‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 121 sur 146 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

tait lui-même ce qu'il y avait d'étrange dans son isolement, il parlait dans ses petits billets des conférences de M. de Montalivet et du général Fabvier : or, il n'y en avait pas eu une seule l.

Le général Fabvier n'était pas moins invisible. Trouvant le jardin occupé par la garde nationale, contrairement au plan convenu la veille, il était allé au ministère, au Palais-Royal demander de nouvelles instructions au maréchal Soult. Cette absence n'était pas très regrettable. Le général Fabvier avait été en Grèce le chef énergique des palikares; mais le ministre pouvait douter de son énergie alors qu'il s'agissait de lutter contre des passions dont il le savait imparfaitement affranchi. Il l'avait en effet entendu réclamer, devant plusieurs personnes, un arrêt de mort contre M. de Polignac.

Restait M. Odilon Barrot. Le préfet de la Seine semblait devoir être l'auxiliaire naturel du ministre de l'intérieur, et on aurait pu croire que, de ce côté du moins, les avis et une coopération active ne manqueraient pas. Il n'en fut rien. M. Odilon Barroi s'était bien rendu au Luxembourg, suivant la décision de la conférence ; mais, une fois en présence des

1. Nous reproduisons presque textuellement, pour tout ce qui concerne cette journée du 21 décembre, les notes d'un témoin oculaire.

230 Li: PROCÈS DES MINISTRES.

difficultés terribles qu'il fallait vaincre, il ne fut d'aucun secours, et, répondant aux questions de M. de Montalivet, se retrancha derrière le plus frivole prétexte pour refuser l'avis qui lui était demandé1. Heureusement, le ministre trouva chez les deux commandans militaires du Luxembourg, les colonels Feisthamel et Lavocat, l'énergie et l'esprit de décision que réclamait la situation, de même qu'il trouva dans son jeune frère et dans M. de Wailly, officiers de la garde nationale a cheval, dans son ami M. Dutrône 2 le concours le plus actif. Avant de

i. Quoique cette version soit contraire à celles des divers historiens do ce temps, nous n'hésitons pas à la déclarer la seule conforme à la vérité. L'homme éminent de qui nous ia tenons a vu de près les événemens, dont il fut un des principaux auteurs, et ceux qui le connaissent savent quelle ardeur il a toujours mise à faire éclater la vérité. M. Royer-Collard lui disait souvent : « On vous croit, » et cet hommage légitime ne permet aucun doute quant à l'authenticité des informations que nous avons acceptées.

2. Célèhre par un duel qui fit grand hruit sous la Restauration. Ce duel eut lieu on 1826. L'adversaire de M. Dutrône était le général de cavalerie Livron, qui avait accepté le commandement du contingent égyptien en Grèce. M. Dutrône ne pouvant aller en Grèce combattre pour la cause de l'indépendance voulut au moins la servir ;\ Paris, eu combattant les infidèles dans la personne de celui qui avait accepté d'être leur chef. On se battit a cheval, au sabre, bien que M. Dutrône ignorât également l'équitation et l'escrime; mais, il l'avait voulu ainsi. Il portait sur la poitrine une croix grecque brodée et était coiffé d'un bonnet grec. Ses témoins étaient le général Ghartrier-Lafosse, MM. de Montalivet et Carnot. Le général Livron avait également trois témoins parmi lesquels

Page 1