très dévote à Notre-Dame. Dans la ville où elle habitait, se trouvait une abbaye de chanoines réguliers, dont le sacristain était aussi très pieux et très dévot à Notre-Dame. Il n'était pas avare et ne songeait pas à enlever les chandelles allumées par les fidèles devant l'autel de Notre-Dame, avant qu’elles fussent toutes brûlées.
La dame rencontrait le chanoine sacristain à l'église. Jaloux de leur piété, le démon leur inspira de l'amour l’un pour l’autre :
De plus en plus les enchanta.
Quand il chantait Salve sancta,
Le parens était oublié,
Tant son esprit fut dévoyé:
Et quand il voulait grâces rendre, Sept fois il lui fallait reprendre Avant que la moitié fût dite.
Il est besoin que Dieu lui aide!
Il n'a plus que le nom de chanoine, et de l'ordre de Saint-Augustin il ne lui reste que l'habit. Fa dame n'est pas moins tourmentée. Dieu ne possède plus leurs âmes.
On dit justement, ce me semble :
« Dieu donne blé, diable le vole ».
Et les diables ont bien volé
Ce que Dieu aimait mieus que blé.
Le chanoine et la dame s'aiment donc, mais sans
savoir qu'ils sont aimés.
Le diable le tient par l'oreille,
De temps à autre lui conseille :
« Va, fou chanoine, pourquoi tardes Que cette dame ne regardes ?
Va vers elle, cours et la prie! »
Tant l'excite, tant le tourmente
Que le chanoine vient à elle:
I] lui faut par force venir.
Quand la dame le voit venir,
De rire ne se peut tenir.
Son cœur la pousse bien à dire :
« Embrassez-moi, beau très dous sire! »
Mais nature retient sa vois.
Les dents elle n'a desserrées
Fors que pour rire. Quand eut ri, Les dents resserre et ne dit mot.
Le moine la prent par la main :
« Dame, vous venez chaque jour
De grand matin à sainte église :
Est-ce pour ouïr le service?
Ne puis plus ma douleur couvrir, Par force il faut ma bouche ouvrir...
Vous me serrez souvent le cœur, Dame, je vous aime d'amour! »
Dit la dame : « Vous êtes fou!
— Dame, dame, pardonnez-moi!
Je souffrirai et jour et nuit Désormais mon mal et ma peine, Avant que de vous faire offense.
Taire me faut, je me tairai.
Par moi ne serez tourmentée.
— Mon beau seigneur, ne me puis taire, Vous aime lant, ne se peut dire! »
Après cet aveu, la dame propose au chanoine de fuir ensemble, et d'emporter tout ce qu'ils pourront avoir. Ils prennent chacun de leur côté tout ce qu'ils peuvent; le chanoine pille le trésor de l’église, ne laisse ni croix ni calice. Les voilà partis comme S'ils allaient au marché, leur bagage pendu au cou. Ils vont ainsi à quinze lieues. Pendant ce temps, grand émoi au couvent quand on s'est aperçu du départ du sacristain et du vol commis.
Le couvent dort, ne se remue,
Le couvent la déconvenue
Ne sait pas; savoir lui faudra,
Car un convers au couvent vient,
Et dit : « Seigneurs, sus vous levez, Si ce jour lever vous devez,
Car il est beau jour, clair et grand ».
Chacun de se lever se hâte,
Quand ils ont le convers oui, Durement furent ébahis!
Car n'avaient ouï sonner cloche,
Ni campanelle, ni horloge.
Or disent tous, sans plus chercher, Que le soir avait été ivre
De son côté, le chevalier s'aperçoit de la fuite de sa femme. Plus de doute, elle est partie avec le chanoine. Ils se mettent tous, au grand galop de leurs chevaux, à la poursuite des coupables. On arrive, avant que none ait sonné, dans la ville où ils s'étaient arrêtés. On s'informe, on donne le signalement des
Leur sacristain, tant avait bu Que le vin l'avait dù tromper.
Mais je, crois qu'autre chose y à, Par foi que dois à Notre Dame!
Ils sont à l'église venus, Petits, grands, jeunes et chenus.
Le sacristain ont appelé, Qui le trésor avait pillé..….
Quand ils furent entrés au chœur, Chacun voudrait bien être hors, Car tous avaient si grande peur (Rien ne savaient les uns des autres), Que la chair leur frémit et tremble.
