LIVRE PREMIER
trompait. La bienveillance dont M. de Villèle fut l'objet cachait le dessein formel de ne pas utiliser ses services. M. de Polignac le redoutait. Il ne voulait pas abandonner le gouvernement. Il comprenait qu'un homme de la valeur de M. de Villèle aurait bientôt réduit à rien son rôle et annihilé son influence sur le roi, et il avait jeté dans l'esprit de ce dernier les préventions les mieux faites pour écarter du ministère ce terrible rival. On peut résumer cet incident en affirmant qu'à cette heure, la monarchie menacée toucha le salut. M. de Villèle blâmait énergiquement la politique de M. de Polignac, et s'il était devenu ministre, en aurait arrêté sur-le-champ le funeste développement. Cette majorité parlementaire dont M. de Polignac entendait se passer et que l'un de ses collègues voulait former, même à prix d'argent, M. de Villèle l'eût apportée au gouvernement. Sur le bruit de sa rentrée, elle était venue s'offrir à lui avec une unanimité rassurante pour l'avenir. Une fois de plus, l'influence de M. de Polignac fut fatale à la maisun des Bourbons, et tandis qu'il croyait se consolider au ministère en écartant M. de Villèle, auquel il n'offrit un portefeuille que par politesse et pour la forme, dans des conditions inacceptables , il assurait sans le vouloir, avec les
meilleures intentions, la chute de la monarchie, à brève échéance. La candidature avortée de M. de Villèle fut le dernier effort de l'opposiiion constitutionnelle. Il repartit peu de jours après pour sa terre de Morville, en disant : « La monarchie m'a fait l'effet d'une place minée et contre-minée dans tous les sens, que la moindre étincelle peut faire sauter. » Un mois environ s'écoula qui fut entièrement consacré aux derniers préparatifs de l'expédition d'Alger, et qui ne fit qu'accentuer l'impopularité du cabinet et ses dissentimens en ce qui touchait la politique intérieure. Ces dissentimens éclataient dans le conseil toutes les fois que le projet de la dissolution était soumis à son examen. Quelques-uns des ministres persistaient à adjurer M. de Polignac de faire connaître quel plan il tenait en réserve pour ressaisir la situation et en rester maître, si la nouvelle chambre était hostile. Mais il ne répondait pas ou répondait évasivement, laissant toujours entrevoir le dessein de recourir à l'article 14 de la Charte. Néanmoins quand les ministres eurent pris connaissance des rapports des préfets, presque tous favorables à des élections, les partisans de la dissolution l'emportèrent. Ce fut le signal de la retraite de MM. de Courvoisier et de Chabrol, qui n'avaient