LIVRE DEUXIÈME
rien laissé ignorer des difficultés qui s'étaient présentées.
C'est aussi pendant cette délibération, présidée par le baron Pasquier avec calme et vaillance, que fut prononcée une parole qui témoigne de l'intrépidité dont les juges étaient animés. Deux d'entre eux crurent entendre tout à coup une formidable détonation; c'était peut-être celle qui annonçait l'arrivée des anciens ministres à Vincennes.
a Mais, c'est le canon ! s'écrièrent-ils, en s'adressant au vénérable M. de Barbé-Marbois l.
— Eh! chers collègues, répliqua ce dernier, que fait le canon à ce qui nous occupe? »
Quand les votes eurent été recueillis et dépouillés, le président se retira pour rédiger le jugement, après avoir fixé à dix heures du soir l'ouverture de la séance dans laquelle il en serait donné lecture. A l'heure indiquée, sans tenir compte des clameurs de l'émeute que la garde nationale et la ligne avaient refoulée peu à peu jusqu'au carrefour de Buci, d'un côté, et jusqu'au Pont-INeuf de l'autre, les pairs montaient sur leurs sièges. Devant les places des accusés restées vides, les défenseurs occupaient leur banc.
1. Ancien garde des sceaux, président de la cour des comptes. En 1830, il avait quatre-vingt-cinq ans. Il mourut en 1837.
Les tribunes étaient pleines, car la plupart des spectateurs ne les avaient pas quittées, afin de ne rien perdre des émotions de la journée. Le baron Pasquier, pressé de clore ce solennel procès, se leva dès que tous les juges eurent pris séance et donna lecture d'un long jugement précédé de quatre considérans, lequel déclarait Auguste-Jules-Armand-Marie, prince de Polignac, Pierre-Denis, comte de Peyronnet, Jean-Claude-Balthazar-Victor de Ghantelauze et Martial -Louis-Annibal-Perpétue-Magloire de Guernon-Ranville, coupables de haute trahison; à défaut d'une loi déterminant la peine, y suppléait par l'application des articles 7, 17, 18, 28 et 29 du code pénal, et l'article 25 du code civil, les condamnait à la prison perpétuelle et prononçait, avec la déchéance de leurs titres, grades et ordres, la mort civile pour M. de Polignac, l'interdiction légale pour ses coaccusés1.
Quelques instans après, la teneur de ce jugement se propageait au dehors. Le président Pasquier, qui sortait en cet instant par le jardin, fut témoin des
1. Ils étaient condamnés en outre personnellement et solidairement aux frais du procès, qui furent liquidés à la somme de 921 francs 15 centimes. Le 11 avril 1831, la cour des pairs prononça les mûmes peines contre les ministres fugitifs , lo baron d'IIaussez, lo baron Capelle et le comte do Montbol.