L'abbé leur parle à tous ensemble :
« Seigneurs, dit-il, nous voilà bien!
Le sacristain nous a volés.
Frère, dit-il au trésorier, Laissätes-vous le trésor hier Bien fermé ? Prenez-y bien garde, »
Et le trésorier y regarde.
Plus ne trouve dans le trésor Ni calice, ni crois, ni or.
Au couvent dit et à l'abbé :
« Seigneurs, dit-il, volés nous sommes; N'avons ni calice, ni crois,
. Ni trésor qui vaille deus nois! »
fugitifs, qui sont dénoncés par une Béguine :
Béguins font volontiers dommage, C'est le vrai droit de béguinage.
On s'empare du chanoine et de la dame, et on les met en prison. Après quoi, le chevalier et les moines s'en retournent chez eux, en attendant le jour du Jugement. |
Cependant le sacristain et la dame commencent à reprendre leurs esprits, il leur semble qu'ils ont été ivres. Ils invoquent l’un et l’autre Notre-Dame, la priant de les arracher aüx enchantements du démon. Notre-Dame leur apparaît dans la prison, au milieu d'une clarté « dous-fleurante ». Elle tient enchaînés les deux diables qui ont fait tout le mal, et leur ordonne de le réparer. Ils prennent sur leur dos l’un le chanoine, l’autre la dame, et les rapportent « grand erre » dans leur lit :
L'un mel le moine dans sa couche, Et l’autre a la dame couché
Près son seigneur si doucement Que lui, qui dormait durement,
Ne s’éveilla ni ne dit mot.
Puis les diables replacent chez le chevalier et dans le trésor du couvent les objets et l'argent qui avaient été volés. Tout est remis dans le même ordre qu’auparavant; de ce qui s'était passé il ne resta pas plus de trace que d’un coup dans l’eau.
A l'heure de matines, le sacristain se lève comme d'habitude et sonne la cloche. Nouvel émoi dans le couvent; on se précipite à l’église, on est ébahi d'y voir le sacristain, qu'on croyait en prison à quinze lieues de là. Il se défend du crime qu'on lui impute, et on trouve en effet le trésor intact. Même scène
chez le chevalier. À l'heure où elle avait coutume de se rendre à l'église, la dame se lève, met sa chemise (on la quittait pour se coucher) et prend sa robe. À ce moment le chevalier s’éveille. Plein d’effroi, il saute du lit, saisit une torche, fait cent signes de croix. Puis il va au couvent :
« Seigneurs, dit il, je tiens ma femme,
Ravez-vous votre sacristain ?
— Oui, oui, lui répondent les moines,
De nous un fantôme se joue. »
On se rend ensemble à la ville voisine, et on trouve dans la prison les deux diables, qui avaient pris le costume et la ressemblance de la‘dame et du chanoine. Comment se tirer d’un pareil embarras ? On va chercher l’évêque, qui arrive en toute hâte, et obtient des diables l’aveu de leurs méfaits; ils reconnaissent qu'ils ont perdu leur peine et n’ont pu faire pécher le chanoine et la dame.
Messire Benoît a su cette histoire, et l’a racontée à Rutebeuf :
Et Rutebeuf en un conte a Mise la chose et la rima.
On voit que, sauf l'intervention finale de Notre- Dame, le miracle du Sacristain et de la femme du chevalier est un véritable fableau. L'intérêt n'y faiblit pas un instant, et on peut y signaler en particulier deux épisodes supérieurement traités : le tableau du désarroi du monastère après la fuite du sacristain, et la scène d'amour presque ingénu où la dame et le chanoine, poussés par le diable {qui joue le rôle de
l'instinct dans les aventures non miraculeuses), se font en rougissant l’aveu délicieusement gauche de ‘leurs tendres sentiments.
Les sujets des deux ‘autres fableaux de Rutebeuf sont empruntés à la littérature populaire, et ont été. maintes fois traités, avec des variantes souvent considérables. Ces fableaux sont : /e Testament de l'äne et la Dame qui fit trois tours autour du moûtier.
