LETTRES DE M. MOLE
« Mon cher et digne collègue, le roi vous attend à dix heures; il m'a chargé de vous le dire. Recevez l'expression de l'attachement et de la haute estime les plus profonds et les plus véritables.
a M OLE.
« Dimanche. »
3f0 LE PROCES DES MINISTRES.
(( Mon cher collègue, je suis sorti consterné, je vous l'avoue, du Palais-Royal. Avant de me coucher, je veux vous dire toute ma pensée. Si Odilon Barrot passe aux postes, au lieu d'être simplement destitué, nous acceptons l'article des Débats, et nos deux collègues démissionnaires ont seuls ressenti l'injure faite à la chambre et au ministère. Mais ce n'est pas ma seule objection; jamais je ne consentirai au sacriGce très injuste de M. Louis; je n'ai aucune espèce de liaison politique ou privée avec lui; mais il a rendu de grands services, il gouverne son ministère mieax qu'aucun de nous n'a gouverné le sien, et ce serait continuer le système de concession aux journaux et à la clameur d'un parti que de le laisser aller : réfléchissez-y bien, je vous en conjure. Je me suis profondément scruté, et mon parti est pris irrévocablement. Rien ne me fera rester dans le ministère, s'il faut ajouter l'ombre d'une concession à celle que nous faisons déjà en laissant partir les deux démissionnaires. Mille amitiés dévouées.
« Mercredi, minuit. »
« A peine me quittiez-vous que M. Laffitte est venu : il offre presque toutes les concessions, même de laisser partir Dupont. Puis, il a obtenu de Dupont, vous à l'intérieur. Enfin, il veut que je vous voie et demande une réponse ce soir pour la porter au roi.
« Je suppose que vous aurez appris tout cela au Palais- Royal. Mais voici une marche. Je dîne dehors et je reviens chez moi recevoir mon monde vers huit heures. Voulez-vous bien, mon cher collègue, venir un peu avant huit heures et être assez bon pour m'attendre sri je ne suis pas rentré. Enfin, si vous ne pouvez venir que pendant ma réception, je la quitterai, et nous causerons.
« Jeudi, 6 heures. »
« Deux heures du malin.
« En rentrant, j'ai trouvé une nouvelle lettre du duc de Wellington qui presse les conférences, mais dont l'accent est très pacifique. — Dans cette situation des affaires, notre retraite sera un grand malheur, et cependant, je ne vois aucun moyen pour nous de rester honorablement, en acceptant seulement ce qu'on nous propose. Plus je réfléchis, plus j'incline au refus. Ne demandons pas, croyez-moi, de rendez -vous aux deux partans, mais allons les trouver ensemble, et si cela vous convient, mon cher collègue, dites-moi à quelle heure je dois aller vous prendre. Quelle que soit notre décision, je crois qu'il sera bien de ne pas la faire attendre et de l'envoyer au roi dans la journée. ■
« Tout à vous.
« iMOLÉ. »