‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 135 sur 146 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

les généraux de l'empire, et dont il connaissait le dévoûment à sa personne et à sa cause.

Pendant que se traitait cette grave question, plusieurs des colonels des légions s'étaient rendus au Palais-Royal, dans le salon des aides-de-camp, afin de connaître le résultat des pourparlers engagés entre le roi et le général de Lafayette. Le ministre de l'intérieur envoya chercher les autres. Vers minuit, à l'exception de M. de Tracy, que ses fonctions d'aide-major général retenaient auprès du commandant supérieur, et de M. de Corcelles, qui appartenait à l'extrême gauche, tous étaient réunis. M. de Montalivet leur fît connaître la démission de M. de Lafayette et les circonstances qui l'avaient provoquée. Cette communication fut accueillie avec stupeur. Deux des officiers, le marquis de Marmier et le baron de Schonen, émirent même des doutes sur le caractère définitif de la démission. Ils ne pouvaient croire que M. de Lafayette abandonnât sans motif un poste où chacun souhaitait de le voir rester.

« Allez donc vous-même, messieurs, vous assurer de la réalité de ses intentions, leur dit M. de Montalivet. »

Tandis qu'ils se rendaient à l'état-major, luimême se dirigeait vers le domicile du comte de

Lobau. Il eut beaucoup de peine à arriver jusqu'au vieux soldat qu'il trouva couché, et auquel il dit, en peu de mots, le service que le roi attendait de lui.

« Que voulez -vous que je fasse de la garde nationale? demanda vivement ce dernier.

— Une armée de l'ordre, » répondit le ministre, en invoquant les raisons qui mettaient en péril la couronne.

Le général se laissa convaincre, se leva et s'habilla pour se rendre au Palais-Royal.

Le ministre de l'intérieur y trouva, en y rentrant, MM. de Marmier et de Schonen qui étaient revenus de leur visite chez M. de Lafayette. Après avoir été obligés d'insister, pour être admis à le voir, ils l'avaient entendu confirmer la nouvelle de sa démission. Ils étaient convaincus maintenant de la nécessité de son remplacement. Le ministre fit appel à leur dévoûment comme à celui de leurs collègues et, dans l'hypothèse où un commandant ne serait pas nommé le lendemain, il commençait à leur dicter un ordre du jour, quand le roi entra, en tenant par la main le général comte de Lobau qu'il leur présenta. La simplicité du général, son attitude produisirent, dès ce moment, sur eux, une impression qui rassura le roi et son ministre. L'illustre soldat prit possession de

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