Le premier débute par cette sentence : « Celui qui poursuit la richesse en ce monde est exposé aus ennuis de la médisance ». Et Rutebeuf ajoute : Si dix personnes sont assises à sa table, il y aura six médisants et neuf envieux, qui par derrière l’estiment moins qu’un œuf, et, par devant, lui font de grands saluts. On le verra bien dans l’histoire de ce prêtre, qui avait une bonne église et mettait tous ses soins à thésauriser. Ses greniers étaient pleins de blé, et il s’entendait à bien le vendre. Il possédait un âne comme on n'en vit Jamais, qui vingt ans entiers le servit, et l’aida fort à s'enrichir. Quand son âne mourut de vieillesse, il ne voulut pas le laisser écorcher, mais il l'enfouit au cimetière.
Ce prêtre avait un évêque bon vivant :
L'évêque était d'autre manière :
Convoiteus ni chiche n'était, Mais courtois et bien accueillant.
Quelque perclus qu'il eût été, S'il eût vu prud'homme venir, Nul ne l'eût pu eu lit tenir.
Compagnie de bons chrétiens
Etait son premier médecin ; Tous jours était pleine sa table.
L,. CLÉDAT. — Rutchœuf.
Un jour on parlait a sa table des clercs riches et des prêtres avares. On cita notre prêtre, on raconta sa vie, on exagéra sa richesse, et un des convives révéla qu'il avait fait pis qu'un Bédouin, qu'il avait mis son âne Baudouin en terre bénite.
L'évêque s’indigne et cite le prêtre devant lui. Celui-ci comparaît, recoit les reproches de son évêque et demande à prendre conseil avant de répondre, ce qui lui est accordé. Il ne se troublait guère, sachant bien qu'il avait bonne amie, c'est sa
bourse. Au jour fixé, il apporte dans une courroie
vingt livres de bonne monnaie. « Seigneur, dit-il à l'évêque, mon âne a longtemps vécu, il m'a servi loyalement vingt ans entiers:
Chacun an il gagnait vingt sous, Tant qu'il a épargné vingt livres.
Pour qu'il soit d'enfer délivré,
Il vous les laisse en testament. »
Et dit l’évêque : « Dieu l'amende, Et lui pardonne ses méfaits
Et tous les péchés qu'il a faits! ».….
Et l'âne demeura chrétien
En payant bien et bel son legs.
La même histoire est racontée par Le Sage d’un cadi et d’un chien, et c'est probablement la forme originale du conte :
« Le lendemain il vint chez moi un homme qui me dit: « Seigneur Sidy Hally, une affaire importante «m’amène chez vous. Monsieur le cadi veut vous «parler; prenez, s’il vous plaît, la peine de venir chez
« lui tout à l'heure. — Apprenez-moi de grâce ce qu'il
« me veut, lui répondis-je. — J1 vous l’apprendra lui-
« même, reprit-il ; tout ce que je puis vous dire, c’est « qu'un marchand arabe qui soupa hier avec vous lui « a donné avis de certaine impiété par vous commise « à l’occasion d’un chien que vous avez enterré ; vous « savez bien de quoi il s’agit; c’est pour cela que je « vous somme de comparoître aujourd’hui devant ce « juge, faute de quoi je vous avertis qu'il sera procédé « criminellement contre vous. » Il sortit en achevant ces paroles, et me laissa fort étourdi de sa sommation. L'Arabe n’avoit aucun sujet de se plaindre de moi, et je ne pouvois comprendre pourquoi ce traître m'avoit Joué ce tour-là. La chose néanmoins méritoit quelque attention. Je connoissois le cadi pour un homme sévère en apparerice, mais au fond peu scrupuleux, et de plus avare. Je mis deux cents sultanins d’or dans ma bourse, et j'allai trouver ce juge. I me fit entrer dans son cabinet, et me dit d’un air rébarbatif : «Wous êtes un impie, un sacrilège, un homme «abominable. Vous avez enterré un chien comme un «musulman! quelle profanation! Est-ce donc ainsi « que vous respectez nos cérémonies les plus saintes ? « et ne vous êtes-vous fait mahométan que pour vous «moquer de nos pratiques de dévotion ?__ Monsieur le « cadi, lui répondis-je, l'Arabe qui vous à fait un si « mauvais rapport, ce faux ami, est complice de mon «crime, si c'en est un d'accorder les honneurs de la « sépulture à un fidèle domestique, à un animal qui « possédoit mille bonnes qualités. Il aimoit tant les « personnes de mérite et de distinction, qu'en mou-
«rant même il a voulu leur donner des marques de son «amitié. II leur laisse tous ses biens par un testament « qu'il a fait, et dont je suis l’exécuteur. Il lègue à « l’un vingt éçus, trente à l’autre; et il ne vous a point «oublié, monseigneur, poursuivis-je en tirant ma « bourse : voilà deux cents sultanins d’or qu'il m'a « chargé de vous remettre. » Le cadi, à ce discours, perdit sa gravité; il ne put s'empêcher de rire, et, comme nous étions seuls, il prit sans facon la bourse, et me dit en me renvoyant : « Allez, seigneur Sidy «Hally, vous avez fort bien fait d’inhumer avec pompe «et honneur un chien qui avoit tant de considération « pour les honnêtes gens. »
Le dit de la Dame qui fit trois tours autour du mottier Se rattache à la série si nombreuse des récits populaires où l’on met en jeu les ruses féminines. L'aventure se termine par le triomphe de la femme coupable, et l'on voit une fois de plus que nos trouvères ne se piquaient pas de faire tourner les gauloiseries en leçons de vertu, comme l’essaya plus tard la reine de Navarre. Il y a cependant, suivant l'usage, une et même deux « morales », l'une au début, développée, l’autre à la fin, condensée en une brève sentence; mais c’est de la morale à la façon de La Fontaine:
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
S'il y a leçon, c'est une lecon de choses, pratique comme l'expérience. On y apprend à se méfier du mal qu'on peut subir beaucoup plus que de celui qu'on peul faire.
Le fableau est assez court pour être donné tout
entier :
Qui femme voudrait décevoir,
Je lui fais bien apercevoir
Que plus tôt décevrait le diable...
Celui qui veut punir sa femme Chacun jour la peut torturer :
L'endemain elle est toute saine Pour souffrir pareille autre peine.
Quand femme a mari débonnaire Et qu'avec lui elle a querelle, Elle dit tant de menteries,
De contes et de fanfreluches Qu'elle lui fait par force entendre Que le ciel sera demain cendre ; Elle gagne ainsi son procès.
Je pense à une demoiselle, Qui fut femme d'un écuyer De Chartre, ou berrichon peut-être.
La demoiselle, en vérité, Était d'un prêtre moult amie, Bien l'aimait-il et elle lui, Et pour rien elle n'eût manqué De faire en tout sa volonté, Düût-il en coûter peine à d’autres.
Un jour, au partir de l’église, Le prêtre avait fait son service, Laisse à plier ses vêtements, Et va demander à la dame Que le soir en un bosquet vienne.
Parler lui veut de quelque affaire :
Je crois que peu je gagnerais Si je vous disais quelle affaire.
La dame répondit au prêtre :
« Seigneur, me voici toute prête.
Le moment est à point choisi, Car &/ n'est pas à la maison. »...
Or les deus maisons n'étaient pas Près l’une l’autre à quatre pas :
Il y avait, ce qui leur pèse, Le tiers d'une lieue française.
Près de chacune était un boïs, Comme est coutume en Gâtinais.
Mais le bosquet dont je vous parle Etait à ce vaillant prud'homme
Qui doit chandelle à saint Arnould 1, Le soir, quand déjà mainte étoile Brillait au ciel, comme il me semble, Le prêtre de sa maison sort
Et s’en vint au bosquet s'asseoir
Afin qu'on ne le puisse voir.
Mais à la dame il mésawint Que sire Arnould son mari vint, Tout mouillé et tout engelé :
Ne sais où il était allé.
Pour ce dut-elle s'attarder.
Mais de son prêtre il lui souvint, En hâte elle a tout préparé, Ne le veut pas faire veiller.
Ce soir n’y eut cinq mets ni quatre.
Après manger, guères s’ébattre Ne le laissa, le vous puis dire.
Souvent lui a dit : « Beau dous sire, Allez coucher, vous ferez bien.
Veiller fait mal, sur toute chose, A l'homme quand il est lassé; Vous avez chevauché assez. »
L'aller coucher tant lui conseille, Peu s’en faut que la bouche pleine El ne le fasse aller coucher, Tant a d'échapper grand désir.
Le bon écuyer y alla, Près de lui sa femme appela Parce que moult la prise et l'aime :
« Seigneur, fait-elle, 1l me faut trame Pour une toile que je fais, Et il en manque encor grand fais, Ce dont je suis fort empêéchée, Car je n’en trouvé point à vendre.
Par Dieu ! je ne sais que j'en fasse.
— Au diable soit telle filasse,